LE PÈLERINAGE
2 Co 4, 7-15 ; Mt 20, 20-28
St Jacques me majeur - (25 juillet 2005)
Homélie du Frère Yves HABERT
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tonnant succès de ce pèlerinage. Dans les années 80, on comptait environ 300 "compostellas" par an, ce sont ces certificats que l'on reçoit quand on a fait le pèlerinage. Aujourd'hui, on les compte par dizaines de milliers cela dépend des années, il y a des années jacquaires, d'autres qui ne le sont pas. Les années jacquaires, ce sont les années où la saint Jacques tombe un dimanche. Une foule immense, un chemin balisé, des grandes pancartes, chemin culturel européen est-il précisé sur ces pancartes, et on chemine pour la route principale, camino francese, chemin des français, entre saint Jean Pied de Port, Roncevaux, Pampelune, Léon, Burgos, au sud de la Galice, pour arriver à Santiago.
Le matin, en se réveillant dans les gîtes, les refuges, très tôt, parce qu'on se lève très tôt sur ce chemin il y a une prière avec ce mot : ultreia, c'est-à-dire en avant, plus, outre, en marche. C'est cela qui nous tire du lit, en quelque sorte, c'est le bruit aussi, tout le monde qui s'affaire, mais c'est aussi ce cri qui nous pousse en avant.
Et je me demande d'où vient ce succès. C'est vrai que le chemin offre un but, c'est très précieux aujourd'hui où beaucoup cherchent leur voie, beaucoup se demandent si ce qu'ils font a vraiment du poids, une consistance. Pendant tout ce pèlerinage, on est orienté, on file vers un but, vers quelque chose qui donne un sens à notre vie. Et puis, sur le pèlerinage, on est assez materné, puisqu'il n'y a qu'à suivre le chemin, il y a des gîtes qui nous reçoivent pour pas cher du tout, des petits restos qui nous font des petits repas pas chers non plus. Il y a une sorte de but, une sorte aussi de prise en charge, quelque chose qui est très intéressant, il y a ce goût de la randonnée, ce goût du dépassement de soi, le goût de pouvoir se dépasser, le goût de, quelle que soit la manière dont on va faire ce pèlerinage, le goût d'aller en avant.
C'est en cela que saint Jacques est un apôtre pour aujourd'hui. C'est en cela qu'il convient bien à ce pèlerinage vers ses reliques, parce que dans l'évangile, saint Jacques, c'est celui qui va malgré sa faiblesse, toujours plus avant, c'est-à-dire cette tentation du pouvoir quand sa mère le présente avec Jean, son frère, pour qu'il occupe des places de choix, quand aussi Jacques, Boanergès, le fils du tonnerre, demande qu'on fasse descendre le feu du ciel sur un petit village qui n'a pas reçu la Parole de Dieu. Malgré sa faiblesse, il est l'homme qui va plus loin. Il est celui qui assiste à la résurrection de la fille de Jaïre, qui est là pour constater que même la mort n'est pas le terme. Il est là à la transfiguration, toujours pour montrer le but vers lequel nous tendons, vers cette gloire du ciel. Il est là aussi à l'agonie, quand il va falloir passer par la croix pour aller à la résurrection. Il est profondément l'homme dans l'évangile du "en avant". Il est l'homme qui tire en avant. Il est toujours là quand il se passe quelque chose pour aller plus loin.
En cela, que nous ayons fait le pèlerinage de saint Jacques, ou que nous ne l'ayons pas fait, il est pour nous un modèle du quotidien. Nous, nous avons tendance à baisser les bras, quand nous nous laissons submerger, demandons l'intercession du grand saint Jacques et disons dans notre cœur "ultreia", en avant, plus loin, marche, roule.
AMEN