ASSOCIÉ AU CHRIST EN CROIX

2 Co 4, 7-15 ; Mt 20, 20-28
St Jacques me majeur - (25 juillet 2003)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

E

trange gestion de la part de Jésus, de cette Église qu'il est en train de fonder, de ce groupe apostolique dont Il veut faire les bases de cette Église. Il s'est donné beaucoup de mal pour former les apôtres, pour les former en vue de l'annonce de l'évangile, du Royaume, pour les envoyer jusqu'aux extrémités de la terre prêcher la Bonne Nouvelle. Parmi les douze, Il en a distingué trois, Pierre, Jacques que nous célébrons aujourd'hui, et Jean. Pierre qui sera le fondement de l'Église, Jean qui sera l'apôtre bien-aimé et le témoin de cet amour infini qui est dans le cœur de Dieu, et Jacques. Ces trois qu'il a distingués, Il les a associés plus étroitement à sa mission, Il les a emmenés avec Lui lors de la résurrection de la petite fille de Jaïre, Il les a emmenés eux seuls, avec Lui, sur la montagne quand Il a été transfiguré, Il les a emmenés avec Lui au jardin de Gethsémani pour être plus immédiatement associés à sa Passion, à son agonie.

Tout cela, évidemment, pour faire de Pierre, Jacques et Jean, les colonnes de son Église. Et voilà que Jacques, peu de temps après la mort de Jésus, sa résurrection et la Pentecôte, le don de l'Esprit, alors que les apôtres commencent à accomplir leur mission en annonçant partout où ils iront, jusqu'aux extrémités du monde, annoncer partout cette Bonne Nouvelle, voilà que peu de temps après, Jacques est mis à mort par Hérode pour plaire aux juifs. C'est donc beaucoup d'efforts dépensés en vain. Jésus l'avait formé avec soin pour être une colonne de son Église, pour être le témoin de la Bonne Nouvelle, et voilà qu'il meurt. Il meurt non pas dans la fleur de l'âge, mais dans la fleur de sa mission apostolique, avant même d'avoir pu prêcher le nom de Jésus, avant même d'avoir pu aller jusqu'aux extrémités du monde, il est mis à mort.

Est-ce un échec ? Est-ce que Jésus a mal prévu l'avenir ? Est-ce donc des efforts dépensés en vain pour l'annonce de l'évangile qui devra se passer de cet apôtre qui aurait pourtant pu beaucoup apporter pour la mission. Apparemment, cela a l'air d'être une erreur, en tout cas, un mécompte, et pourtant, peut-être que cela est plus profond que les apparences ne le laissent croire. Saint Jacques n'a pas prêché l'évangile, il n'a pas eu le temps, mais il a donné sa vie, et ce qui apparemment est un échec, à l'aune de l'évangile, est le plus important. C'est là, la victoire par excellence. D'ailleurs, c'est à cela que Jésus l'avait préparé. S'Il l'avait emmené avec Lui à Gethsémani, c'était pour l'associer plus étroitement à sa passion et à sa mort, pour lui faire connaître ce moment d'agonie, ce moment où Jésus, Lui aussi demandait à son Père, d'éloigner de Lui cette coupe, et devant l'infini de l'amour qui animait le dessein du Père, Jésus à Gethsémani, a dit : "Non pas ce que je veux, mais ce que tu veux". Non pas ce qu'une logique humaine imagine, mais ce qui est la logique du cœur de Dieu, si je dois mourir pour que le monde vive, que ta volonté soit faite et non pas le désir de ma chair. Il l'avait emmené aussi à la montagne du Thabor pour la transfiguration, afin que Jacques puisse voir de ses yeux que celui qui allait mourir possédait en Lui la gloire de Dieu, gloire rayonnante, cette gloire transfigurée, non pas mise en échec par la mort, mai au contraire prenant source dans la mort du Christ, dans le sacrifice du Christ offert par amour pour nous. C'est de là que jaillit la Résurrection annoncée par cette transfiguration. Non seulement Jésus meurt, ressuscite pour nous donner le salut, mais encore, ce salut va jusqu'à vaincre en nous la mort, et c'est pourquoi, Il a emmené Jacques avec Lui, au moment où Il ressuscite la fille de Jaïre, en prophétie de la résurrection de tous les hommes qui découle de sa propre Résurrection.

Ainsi donc, Jacques a été initié par Jésus, au mystère central de la foi, le mystère de Jésus acceptant de mourir, acceptant d'être rejeté, acceptant d'échouer en quelque sorte, dans sa mission, pour ressusciter, pour dans cet acte d'amour infini, être victorieux, non seulement de ceux qui étaient ses ennemis et refusaient de voir en Lui le sauveur, mais être victorieux de cette mort elle-même qu'ils lui infligeaient. Il a initié Jacques à ce mystère d'une mort qui est triomphe, parce que cette mort n'est pas une mort simplement accidentelle, mais une mort donnée par amour, cette mort qui devient triomphe sur la mort et source de la vie, non seulement pour Jésus, non seulement pour Jacques qui boit la coupe avec Jésus, mais travers Jésus et Jacques, pour tous les hommes. La mort de Jacques est associée à la mort de Jésus pour être semence de vie et de salut pour le monde entier. En donnant sa vie, Jacques a fait plus que de prêcher l'évangile, il a été associé intimement, profondément au mystère même de la Passion, de la mort et de la Résurrection de Jésus, que la mort de Jacques soit aussi semence de vie.

Ainsi, frères et sœurs, si nous écoutons le témoignage de Jacques, nous comprendrons que notre rôle à nous aussi, est d'être associés à la Pâque du Christ. Nous avons certes à témoigner de l'évangile, nous avons certes à dire aux hommes qu'ils sont aimés, mais nous avons plus profondément encore à donner toute notre vie avec Jésus, avec Jacques, avec tous les saints, notre vie pour le salut du monde. Nous sommes associés à la passion du Christ, non seulement en l'imitant, mais en participant à son efficacité d'amour, car seul, cet amour absolu, total peut être un amour victorieux qui apporte le salut au monde et à tous nos frères.

Que Jacques nous apprenne chaque jour, et jusqu'au jour de notre mort, à donner notre vie en union avec celle du Christ pour le salut de nos frères.

 

 

AMEN