LE FILET ET LA COUPE
2 Co 4, 7-15 ; Mt 20, 20-28
St Jacques me majeur - (25 juillet 1983)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Cernay-l'église
Saint Jacques le Majeur
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'apôtre Jacques, que nous célébrons aujourd'hui, est appelé Jacques le Majeur à cause de sa place prééminente dans le groupe des disciples. C'est lui qui est toujours nommé dans le trio de tête qui comporte Pierre, Jacques et Jean.
A la différence de Pierre, son tempérament ne nous apparaît pas tellement exposé dans les évangiles. C'est plutôt une personnalité très sobre. Et à la différence de Jean, il ne nous rien laissé de ses souvenirs et de ses proximités du Seigneur qu'Il a connu avec précisément Pierre et Jean. Pourtant, Jacques est certainement une figure d'apôtre extrêmement typée puisqu'il connaît Jésus depuis les débuts et qu'il sera le premier apôtre à donner sa vie pour le nom du Christ puisqu'il sera décapité par Hérode vers l'année 44.
C'est un peu la figure de l'apôtre, une sorte d'esquisse, quelque chose à l'état pur et c'est pourquoi je voudrais que nous réfléchissions quelques instants sur deux symboles qui ont dû marquer profondément la vie de Jacques le Majeur.
Le premier, c'est celui du filet. Le filet qui était à la fois le filet de pêcheur qu'il avait quitté, ce filet qu'il réparait lorsque le Christ l'a rencontré le long de la mer de Galilée. Ce filet qui devait marquer dans le cœur de Jacques, la rupture et la vocation. La rupture, parce qu'il a tout laissé à ce moment-là, et la vocation parce que c'était à ce moment-là que le Christ avait révélé, par une autre parole qu'il avait dite à Pierre : "Désormais, vous serez des pêcheurs d'hommes". La vie d'un apôtre, comme Jacques, c'est le fait d'avoir quitté un certain mode de vie, certains filets, pour retrouver un autre mode de vie, une pêche plus fructueuse celle-là, la pêche du cœur des hommes, cette pêche en eau profonde, dans laquelle, parce qu'on est investi de la Parole de Dieu, on va toucher à l'intime du cœur des hommes. Le filet, dans la vie de l'apôtre Jacques c'est un peu le symbole de cette audace que nous donne la grâce du Christ et que nous donne la Parole du Christ lorsqu'elle s'empare de nous.
L'autre symbole qui a profondément marqué la vie de Jacques, c'est celui de la coupe. En effet, ils avaient quitté leur père et leur filet, mais je crois que leur mère, la mère des fils de Zébédée ne les avait pas tout à fait quittés puisqu'elle est venue au-devant de Jésus pour demander de très bonnes places dans le Royaume de Dieu. Là encore, Jésus ramène le débat à sa juste proportion : "Pouvez-vous boire la coupe ?" Saint Jacques se souviendra sans doute toute sa vie de cette réflexion concernant la coupe, d'autant plus qu'il a été le témoin de l'agonie du Christ et peut-être a-t-il entendu les paroles du Christ : "Père ! Que cette coupe s'éloigne de moi !"
Par conséquent, ce thème de la coupe comme ce lieu du cœur humain dans lequel doit bouillonner la puissance de salut de l'amour de Dieu à travers le don de sa vie, cela a toujours accompagné la vie de Jacques. Et c'est pourquoi, sans doute, le Seigneur l'a choisi pour être le premier témoin, avant même Pierre ou Jean son frère. Il est celui qui au cours d'une sorte de rivalité ou de petit soulèvement populaire, de mécontentement populaire au milieu de Jérusalem, a fait les frais d'une basse opération diplomatique du roi Hérode pour se concilier les Juifs.
Ainsi dans notre vie, devrait-il toujours y avoir, parce que nous sommes nous-mêmes les apôtres du Seigneur, cette double dimension. D'une part, le filet, c'est-à-dire cette audace que le Seigneur nous donne d'annoncer la Parole de Dieu à temps et à contre temps. D'autre part, la coupe, c'est-à-dire cette obéissance à la Parole de Dieu, cette obéissance coûte que coûte, sur les pas du Seigneur qui a marché au-devant de nous et qui veut que nous marchions, à notre tour sur ses traces.
AMEN