C'EST LA CROIX QUI SAUVE

2 Co 4, 7-15 ; Mt 20, 20-28
St Jacques me majeur - (25 juillet 1992)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

L

'apôtre Jacques a été mis à mort dès les pre­miers jours de l'Église naissante. Voilà un fait décisif pour comprendre la dimension exacte de l'évangile. Il ne s'agit pas d'une entreprise humaine. Humainement, c'est une affaire qui n'est pas rentable du tout. Jésus avait pris soin de choisir douze de ses disciples pour être les colonnes de son Église, pour aller annoncer la bonne nouvelle de l'évangile jus­qu'aux extrémités du monde et voilà que l'un de ces douze, avant d'avoir pu prêcher quoi que ce soit - car le Nouveau Testament ne nous dit pas un mot de la prédication de Jacques, voilà qu'il est déjà mis à mort. Il n'est allé ni à Rome comme Pierre, ni aux Indes comme Thomas. Il n'a pas évangélisé l'Egypte et Alexandrie comme saint Marc. Il n'a pas porté la bonne nouvelle à son point maximum d'incandes­cence comme son frère Jean par le quatrième évan­gile. Non ! Humainement parlant, Jacques n'a servi à rien. Il est mort avant d'avoir pu être rentabilisé.

Et pourtant Jésus qui savait à quoi s'en tenir avait choisi Jacques non seulement comme l'un des douze, mais parmi les douze comme l'un des trois. Précisément avec Pierre le fondement de l'Église, celui qui établira le centre de l'Église à Rome, et avec Jean l'Evangéliste, le disciple bien-aimé. Avec ces deux-là, Jacques avait été discerné par Jésus pour être comme les trois colonnes les plus profondes et les plus fondamentales de son Église. Ce sont ces trois seuls qu'Il avait pris avec Lui au moment de ressusci­ter la fille de Jaïre, ces trois seuls qu'Il avait pris avec Lui sur la montagne pour être les témoins de sa Trans­figuration, ces trois seuls qui l'ont accompagné à Gethsémani, au moment de son agonie, juste avant sa mort. Ces trois-là, et donc Jacques parmi eux, ont été les témoins privilégiés de l'évangile, témoins de la puissance du Christ sur la mort, témoins de la gloire du Christ anticipant sur sa Résurrection, témoins de son agonie et de son écrasement apparent par les for­ces du mal. Jacques avait tout pour être le prédicateur par excellence de l'évangile du Christ. Tout cela il l'a vu, à tout cela il a été initié, apparemment en vain car il n'a pas eu l'occasion de proclamer ces merveilles, ce mystère, cette Pâque du Christ.

Plus exactement, et c'est ici que nous tou­chons à l'originalité de l'évangile qui n'a rien à voir avec nos entreprises humaines, par sa mort le témoi­gnage de Jacques est encore plus grand que celui de Pierre prêchant à Rome, encore plus grand en quelque sorte que celui de son frère Jean écrivant le quatrième évangile. En mourant le premier de tous les apôtres, en mourant à la suite du Christ, suivant le Christ d'aussi prés que possible, Jacques a manifesté, a af­firmé, a proclamé la vérité de l'évangile. C'est en donnant sa vie comme le Christ a donné sa vie qu'il a participé avec le Christ au salut du monde. L'évangile n'est pas une doctrine, n'est pas une idéologie, l'évan­gile n'est pas une morale, n'est pas une manière de vivre, l'évangile n'est pas une loi, l'évangile n'est pas un enseignement. L'évangile c'est d'abord le don que Dieu fait de sa propre vie, le don que Dieu nous fait de tout ce qu'Il est. Tout ce que Dieu est, Il l'a résumé si j'ose dire, dans son Fils. Et tout ce que le Christ est, de toute éternité, avec le Père, Il l'a résumé dans cette humanité qu'Il a prise du sein de Marie et cette huma­nité, Il l'a donnée tout entière, sans limite, jusqu'à la dernière goutte de son sang. Et c'est cette Pâque qui nous sauve, ce ne sont pas les paroles du Christ qui sont premières. Ses paroles n'ont de sens et ne pren­nent leur sens que par le sceau de sa croix et de son sang.

C'est l'affirmation de cette croix, de ce sang du Christ, c'est l'affirmation de ce don infini de Dieu que Jacques au le privilège d'annoncer, dont il a été le témoin privilégié. Alors, de tous les apôtres, il est en quelque sorte le plus essentiel le plus indispensable car les autres apôtres n'ont fait que "dire" ce que lui a proclamé par sa propre vie et sa propre mort.

Nous n'appartenons pas à une doctrine ou à une idéologie, nous n'appartenons même pas à une religion, nous appartenons à une personne, à une per­sonne qui est le Christ Jésus, à une personne qui nous a donné tout ce qu'elle était, toute sa vie, jusqu'à sa mort et qui nous sauve par ce don qui nous invite, comme Jacques à nous donner nous-mêmes, avec lui, avec le Christ, pour le salut du monde.

 

 

AMEN