L'APÔTRE MARTYR
2 Co 4, 7-15 ; Mt 20, 20-28
St Jacques me majeur - (25 juillet 1981)
Homélie du Frère Michel MORIN

Saint Cernay-l'église : Saint Jacques
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I |
l y a dans cet évangile quelque chose de profondément et de typiquement humain qui se révèle de trois façons. D'abord, ce respect de la mère des fils de Zébédée qui, avant de demander quelque chose, vient très poliment s'agenouiller devant celui à qui elle va le demander. Respect mélangé d'un sentiment d'ambition pour cette mère qui veut que ses fils montent un peu dans la société nouvelle que le Christ va probablement établir. Un deuxième trait caractéristique, c'est cette prétention à peine dissimulée derrière les dires de leur mère, de deux apôtres et parmi les premiers, Jean et Jacques, qui ont cette audace, si ce n'est ce culot, de faire demander par quelqu'un d'autre à Jésus : "on veut être les premiers ministres du royaume nouveau". Une troisième caractéristique c'est la jalousie indignée des dix autres. "Entendant cela, ils furent terriblement jaloux" et ont demandé des comptes au Seigneur : "Et alors nou,s qu'est-ce qu'on va devenir ?"
L'évangile est très humain. C'est bien normal d'ailleurs puisque ces apôtres sont pétris de la même pâte, sont façonnés par les mêmes défauts, par les mêmes péchés que nous. Et la fréquentation quotidienne du Seigneur Jésus a mis du temps pour les achever dans la perfection, dans la foi et dans le sens profond du royaume nouveau du Seigneur.
L'apôtre Jacques que nous célébrons aujourd'hui fut un des premiers à être appelé par Jésus avec Jean son frère et Pierre. Jean et Jacques sont frères, fils de Zébédée, qui était pêcheur au bord du lac de Galilée. L'évangile les met souvent ensemble. C'est ainsi qu'ils sont appelés par Marc et Luc les "fils du tonnerre", probablement un surnom que Jésus leur a donné, témoignant de cette audace, de cette témérité de cette violence qui existait dans le cœur de Jacques et de Jean.
Ils sont aussi tous les deux à demander au Seigneur qu'il fasse tomber la foudre sur un village samaritain qui ne les avait pas accueillis Ils sont aussi, mêlés avec Pierre, et avec lui, témoins de certains épisodes de la vie de Jésus. Ils sont témoins de la résurrection de la fille de Jaïre, de la Transfiguration du Seigneur. Ce sont ces trois apôtres que Jésus invitera à venir plus proches de Lui, au moment de son agonie. L'histoire nous dit, dans les Actes des apôtres, que Jacques est mort la tête tranchée par le roi Hérode Agrippa premier, roi de Judée entre quarante et un et quarante quatre. C'est probablement à l'une de ces Pâques, fête des pains azymes que l'apôtre Jacques est mort à Jérusalem, et qu'Il est devenu ainsi le premier apôtre martyr. Il ne fut pas le premier peut-être à la droite du Christ, mais le Christ a répondu à sa demande dans le paradoxe de l'évangile. Il fut le premier à perdre sa vie et à entrer dans le royaume de la même manière que son maître.
Car ce que Jacques a dû découvrir, comme tout apôtre et comme tout disciple aujourd'hui, c'est deux choses. D'abord que le Christ est Roi, mais un roi de souffrance et un roi qui entrera dans son royaume par la mort, sans autre gloire, sans autre investiture que la croix et la nudité sur la croix. L'évangile que nous avons lu se place d'ailleurs aussitôt après la troisième annonce de la Passion, ce qui donne encore plus de difficulté à comprendre cette demande de Jacques et de Jean d'être les premiers à côté du Christ, alors qu'Il vient de leur annoncer pour la troisième fois qu'Il devrait souffrir et mourir. Mais, comme les disciple d'Emmaüs, les cœurs des apôtres, comme les nôtres, sont lents à croire. Croire que Jésus doit souffrir et mourir, c'est la première chose que les apôtres ont dû découvrir. Et la seconde, c'est qu'eux-mêmes devraient souffrir et mourir pour le Christ. Et c'est dans la mort du Christ, dans la résurrection du Christ, dans sa gloire ignominieuse de sa mort qu'ils ont dû découvrir que la façon dont ils seraient serviteurs et disciples, ce serait la même que celle qu'a utilisée le Maître pour leur faire découvrir le royaume de Dieu.
C'est cela que saint Paul nous révélait, tout à l'heure, dans son épître. Il disait cette phrase magnifique et en même temps dramatique parce qu'elle touche à la gloire de Dieu et à notre misère humaine : "Bien que vivants, nous sommes sans cesse livrés à la mort pour que la vie de Jésus soit manifestée dans notre chair mortelle". Jacques a été le premier apôtre martyr. Il a donné son sang pour le Christ. Nous sommes nous aussi des martyrs, même si nous n'avons pas à donner un jour notre sang pour le Christ, nous avons à donner chaque jour notre vie pour Lui, et cela c'est un martyre. Car cela c'est un témoignage de l'amour de Dieu. Nous avons à suivre le Christ dans la petitesse, dans l'humilité, dans le service, non pas dans les moyens du monde tels que les désirait l'apôtre Jacques, cette ambition d'être le premier, d'être servi, d'être reconnu par les autres. C'est cela le martyre quotidien de tout chrétien. Et si nous trouvons que notre vie chrétienne est trop facile ou trop légère, c'est parce qu'elle n'est pas très chrétienne et qu'il faudrait que nous nous posions quelques questions fondamentales.
Au cours de cette eucharistie, demandons au Seigneur de la mort et de la résurrection de partager, dès aujourd'hui, sa vie et sa gloire mais aussi de nous donner la force de partager, dès aujourd'hui, sa souffrance et sa mort, lorsque nous acceptons que, dans notre vie, des choses essentielles, valables peut-être, meurent pour que la vie de Jésus soit manifestée en nous.
AMEN