RACINES DE LA VIE MONASTIQUE PROVENCALE
Ep 6, 10-18 ; Lc 18, 18-30
St Jean Cassien - (23 juillet 2010)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Le trésor de la Règle monastique (Arlet-Saint Benoît)
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rères et sœurs, nous continuons la litanies des saints liés à la Provence. Hier, c'était sainte Marie-Madeleine que l'on dit avoir débarqué aux Saintes Maries, puis, être allée pleurer ses péchés dans la grotte de la Sainte Baume. Je vous laisse le soin d'évaluer le caractère historique de l'affaire.
Aujourd'hui, c'est vraiment une chose historique : le personnage de Cassien, un des très grands moines du cinquième siècle. Cassien est un moine oriental qui a fait sa formation dans les différents monastères. A cette époque-là, c'était un peu comme les compagnons du devoir, on allait de monastère en monastère et on essayait de trouver les procédés, les attitudes spirituelles, les rythmes de vie qui vous convenaient le mieux. C'est comme cela que Cassien a eu une idée assez précise de tout ce qui se passait dans tout le mouvement monastique en Orient, qui, à cette époque-là était beaucoup plus développé qu'en Occident. Il y avait les moines d'Égypte qui vivaient à la frange du désert, au bord de la vallée du Nil. Il y avait les moines autour de Jérusalem, il y avait les moines syriens, et puis, il y avait déjà le début de communautés monastiques en Asie Mineure, la partie centrale de la Turquie actuelle, ce qu'on appelle la Cappadoce.
Cassien a donc connu tout cela et en même temps, c'était un personnage assez intellectuel si bien que très vite comme moine, et connaisseur de la théologie, il a été invité à Constantinople qui était à ce moment-là en plein bouillonnement à la fois spirituel, théologique, social, intellectuel et Cassien a marqué assez profondément par sa présence les différents monastères de la ville. Il y a connu un personnage qui allait devenir le pape saint Léon. Cette rencontre a été décisive car saint Léon était nonce du pape à Constantinople, un poste très important. Léon était aussi un homme extrêmement intelligent et tous les deux ont vu la crise profonde que traversait l'Église à partir des années 430, c'est-à-dire tout ce qui concerne la vérité du mystère du Christ, la proclamation du Christ comme véritable Fils de Dieu. Tous les deux se sont liés d'amitié et plus tard quand saint Léon a été nommé pape à Rome, dans les années 440, cela a été presque de soi que Cassien, continuant son tour du monde méditerranéen, soit allé à Rome pour retrouver celui qui était un ami, le pape saint Léon et l'avertir des difficultés qui se trouvaient à ce moment-là, agiter la ville de Constantinople autour d'un personnage un peu trouble, un moine un peu cinglé, qui s'appelait Eutychès. Ce personnage avait des positions tranchées sur le mystère de l'unité du Christ. Cassien et Léon ont écrit un texte très célèbre qui est un des plus grands documents sur le mystère du Christ dans l'antiquité, qu'on appelle le Tome, c'est-à-dire la lettre à Flavien.
Mais Cassien ne s'est pas arrêté là. Il n'est pas resté à Rome. Pourquoi ? Peut-être avait-il envie de voir autre chose. Il est arrivé en Provence et là, il a eu un rayonnement considérable dans la dernière partie de sa vie. Arrivé à Marseille, les communautés provençales commençaient à s'organiser avec des communautés monastiques. C'était une nouveauté dans les années 450, d'avoir par ici déjà des communautés monastiques. Saint Martin l'avait déjà fait sur les bords de Loire, mais dans le midi, il n'y avait eu que quelques essais.
C'est vraiment saint Cassien qui a donné l'impulsion définitive au monachisme provençal qui est une page assez remarquable de l'Église de Gaule mais assez méconnue, il n'y a pas de véritable historien qui se soit intéressé à cette époque. Cassien a compris qu'il fallait former tous ceux qui, dans cette région, prétendaient à la vie monastique. Il a donc écrit des traités spirituels pour former des moines qui jusque-là se formaient de façon un peu sauvage, sans avoir de référence de règle, sans avoir de détails précis sur la vie commune. Saint Cassien a passé son temps entre Marseille et la région d'Agde où il a publié, rédigé, donné oralement ses conférences qui ont été notées et qui sont devenues "Les Conférences de Cassien". C'est un très grand héritage de la vie monastique de l'antiquité, parce que Cassien explique vraiment ce que doit être le moine. Ce ne sont pas tout à fait des textes à la mode, et je crois que les deux textes que nous avons entendu aujourd'hui traduisent assez bien la théologie de Cassien sur la vie monastique.
Pour Cassien, la vie monastique est essentiellement un combat, c'est pour cela que nous avons lu le passage de l'épître aux Éphésiens qui décrit le chrétien, non pas le moine mais le chrétien, comme un soldat armé : le casque de la foi, l'armure, la cuirasse qui chaque fois sont comparés à des vertus de la vie chrétienne. C'est cela que Cassien a essayé d'expliquer aux moines de l'époque. Il leur a dit : la vie monastique, c'est le combat spirituel que vous entreprenez non seulement en votre nom propre, mais au nom de toute l'Église.
La deuxième chose su laquelle Cassien a beaucoup insisté, c'est sur le détachement par rapport à ce monde. Là, il a des pages très belles mais il faut le reconnaître un peu austères, pour expliquer pourquoi le détachement est le secret de la vie monastique. Pour lui, et ce n'est pas aujourd'hui aussi évident que cela, le détachement monastique, c'est l'annonce du Royaume qui vient. Le moine vit déjà pour le Royaume à venir. C'est cela que Cassien a essayé de donner. Comme vous le savez, ce monachisme inauguré, reformé par Cassien a laissé quelques très belles traces dans l'histoire de la Provence et notamment le monastère de Lérins qui est un monastère directement héritier de la spiritualité monastique de saint Cassien et également, je crois que les moines que Cassien avait établi à Marseille, du moins réformés à Marseille, vivaient déjà dans le secteur où il y a aujourd'hui l'abbaye de Saint Victor. La personnalité de Cassien a eu une efficacité à long terme, il a fondé des communautés qui sont devenues de véritables lieux d'une recherche intense de Dieu et qui ont sans doute contribué profondément à christianiser notre région.
AMEN