DE L'ORIENT À L'OCCIDENT
Ep 6, 10-18 ; Lc 18, 18-30
St Jean Cassien - (23 juillet 2004)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
|
I |
l y a des jours où c'est à désespérer de faire des efforts pour être saint. Le jour de la fête de saint Cassien en est un. Je pense que nous sommes à peu près la seule église en Occident à faire mémoire de saint Cassien aujourd'hui, et c'est très injuste. Je vais vous expliquer pourquoi.
En fait, saint Cassien est un homme à qui l'Église d'Occident, et l'Église en général, doit beaucoup. C'est un roumain, à l'époque, ce n'était pas encore la Roumanie, mais c'est quand même de ce pays-là ! Je vous signale, c'est toujours bon à savoir, comme disait le canon de la Messe, notre évêque Bernard quand c'était Bernard, c'est maintenant le cardinal Bernard Panafieu, a pris la belle décision de ramener les reliques de saint Jean Cassien en Roumanie, parce que ces reliques étaient à Marseille.
Roumanie-Marseille. C'est déjà un bel itinéraire à l'époque. On est en pleines années quatre cents. C'est la génération qui suit celle de saint Augustin qui meurt en quatre cent trente, et Cassien doit naître vers les années quatre cents. Cassien naît en Roumanie, évidemment, il est dans la mouvance de Constantinople, il y vit, il s'y forme, mais il est attiré par la vie monastique et à cette époque-là, on ne rentre pas immédiatement dans un noviciat. Comme c'est un homme sans doute d'une vaste culture, il décide d'aller faire un tour, comme l'avait fait une génération précédente, saint Basile entre autres, pour aller voir les moines à leur source, donc essentiellement en Égypte. Donc, saint Cassien part de Roumanie vers Constantinople, va en Égypte et là il se renseigne sur la vie monastique et devient lui-même, moine. Du coup, il reste dans l'orbite de Constantinople, il est très informé de tout ce qui se passe du point de vue des controverses, qui à cette époque-là sont très graves, controverses dogmatique christologiques. C'est sans doute à cette époque-là, qu'il a pu faire connaissance d'un jeune secrétaire qui était en fait le nonce du pape à Rome et qui allait devenir plus tard saint Léon le Grand. Les deux hommes allaient se retrouver quelques années plus tard, en quatre cent cinquante, cinquante et un, quand il y eut une grave crise en Orient, c'est ce qu'on a appelé l'hérésie monophysite. Saint Cassien a lui-même été le transmetteur du dossier de Constantinople à Rome, et comme Léon avait parfaitement confiance en lui, saint Jean Cassien est sans doute un de ceux qui a aidé saint Léon à rédiger un des plus beaux textes de la Tradition sur le mystère du Christ, parce qu'il connaissait parfaitement le dossier de l'hérésie. Donc après la Roumanie, après Constantinople, après l'Égypte, c'est Rome. Et là, Jean Cassien aidera, guidera, sera l'homme de confiance de saint Léon pour trouver la solution dogmatique. S'il n'y avait pas eu Cassien, peut-être que Léon aurait trouvé tout seul ce qu'il avait à dire, mais en attendant, cela l'a considérablement aidé. Je trouve très intéressant qu'un moine d'Orient aide l'évêque de Rome, d'Occident à rédiger un document pour essayer de trouver la paix et l'équilibre dans la confession de la foi.
Finalement Jean Cassien, qui mène une vie monastique, mais non liée à un couvent, à un lieu précis, arrive en Provence, et c'est là qu'il finira ses jours, un peu comme ces intellectuels allemands qui aujourd'hui s'achètent une villa sur la Côte d'Azur pour couler des jours heureux à la fin de leur vie, Jean Cassien vivra à Marseille. Il donnera des conférences dans lesquelles ce sera à la fois un souvenir autobiographique, monastique, et puis surtout d'instructions aux moines de Provence, parce que les moines de Provence ont commencé à créer des petites communautés, peut-être que Lérins existe déjà, mais c'est un peu anarchique comme tout ce qui se fait en Provence. Jean Cassien donne un certain nombre d'indications, et ses conférences sont de véritables traités de vie spirituelles sur la vie monastique, c'est très ascétique, sévère, austère, mais enfin peut-être que c'était nécessaire. C'est comme cela que Jean Cassien mourra à Marseille, qu'il sera vénéré à Marseille, et que je vous l'ai dit tout à l'heure, Monseigneur Panafieu a rapporté les reliques à Bucarest, et ainsi, Jean Cassien est maintenant vénéré dans l'endroit de sa patrie natale.
Je crois que pour nous, c'est d'abord l'occasion de donner une dimension œcuménique à notre prière, parce que Jean Cassien représente un des rares liens très efficaces entre l'Orient et l'Occident. C'est un petit peu le pendant de saint Léon, et d'autre part, je crois qu'on peut aussi prier pour cette Église de Roumanie qui est passée par des moments très difficiles Quand Jean-Paul II était allé en Roumanie, c'est un des rares pays orthodoxe où il a été remarquablement accueilli, ce qui montre que la Roumanie qui a toujours eu des liens très étroits avec l'Occident est une des Églises orthodoxes très ouvertes à un chemin vers l'unité. Nous demanderons au Seigneur que cette voie qui est ouverte puisse s'approfondir et conduire à une véritable communion dans la foi au mystère du Christ.
AMEN