MADELEINE, FIGURE DE L'ÉGLISE

Ct 3, 1-4 a ; Jn 20,1+ 11-18C
Ste Marie-Madeleine - (22 juillet 2013)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Madeleine - Reuilly

F

rères et sœurs, vous avez peut-être remarqué comment dans l'ensemble des quatre évangiles il y a beaucoup de personnages qui portent le nom de Marie. Ceci s'explique de façon assez simple, ce prénom de Marie, Myriam en hébreu, facilement traduisible en grec, Maria, était un prénom classique pour une fille. C'est resté un peu dans la tradition chrétienne, il est très fréquent que même les garçons aient le prénom de Marie à l'intérieur de la succession des prénoms de baptême.

Il y a donc plusieurs figures de Marie, celle qui nous est la plus familière est évidemment Marie de Nazareth, la Mère du Sauveur, mais il y a beaucoup d'autres personnages qui s'appellent Marie : Marie, femme de Cléophas, Marie Salomé, Marie, femme de Joset, Marie, sœur de Lazare, Marie de Magdala. Madeleine n'est pas un prénom, c'est une provenance, Marie de la petite ville de Magdala, qui était au bord du lac de Génésareth, Migdol, cela veut dire la forteresse.

Il n'est donc pas étonnant que dans les récits évangéliques le prénom de Marie, surtout à cause du passé assez notoire de l'une d'entre elles, celle qui a été la plus célèbre est évidemment Marie de Magdala parce que c'était la prostituée qui s'était convertie. Son acte a été tellement valorisé qu'on le retrouve dans plusieurs endroits.

Celle que nous fêtons aujourd'hui et qui a été adoptée par la Provence, pour une raison inconnue, c'est bien Marie de Magdala. J'aimerais simplement faire une petite remarque sur tout cela. Même s'il sera toujours très difficile de discerner quelle est la Marie qui a fait qui et qui a fait quoi, etc … cela reste une querelle épineuse, et déjà depuis le seizième siècle il y a des petits opuscules publiés régulièrement pour identifier celles qu'on appelle les trois Marie. Je vous passe les détails de ces controverses érudites qui faisaient beaucoup réfléchir les gens de l'époque.

Par-delà la querelle des trois Marie et la multiplicité la dénomination de personnages qui s'appelaient Marie dans le Nouveau Testament, il est bon de revenir à un fondamental. C'est magnifique que dans le Nouveau Testament, le prénom de Marie recouvre tant de personnages aussi divers, entre Marie la Mère de Dieu, immaculée dans sa conception et donc modèle de l'accomplissement de la sainteté, mère de l'Église, et Marie-Madeleine la pécheresse. Entre les deux, il y a tous les degrés de Marie imaginables. C'est très heureux pour une raison très simple, au fond Marie est le nom par excellence de l'Église et l'Église a de multiples visages. Ces différentes figures de Marie personnalisent et évoquent toutes d'une manière ou d'une autre, la figure même de l'Église. Pour Marie, nul besoin d'insister, c'est ce qui fait généralement que l'Église soit au cœur de toutes les grandes célébrations de la vierge Marie, et lorsque le Concile Vatican II a réfléchi pour savoir comment il écrirait un texte que la vierge Marie, on l'a mis comme dernier chapitre de la Constitution sur l'Église, ce qui est une manière profondément sage au point de vue théologique d'évoquer Marie Mère de Dieu comme figure de l'Église accomplie.

Mais nous ne sommes pas tous à ce niveau-là. L'Église est toujours entre les deux. Elle porte toujours en elle-même une certaine dimension de Marie-Madeleine. Elle porte aussi une dimension des autres Maries, celle qui est hospitalière, celle qui est au pied de la croix. Et aujourd'hui, cette Marie-Madeleine nous la fêtons parce qu'elle est la fête qui de ceux qui font la partie de l'Église comme nous qui sommes aussi pécheurs. Peut-être que nous n'avons pas un passé de pécheur aussi caractéristique que celui de Marie-Madeleine, mais pour cela Marie-Madeleine vaut vraiment la peine d'être fêtée car elle signifie cette dimension concrète peut-être pas édifiante de la composition des personnes qui font partie de l'Église, qui sont parfois dans des situations un peu difficiles, parfois franchement scandaleuses, mais qui restent cependant ouvertes à l'irruption de la grâce.

C'est cela que veut dire la fête de sainte Marie-Madeleine. Cela ne veut pas dire la fête des saintes Nitouche ! mais c'est la fête de celles et ceux qui vivent un certain attachement au Christ mais qui très lentement, très difficilement arrivent à se sortir de la situation dans laquelle ils sont, mais qui vivent quand même de l'espérance de l'attente d'un salut. C'est d'autant plus beau, et cela fait partie de la délicatesse du Christ, que celle qui avait été pécheresse convertie, invitée à le suivre et dont on dit aussi qu'il en avait chassé sept démons, c'est celle-là qui est choisie pour être le premier témoin de la résurrection du Christ au matin de Pâques. C'est l'itinéraire de tout chrétien. Nous sommes toujours partie liée avec le péché, nous sommes toujours complices de cela, et pourtant, au matin de notre Pâque à nous, quand nous nous éveillerons en présence du Seigneur, nous serons comme Marie-Madeleine l'a été dans le jardin, les témoins émerveillés de la résurrection du Christ.

Je pense que Jésus à ce moment-là a pris le meilleur résonateur, celle qui avait déjà mesuré quelle était l'étendue de son péché et par conséquent, l'immense portée du salut, c'est celle-là qui est appelée la première à contempler le salut du Christ dans sa présence de ressuscité. Au moment même où elle le voit ressuscité, elle a ce geste un peu captateur, elle veut le saisir, et le Christ lui dit : "Ne me retiens pas". Ce qu'il veut faire comprendre à Marie-Madeleine c'est que son existence tumultueuse ne doit pas réapparaître dans le désir de possession du Christ, mais qu'au contraire, elle doit accepter que le Christ parte au-devant de nous pour nous préparer une place et nous accueillir dans son Royaume.

Frères et sœurs, fêtons sainte Marie-Madeleine qui n'est pas simplement la patronne de la Provence mais qui est aussi la patronne de l'Église parce qu'elle est le modèle privilégié de ce peuple de pécheurs qui est appelé à contempler le mystère du salut dans le Christ ressuscité.

 

AMEN