DE LA JUSTICE À LA MISÉRICORDE
Ct 3, 1-4 a ; Jn 20,1+ 11-18C
Ste Marie-Madeleine - (22 juillet 2008)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
|
F |
rères et sœurs, Marie-Madeleine dont l'évangile nous dit que Jésus avait chassé sept démons, est en quelque sorte par sa vie, et sa sainteté, le résumé de la Nouvelle Alliance. Pendant le carême, l'Église nous propose un parallèle intéressant : quand on lit dans l'Ancien Testament l'histoire de Suzanne et dans l'évangile, à défaut de celle de Marie-Madeleine, l'histoire de la femme adultère, la comparaison des deux situations est très éclairante.
Dans l'Ancien Testament, Suzanne est accusée à tort, d'avoir trompé son mari parce que des juges iniques prétendent l'avoir vu avec un jeune homme alors que c'est eux qui essayaient de la corrompre. Le ressort de l'histoire de Suzanne c'est que le prophète Daniel convainc de mensonge les deux juges iniques et ainsi par la grâce de Dieu parce qu'il a été prophétiquement illuminé dans son cœur, Suzanne se trouve délivrée d'une fausse accusation. Elle était en danger à cause des apparences, et Dieu fait éclater la lumière de telle sorte que la justice de Suzanne soit manifestée et qu'elle soit sauvée de la mort.
Dans l'évangile bien sûr, on ne contredit pas l'histoire de Suzanne, Dieu est toujours le garant des saints et des innocents, mais un renversement extraordinaire s'opère. Dans l'évangile, ce sont les pécheurs qui sont sauvés, non pas que les justes ne le soient pas, mais les pécheurs qui étaient avec justice condamnés dans l'Ancien Testament, sont maintenant l'objet de la miséricorde de Dieu. Qu'il s'agisse de la femme prise en flagrant délit d'adultère, à qui Jésus dira : "Je ne te condamne pas", qu'il s'agisse de Marie-Madeleine qui se précipite aux pieds de Jésus, elle qui était connue comme prostituée dans la ville, elle arrose les pieds de Jésus de ses larmes et les essuie de ses cheveux et inonde les pieds de Jésus de parfum. Devant la réaction du pharisien qui représente la pensée de l'Ancien Testament et qui est scandalisé, parce que si Jésus était prophète, il saurait que cette femme est une pécheresse, et il l'écarterait, il ne se laisserait pas ainsi honorer par elle d'un honneur qui est douteux puisqu'il vient de quelqu'un qui est enfermé dans le péché, devant la réaction de ce pharisien qui est celle de tout l'Ancien Testament et de toute l'humanité en général, nous attendons de Dieu qu'il fasse éclater la justice des justes et qu'il confonde les pécheurs, Jésus lui, dit : "Femme tes péchés sont pardonnés parce que tu as beaucoup aimé".
Même les pécheurs, s'ils laissent l'amour envahi leur cœur, s'ils laissent cet amour qui est Dieu prendre place dans leur cœur, là où le péché avait abondé, voici que surabonde la miséricorde, le pardon. C'est là qu'est le renversement complet d'un Testament à l'autre, non pas que la justice ne soit plus honorée par Jésus, mais il va plus loin, même ceux qui sont dans le mal, même ceux qui sont dans le péché sont appelés au salut, et d'une certaine manière, ils sont la brebis perdue pour laquelle le berger laisse de côté les quatre-vingt dix-neuf brebis bien portantes. Non pas encore une fois que Jésus méprise les justes, mais il met toute sa miséricorde, toute sa puissance divine à sauver les pécheurs.
Alors que Marie-Madeleine témoigne devant nous de ce renversement de situation, de cet éclatement de la miséricorde de Dieu qui vient sauver tous les hommes, y compris ceux qui sont pécheurs, pourvu qu'ils acceptent d'être sauvés. Que Marie-Madeleine nous donne la force et le courage de nous avancer vers le Christ malgré notre péché, confiants qu'il mettra en notre cœur assez d'amour pour que nos nombreux péchés nous soient pardonnés.
AMEN