RENDRE COMPTE DE SA FOI
Ct 3, 1-4 a ; Jn 20,1+ 11-18C
Ste Marie-Madeleine - (22 juillet 2006)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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ifficile quand on est de l’Église ou quand on est croyant, ou qu’on essaie de l’être, de dire à ceux qui ne le sont pas qu’il leur manque Dieu. C’est souvent une sorte d’imposture qui mine l’évangélisation, car ils ont l’impression, ce qui est faux, que nous avons trouvé quelque chose et qu’eux ne l’ont pas trouvé. Le problème c’est que nous n’avons rien trouvé et que nous cherchons. Ce n’est pas une sorte de victoire que nous aurions acquise, ou réussie ou reçue, et qui ferait que nous serions plus avancés sur une sorte de chemin d’épanouissement ou de bonheur. La seule chose qui nous différencie et qui est très difficile à discerner, c’est que nous ne trompons pas, c’est bien Dieu que nous cherchons, et c’est bien lui qui ne se laisse pas saisir, qui se dérobe tout en étant présent, c’est sa manière d’être, et que cette quête nous fait vivre. Ceux à qui nous voudrions dire combien cette quête nous anime, parfois nous tourmente, qu’ils ont trouvé d’autres solutions de substitution et qu’elles n’apportent pas la vie.
Je suis convaincu que tout homme est en quête d’une sorte de questions fondamentales concernant sa naissance, sa mort, le mal qui l’entoure, et que à moins d’avoir construit une forteresse imprenable, ce qui arrive, le monde et ses informations nous obligent, le monde et la solidarité que nous éprouvons les uns pour les autres, nous obligent à nous poser la question fondamentale qui touche entre autres à l’origine de la vie, entre autres, à la fin de la vie. Les hommes ne peuvent pas faire autrement que d’inventer des solutions provisoires de substitution, mais ils se trompent de cible, ils se trompent de figure divine. Il est très délicat de faire entendre combien Dieu est fait pour l’homme, et que l’homme est fait pour Dieu, et que leur rencontre complètera, achèvera ce manque que l’homme éprouve. Mais nous, les croyants nous croyons, nous confessons que c’est bien Dieu que nous cherchons, et s’il y en a une qui a éprouvé fondamentalement dans son corps et dans son âme ce manque de Dieu, c’est Marie-Madeleine.
Car en Marie-Madeleine se dessine cet appel, cette présence, ce manque, ce corps du Christ. Et si l’évangile de Jean a pris ce souci du détail de nous décrire que deux anges se tenaient comme dessinant en absence le corps du ressuscité, c’est bien pour dire que ce corps, cette empreinte du corps est là, en elle. Quand on aime quelqu’un on a le goût de son corps, on a l’empreinte de son corps. C’est bien cette empreinte presque charnelle, non totalement charnelle et donc spirituelle, qui dessine le manque, et c’est pourquoi elle a été choisie comme apôtre de la résurrection. Car l’apôtre de la résurrection n’est pas celle d’abord qui possède la vie éternelle, mais celle qui la reçoit, l’entrevoit et court après. Le Christ ne vient pas en quelque sorte après tous les événements qu’on attribue à Marie-Madeleine, ne vient pas combler, satisfaire l’humanité de Marie-Madeleine, mais vient ouvrir à une quête plus profonde dont elle est l’athlète. Car elle est l’athlète par excellence, c’est celle qui court sur l’arène vers le Christ ressuscité. Elle est celle sur qui le Christ a dessiné très précisément son corps présent et son corps absent. C’est en ce sens qu’elle est première, qu’elle est en tête de ligne.
On pourrait aussi, et je m’arrêterai là, pourquoi Jésus a choisi ce féminin pour accueillir ? il y a peut-être une raison aussi, entre cette manière dont elle a éprouvé auparavant le manque du Christ bien-aimé, et ensuite le manque du corps du Christ, du ressuscité, et qu’elle dessine en elle ce manque, et en même temps cette présence, ce double jeu de présence et d’absence comme le Cantique des Cantiques le chante, et qui est la manière dont Dieu nous mène par des liens d’amour vers son Royaume. Peut-être que la meilleure façon de l’entendre et de le recevoir et de le ressentir est du côté du féminin qui n’est pas propre aux femmes, mais qui est propre à toute humanité, que de savoir accueillir et entendre ce chant du ressuscité pour notre propre corps, pour notre propre vie, et l’éternité que le Christ a commencé à dessiner en nous.
Que cette mémoire de Marie-Madeleine nous aide à mettre nos pas dans la foi de ceux qui savent que le but, l’achèvement n’est qu’en Dieu, et en Dieu seul.
AMEN