MARIE ET MARIE-MADELEINE

Ct 3, 1-4 a ; Jn 20,1+ 11-18C
Ste Marie-Madeleine - (22 juillet 2005)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

E

n fêtant une fête comme Marie-Madeleine, il y a beaucoup plus de choses que l'on sait sur Marie-Madeleine que parfois sur tel ou tel apôtre. Ainsi, à part Pierre, Jacques, Jean, dont on retrouve assez facilement les traces, ce qu'ils ont à dire dans l'évangile, mais il y en a d'autres dont on ne connaît que le nom, et on ne sait pas ce qu'ils ont fait.

Peut-être que la tradition a tendance à prêter aux riches, y compris lorsqu'on reconnaît chez elle la femme qui verse du parfum sur les pieds de Jésus, Marie-Madeleine a un long parcours évangélique.

J'aimerais reprendre simplement trois points qui me semblent importants justement de ce parcours évangélique et l'éclairer par une autre figure de femme. Contrairement à ce que l'on pense, même si l'Église est misogyne, même si l'Église n'est faite que d'hommes, il suffit de voir notre assemblée, il n'empêche qu'il y a au moins deux femmes dans l'évangile qui ont un rôle absolument capital et qui s'éclairent l'un l'autre par leur parcours respectif : à savoir, Marie-Madeleine et la vierge Marie.

Une étape fondamentale dans la vie de Marie-Madeleine c'est la rencontre avec Jésus, rencontre dite "pécheresse pardonnée". L'expérience profonde du salut, d'un salut effectif, réel, et qui porte des conséquences importantes dans la vie de Marie-Madeleine. Certainement que cette femme de tous les excès n'a jamais eu l'habitude d'être regardée comme Jésus a du la regarder. Et ce regard de Jésus a bouleversé et transformé sa vie, parce que c'est un regard qui ne l'a pas enfermée mais qui l'a ouverte à l'accueil plein de cet homme dont elle découvre peu à peu qu'Il est vraiment le Fils de Dieu. Cette divinité, elle l'éprouve après le pardon de ses péchés dans un parcours difficile qui est celui de la nuit, de la souffrance et de la mort. Marie-Madeleine au pied de la croix, Marie-Madeleine voyant l'homme qui a bouleversé sa vie, mourir, et pressentant cette fin, ce rideau qui tombe, cette nuit plus qu'obscure. Expérience de cette vie confrontée à beaucoup de limites, dont la dernière limité irréfragable : la mort.

Marie-Madeleine, troisième étape de son parcours évangélique, le matin de la résurrection. Là aussi, c'est une expérience résolument pascale. Sortir du tombeau, sortir de ses pleurs, sortir du "Qui cherches-tu ?" Sortir de ce désir de posséder : "Ne me retins pas" pour comprendre désormais l'universalité, l'immensité de cette vie, de résurrection capable d'atteindre tous les cœurs d'hommes, et dont Marie-Madeleine va se faire la messagère : témoin de la résurrection, apôtre des apôtres.

Ce visage de Marie-Madeleine me paraît essentiel, et quand on compare avec le parcours évangélique de la vierge Marie, elle est comme le reflet qui, au départ, pourrait paraître inversé, et pourtant qui s'appellent l'un et l'autre. La vierge Marie préservée de tout péché, et pourtant devant accueillir ce Dieu qui s'incarne en elle et qui vient bouleverser profondément sa vie de femme. Marie passant par cette expérience fondamentale également de la souffrance et de la mort, Marie au pied de la croix. Il ne nous est rien dit si le Christ est apparu à sa mère, mais souvent, dans les icônes, on représente Marie dans ce point d'orgue final de la Pentecôte, point d'orgue de la résurrection, Marie avec les apôtres recevant la plénitude de l'Esprit Saint.

Il me semble, qu'à chaque fois, nous avons avec l'une et l'autre femme, le visage de ce qu'est l'Église, de ce qu'est notre Église. On dit souvent avec raison, que notre Église est sainte, et pourtant pécheresse. Une Église pure et vierge, et pourtant une Église connaissant parfois les affres d'une certaine médiocrité. Une Église capable de donner la vie et d'enfanter, et pourtant, une Église aussi, notre Église repliée sur elle-même et parfois sur ses tombeaux. Il me semble que l'un et l'autre réalité de l'Église nous dise ce qu'est essentiellement l'Église, notre Église, notre communauté, et l'Église n'étant pas composée de zombies, elles nous disent aussi, Marie et Marie-Madeleine, une Église dont nous sommes les pierres vivantes, les membres, chacun pour notre part.

Nous avons nous aussi, à faire ce même parcours évangélique du pardon de nos péchés, de traverser toute souffrance et toute mort, en ne comprenant pas toujours ce qui se passe lorsque nous nous retrouvons au pied de la croix. Et pourtant, aussi appelés à être témoins pour nos frères de la vie que Dieu place en nous, de l'Esprit Saint qui est donné à chacun des hommes capables d'accueillir la Bonne Nouvelle du salut. Nous sommes invités à travers la vierge Marie et Marie-Madeleine, à réconcilier notre propre parcours évangélique pour que non seulement nous sachions accueillir le Christ, le suivre jusqu'au bout de sa Pâque et être illuminés de sa résurrection. Pour que nous, chrétiens aujourd'hui, nous soyons non seulement des hommes d'évangile capables de porter la bonne nouvelle, mais d'abord d'être des hommes traversés par l'évangile, capables de recevoir le salut dans tous les aspects de notre vie, qu'il soit parfois comme ceux de la vierge Marie, ou parfois comme ceux de Marie-Madeleine.

 

 

AMEN