L'AMOUR TRANSFIGURÉ : MARIE-MADELEINE
Ct 3, 1-4 a ; Jn 20,1+ 11-18C
Ste Marie-Madeleine - (22 juillet 2003)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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'ai toujours eu l'impression que les chrétiens avaient une grande sympathie, un grand amour pour Marie-Madeleine, pour ce qu'elle représente. Une grande pécheresse qui se convertit à la prière, à la contemplation à la suite de son Seigneur. Même si l'on ne prête qu'aux riches, puisqu'on finit par parfois donner à Marie-Madeleine touts les turpitudes de ces femmes pécheresses montrées dans l'évangile, elle est de toute façon, pour résumer, comme le dit l'évangile, classée dans la catégorie des publicains, et des prostituées, et n'oublions pas qu'ils nous précèdent au Royaume des cieux.
Notre affection dans ces cas-là, c'est de se dire que si elle y arrive, nous aurons nous aussi quelque chance d'y aller, se disant par là que quel que soit notre péché, peut-être un peu moins grand, nous aurons une place auprès du Seigneur.
Ce visage de Marie-Madeleine est tellement ancré dans la tradition de l'Église que les prières au jour propre de sa fête et que nous entendons aujourd'hui, décrivent sous différents traits, sa mission, celle de disciple du Seigneur, mais plus encore, ce qui l'a fondée, c'est-à-dire l'amour qu'elle porte à Jésus. Elle est comme le dit la prière d'entrée, celle à qui a été confiée la première annonce de la joie pascale. La prière sur les offrandes demande que nos offrandes soient acceptées puisque le Seigneur a bien voulu, Lui, a bien voulu accepter le dévouement et l'amour que Marie-Madeleine lui porte. Et la prière après la communion dira : "que cette communion nous remplisse d'un amour sans défaillance qui a lié pour toujours Sainte Marie-Madeleine à son divin maître, le Christ".
Elle apparaît bien donc comme une femme amoureuse, une femme certainement passionnée. Il me semble que Marie-Madeleine reste entièrement ce qu'elle est. Peut-être a-t-elle été effectivement une femme qui a aimé plutôt ce qu'on appellera "la bagatelle" ? Mais elle se convertit avec ses passions. Elle se convertit avec tout ce qui l'a fait vivre, tout ce qui l'a fait se mettre en chemin. En somme, peut-être comme certains auteurs l'ont suggéré, même s'ils ne sont pas toujours très catholiques, a-t-elle encore aimé le Christ. Peut-être était-elle tout simplement amoureuse de cet homme Jésus ? Elle aimait son visage, elle aimait son regard, elle aimait ses gestes, elle aimait sa façon de parler, de se déplacer. Marie-Madeleine entièrement femme a assumé cet amour, cette passion. Et pourquoi pas, le dire avec le Cantique des cantiques, le désir qu'elle porte de cet homme ?
Mais Jésus l'appelle à aller plus loin, et Il ne l'arrête pas dans ce qu'elle est, mais Il va transformer ce qu'elle est. Il va l'appeler à aller au-delà et à se servir de cette puissance d'amour quelle porte pour que cet amour se lise désormais sur le visage du Christ comme étant celui qui peut combler absolument tous les désirs, toute la recherche intérieur que l'homme peut porter en son cœur.
Pour nous, c'est important, par ce que trop souvent, nous entendons dans les récits de conversion, combien chez les gens il y a un avant et un après. Leur conversion semble d'ailleurs les avoir tellement changé qu'ils n'ont plus ni aucun désir, ni aucune passion, ils ne semblent plus du tout être les mêmes. La conversion n'est pas un changement d'identité, mais la conversion, c'est assumer son être, son identité, en disant que c'est celle-ci justement qui est convertie par Dieu, parce qu'aimée par Dieu. S'il y a transformation, c'est comme une sorte de transfiguration. Nous avons la même figure, mais au-delà de cette figure, se dessine déjà notre visage d'éternité. Alors, avec Marie-Madeleine, nous pourrons certainement aller plus loin. C'est ce que nous pourrions retenir de cet évangile proclamé. Finalement, Marie-Madeleine se met en chemin : il fait encore sombre, le jour pointe à peine, et c'est encore comme dans les ténèbres de sa vie, elle s'arrête au tombeau, elle s'arrête même à ce corps qu'elle veut récupérer, cette dépouille mortelle, un peu comme l'amour peut être possessif. Et puis, Jésus se laisse voir, et là, Il lui dit : désormais, ne me retiens plus, tu peux aller plus loin. Il lui ouvre un autre chemin, le chemin de l'annonce à ses frères de l'incroyable amour de Jésus pour son humanité qui transforme notre mort en vie.
AMEN