APPELÉE PAR SON NOM : "MARIE"
Ct 3, 1-4 a ; Jn 20,1+ 11-18C
Ste Marie-Madeleine - (22 juillet 2000)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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rères et sœurs, cette fête de Marie-Madeleine nous introduit au paradoxe de l'évangile. Marie-Madeleine était une pécheresse, elle est venue pleurer aux pieds de Jésus, il l'a délivré de ses péchés, l'évangile nous dit qu'Il a chassé de son cœur sept démons, et c'est cette femme, parmi toutes les autres femmes et parmi tous les disciples que Jésus a choisi pour être la première à voir le tombeau vide, la première à voir le visage du Christ ressuscité. Paradoxe du pardon du Christ qui va si loin qu'il transforme le pécheur, la pécheresse en un témoin privilégié.
Mais si vous le voulez, réfléchissons un peu plus profondément aux liens qu'il y a entre ce péché, cette situation de pécheresse pardonnée, et ce privilège d'être le premier témoin de la Résurrection du Christ. Bien sûr, nous pouvons nous contenter de dire que c'est la trace de l'immense pardon de Dieu. Mais, n'y a-t-il pas davantage ? Qu'est-ce qui a ouvert les yeux de Marie-Madeleine pour qu'elle voie le ressuscité ? L'évangile nous le dit, c'est la parole même du Christ, le ton de sa voix, quand il l'appelle par son nom : "Marie". Ainsi, la voix du Christ est si profondément entrée dans le cœur de Marie-Madeleine, qu'elle lui a permis que ses yeux s'ouvrent et que celui qu'elle croyait être le jardinier, donc qui avait une apparence banale, quelconque, pas spécialement familière, que celui-là tout à coup lui apparaisse comme celui qu'il est vraiment, son Bien-Aimé, le Christ ressuscité. Cette intonation de la voix du Christ, cette manière de l'appeler par son nom, c'est toute la vie de Marie-Madeleine. Un jour elle est venue chargée du mal, du péché, elle a pleuré aux pieds de Jésus, et il lui a dit : "Marie, parce que tu as beaucoup aimé, tous tes péchés sont pardonnés". Cette manière dont le Christ parle à Marie-Madeleine est une manière unique, car Jésus a une manière de parler à chacun d'entre nous qui ne ressemble à aucune autre, nous ne sommes pas des numéros dans une foule, et la façon dont Jésus s'adresse à Marie-Madeleine, ou à vous, ou à moi n'est en aucune manière semblable à la façon dont Il s'adresse à un autre, à une autre. Il y a une façon unique pour Jésus de parler à chacun d'entre nous. Pour Marie-Madeleine cette façon de lui parler, c'est la parole qui transforme le cœur, qui d'un cœur pécheur, fait un cœur voyant. Cette parole du Christ à Marie-Madeleine c'est la parole de la miséricorde. La miséricorde, cela veut dire étymologiquement, un cœur sensible à la misère des pauvres, de ceux qui ont faim, de ceux qui sont méprisés, sensibles aussi à la misère de ceux qui par leur faute sont coupés de Dieu par le péché. Dieu est éminemment Celui qui est sensible à cette misère du pécheur, et c'est cela l'expérience de Marie-Madeleine, et c'est cela d'une manière unique, incommunicable, qu'elle a découvert dans cette voix du Christ : "Tes péchés sont pardonnés parce que tu as beaucoup aimé". C'est donc l'expérience même de la miséricorde de Dieu, de cette proximité de Dieu avec celui qui s'était éloigné de lui, de cette compassion, de cette sympathie, ce qui veut dire : "souffrir avec", cette sympathie de Dieu pour celui qui souffre parce qu'il est séparé de Dieu par le mal, par le péché. C'est cette sensibilité du cœur de Dieu à la misère du pécheur, c'est cette tendresse de Dieu pour celui qui est loin de Lui et dont la souffrance de ce fait, dépasse toutes les autres formes de souffrance, car être séparé de Dieu, c'est bien plus grave qu'être malade, c'est bien plus grave que de mourir, d'être seul, ou que toutes les épreuves que nous puissions connaître.
Nous ne le savons peut-être pas toujours parce que notre expérience du péché est comme tout le reste de notre existence, un peu superficielle, mais Marie-Madeleine, elle, avait mesuré l'angoisse, le néant, la pauvreté la misère de son péché. Elle l'avait tellement mesuré qu'elle n'a pas hésité à se jeter aux pieds du Christ en public, devant tout le monde, créant une sorte de petit scandale, parce que sa misère était trop grande, et il lui fallait trouver quelqu'un pour venir la chercher au fond de cette misère, et elle l'a trouvé, et la voix de Jésus est la voix de celui qui entre en sympathie avec cette pécheresse, avec le malheur de son péché, c'est la voix de quelqu'un qui est sensible à cette misère et qui vient la rejoindre dans cette misère. Cette voix, elle est unique, elle ne peut être confondue avec aucune autre, et c'est cette voix qui prenant possession du cœur de Marie-Madeleine a peu à peu ouvert ses yeux à quelque chose qui est invisible : la gloire du Christ ressuscité. Ni vous, ni moi, ni personne, par ses propres forces ne peut voir le Christ dans sa résurrection, dans sa gloire et sa splendeur, parce que cette gloire et cette splendeur, c'est précisément la gloire de cet amour, cette tendresse, cette miséricorde, de cette proximité avec le pécheur.
Demandons à Marie-Madeleine de nous faire faire avec elle une expérience de la miséricorde de Dieu pour que nos yeux s'ouvrent et que nous ne soyons pas simplement des ahuris distraits qui traversent le monde et la vie sans rien voir, mais que nos yeux nous permettent d'aller à l'essentiel, cette présence unique de Jésus, dans son pardon, sa miséricorde et sa tendresse, pour qu'Il nous transforme, nous qui sommes tous pécheurs comme l'a été Marie-Madeleine.
AMEN