COURIR POUR CHERCHER LE CHRIST
Ct 3, 1-4 a ; Jn 20,1+ 11-18C
Ste Marie-Madeleine - (22 juillet 1999)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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a figure de Marie-Madeleine a dans l'évangile une grande importance, même si on ne lui a pas toujours rendu la justice qu'elle méritait. Ce n'est pas seulement le côté épisodique, événementiel qui est intéressant dans la vie de Madeleine. C'est le fait qu'elle-même par sa vie, par sa conversion, par sa pénitence, symbolise le mystère de l'Église.
La plupart du temps, quand on pense au mystère de l'Église, on pense plutôt à l'autre Marie, la "Mère de Dieu", mais le mystère de l'Église actuellement présente sur la terre est tellement complexe, tellement difficile à dessiner, à déterminer, que plusieurs figures de l'évangile en donnent les traits, bien entendu, Marie, la Mère de Jésus, de façon suréminente, mais aussi, Marie-Madeleine, la prostituée que le Christ a convertie.
Précisément, Marie-Madeleine évoque la figure de l'Église que nous sommes, dans sa complexité actuelle, à travers trois éléments : son passé de pécheresse, sa course permanente, et son sens du parfum.
Le péché, non pas que l'Église soit pécheresse l'Église est l'Epouse du Christ, par conséquent, elle n'est pas pécheresse. En nous-mêmes, ce qui est l'Église n'est pas pécheur. Mais dans la situation concrète où nous sommes, il se trouve que l'Église a des membres qui sont pécheurs. C'est pour cela que Marie-Madeleine, celle qui a vécu dans le péché, est aussi point de référence pour comprendre la situation actuelle de l'Église. Tout ce qui en nous n'est pas encore converti, tout ce qui en nous est encore péché, tout ce qui en nous est potentiellement convertissable, tout cela peut être ressaisi par l'Amour de Dieu et devenir vraiment l'Église. Marie-Madeleine désigne l'Église avant qu'elle ne devienne l'Église. L'Église est une Eglise sainte, mais la sainteté même de l'Église a comme matière première, comme matière brute, le péché et les pécheurs. Et c'est là-dessus que Dieu travaille, pour que par la puissance de sa miséricorde, de son amour, de son pardon, le pécheur puisse devenir libre de la liberté même des fils de Dieu.
Marie-Madeleine court toujours.. Elle va dans la maison du pharisien, on dirait qu'elle est sans cesse là à suivre Jésus. A la différence de Marie, Mère de Jésus, qui a plutôt une existence paisible, une contemplation presque immobile du mystère de son Fils, Marie-Madeleine a une vie extrêmement agitée. Même au jour de la Résurrection, on la voit encore courir au tombeau. Et lorsqu'elle a reçu l'annonce de la Résurrection, elle court encore pour la porter aux disciples. C'est pour cela qu'elle est souvent représentée par les peintre dans des poses très animées et vivantes. Cette espèce d'agitation permanente fait partie d'elle-même, et cela est aussi un des aspects du mystère de l'Église dans sa condition présente.
Nous ne sommes pas encore auprès du Christ, dans le Royaume, mais nous sommes comme la Bien-Aimée du Cantique qui cherche partout son Bien-Aimé, qui court dans tous les sens pour le trouver. A ce titre-là, même après sa conversion, Marie-Madeleine n'est jamais véritablement satisfaite de sa rencontre avec le Seigneur. Elle sent au plus intime d'elle-même, que la plénitude de l'amour que Dieu veut lui donner, elle ne l'a pas encore totalement reçue. D'où cette impression de toujours bouger, de toujours chercher, de toujours courir.
Mais pour compenser cela viennent les parfums. Marie-Madeleine est la grande spécialiste du parfum. Elle l'utilise lors de sa première rencontre avec Jésus, et même à la mort du Sauveur, puisqu'elle était au pied de la croix. Et surtout, elle avait jugé bon d'apporter des compléments après l'ensevelissement quand elle était retournée au tombeau le jour de Pâques. On peut dire que la relation du Christ avec Marie-Madeleine est sous le signe du parfum. Et ceci est aussi extrêmement révélateur du statut de l'Église. L'Église embaume le cœur de Dieu, l'Église fait la joie du cœur de Dieu, et c'est précisément ce que traduit le parfum. Le parfum, c'est l'émanation de quelqu'un qui va rencontrer l'autre qui respirera le parfum et l'aspire ainsi à l'intérieur de lui-même. Dans la tradition biblique, le rôle du parfum est de manifester le mystère de la présence, mais d'une présence qui n'est pas encore totale, pas encore parfaitement achevée. Pour reprendre les métaphores de la nuptialité, si la fiancée n'est là que par son parfum, c'est que ce n'est pas encore le don total de sa personne.
Marie-Madeleine veut que son Seigneur ait le cœur rempli de son parfum. C'est le sens même de l'existence de l'Église. Tout ce que fait, tout ce que vit, ,tout ce que réalise l'Église à travers le monde, est comme la bonne odeur du parfum dont elle veut remplir le cœur et les narines de Dieu. Vouloir faire participer de ce parfum le cœur même de Dieu, c'est le signe que la rencontre n'est pas encore totalement achevée. Et c'est pour cela que selon la tradition, Marie-Madeleine termine sa vie comme pénitente. La pénitence est le moment où le cœur de l'homme s'étant retourné, il sait où il faut aller, mais il n'y est pas encore, et c'est là aussi le statut de l'Église.
Tout ce que fait, tout ce que vit l'Église, c'est le parfum qui remplit le cœur de Dieu, mais l'Église sait que sa relation à son Seigneur est encore une relation de parfum et non pas de totale présence, de total achèvement, du don mutuel du Seigneur à son Épouse, et de l'Épouse à son Seigneur.
Alors, prions le Seigneur, par l'intercession de Marie-Madeleine pour que nous aussi nous ayons ce sens véritable de l'Église dans le monde d'aujourd'hui. L'Église qui reconnaît humblement qu'elle porte en elle des membres pécheurs, et que chacun de nous, à ce titre-là est un membre pécheur de l'Église, l'Église qui ne doit pas arrêter sa course vers son Seigneur mais qui doit sans cesse chercher son Bien-Aimé sans se décourager, si elle ne le trouve pas encore en plénitude.
Enfin, l'Église qui dans tout ce qu'elle fait, tout ce qu'elle vit aujourd'hui, remplit le cœur de Dieu de la grâce et du parfum qu'elle a reçu de Lui.
AMEN