LE CHRIST, SEUL OBJET DE SON DÉSIR
Ct 3, 1-4 a ; Jn 20,1+ 11-18C
Ste Marie-Madeleine - (22 juillet 1994)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

Molhain : Mise au tombeau
Marie-Madeleine
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e Marie-Madeleine nous pouvons dire, sans ironie et sans humour, qu'elle a été fidèle à son désir. De fait quand nous parlons d'elle, nous pensons surtout aux amants qu'elle a connus et nous sommes soulagés de constater que ces amants ont disparu de son cœur et qu'un seul a pris la place. Ouf! C'est Jésus-Christ !
Une chose peut-être plus belle et plus profonde qui anime Marie-Madeleine c'est que le Christ est venu recueillir une femme qui cherchait à mettre un objet à son désir profond. Certes elle le faisait avec maladresse, erreur, mais on ne peut pas lui reprocher d'avoir été sans désir et de ne pas avoir voulu donner un objet à ce désir. C'est pourquoi tout au long de sa vie avec le Christ, elle restera celle qui est attachée au Corps du Christ. Lors de l'arrestation, les apôtres s'enfuirent mais elle se trouve là elle restera même près de la croix "avec Marie la mère de Jésus". Lorsque le corps du Seigneur a été déposé dans le sépulcre, Madeleine ne peut pas s'en détacher et elle revient le matin pour une dernière vénération.
Elle a cette ténacité, cette fidélité à son désir et lorsqu'elle rencontre le Christ elle sait que Lui sera l'objet total, définitif, irrémédiable de toute sa quête et qu'elle acceptera de lui que ce désir, progressivement, se transforme, se convertisse. Tout à la fin de sa vie, la dernière rencontre qu'elle a avec le Christ ressuscité, Celui-ci, une dernière fois transforme son désir en lui disant : "Ne me retiens pas !" Du moins on pourrait dire: Ne retiens pas mon corps, mon corps terrestre, mais retiens de Moi cette parole et pars avec ma parole l'annoncer aux apôtres.
Nous avons là une idée du chemin que nous avons à faire sur cette terre. Ne pouvant étreindre Dieu, ne pouvant le toucher, et souvent fatigués de n'avoir personne en face de nous dans notre vie terrestre, nous décourageons souvent notre propre désir de chercher Dieu. Or ce désir a toujours un objet et si nous cessons de le mettre en œuvre, de nous mettre en recherche, nous acceptons que de faux objets viennent combler partiellement ce désir. Que de faux maîtres prennent place à l'intérieur de nous ! et c'est peut-être pire que les prostitutions de Marie-Madeleine, car nous ne voyons pas que ces faux objets sont venus combler notre cœur et notre désir de corps, nous acceptons d'être ainsi partiellement comblés sur cette terre et nous n'avons plus qu'à donner à Dieu une vague attente, un peu fatiguée et certainement usée.
Marie-Madeleine a creusé en elle la place totale que Dieu pouvait avoir dans sa vie. Elle ne l'a pas fait par elle-même, elle l'a fait à chaque rencontre qu'elle a eue avec le Christ, jusqu'à cette ultime rencontre du matin de Pâque où elle est partagée entre retenir Celui qu'elle aime, le toucher, l'étreindre et en même temps L'adorer, Le contempler, "avoir la meilleure part". Une dernière fois, le Christ, non pas se dérobe à son désir mais se donne totalement à elle, comme la Parole, le Verbe.
On ne dit plus rien d'elle après cela dans l'évangile, non pas que sa vie s'efface mais elle est toute remplie, toute tendue vers cette Parole qui commence à prendre chair en elle. Ce n'est plus le Christ qu'elle avait en face d'elle, qu'elle avait justement envie d'étreindre et de toucher, mais le Verbe qui, apparemment quittant sa vision et quittant ses sens, commence à la pénétrer, à la transformer de l'intérieur, à transformer celle qui était restée non pas intacte mais qui avait attendu d'être comblée par Celui qu'elle aimait.
A la suite de Marie-Madeleine nous avons nous aussi à tuer tous ces faux maîtres, ces faux objets qui comblent partiellement nos désirs en cette terre pour laisser grandir plus loin ce désir, attendre de Dieu qu'Il le comble Lui-même et recevoir de sa Parole l'amour que Marie-Madeleine avait aperçu, qui l'avait retournée et qui nous permet de la vénérer aujourd'hui comme l'apôtre des apôtres.
AMEN