LA FLAMME DE L'AMOUR

Ct 3, 1-4 a ; Jn 20,1+ 11-18C
Ste Marie-Madeleine - (22 juillet 1992)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Y

a-t-il eu trois Marie ? Marie de Magdala, celle dont Jésus a chassé sept démons et qui l'a vu ressuscité, Marie sœur de Marthe et de Lazare elle qui avait "choisi la meilleure part" en se tenant aux pieds de Jésus, et puis cette femme dont nous ne savons pas le nom qui a oint les pieds de Jé­sus et dont Il a dit : "Ses nombreux péchés lui sont pardonnés parce qu'elle a beaucoup aimé" ? Ou bien ces trois Marie n'en font-elles qu'une seule comme l'a dit la Tradition ? Cela n'a aucune importance, c'est une affaire de puristes ou d'exégètes. S'il y en a trois, nous en fêtons trois aujourd'hui et s'il n'y en a qu'une nous la fêtons avec une joie triple.

De toute façon, ces femmes dont nous parle l'évangile ont une grande parenté. Marie de Magdala dont il a été chassé sept démons c'est la pécheresse qui est venue pleurer auprès de Jésus et oindre ses pieds. Et ce geste de la pécheresse que nous rapporte saint Luc, les trois autres évangélistes nous le rap­portent de la sœur de Marthe et de Lazare. Il y a donc une parenté entre les gestes et la vie de ces femmes. Mais la parenté la plus profonde, c'est cet amour im­mense du Seigneur dont nous parlait tout à l'heure le Cantique des cantiques.

"Marie, la sœur de Lazare, se tenait aux pieds de Jésus" et elle ne quittait pas les pieds du Christ, elle restait là, à l'entendre, jusqu'à en oublier les soins du ménage et encourir quelques reproches de sa sœur, mais instinctivement elle avait compris que la meil­leure part, c'était cette contemplation éperdue, cette contemplation éblouie du Bien-Aimé. La femme pé­cheresse dans la ville est venue, poussée par un im­mense amour que Jésus a su reconnaître. "Parce qu'elle a beaucoup aimé", ses péchés, peu importe, "sont pardonnés." Et Marie de Magdala s'est attachée aux pieds de Jésus avec tellement d'amour, elle l'a recherché avec tant de passion, elle l'a suivi tout au long de sa vie publique et elle a été tellement émer­veillée par le Christ qu'Il lui a donné ce privilège uni­que d'être le premier témoin de sa Résurrection, d'être la première à le voir dans sa gloire, dans sa vie nou­velle. Et c'est avec une tendresse infinie que Jésus lui dit son nom, "Marie !" pour qu'elle le reconnaisse à cette tendresse précisément, a cette intonation de la voix, à cette intimité, à cette proximité.

Nous sommes tous comme Marie-Madeleine, nous sommes tous pécheurs. D'une façon ou d'une autre notre cœur est très souvent rempli de ce péché qui nous détourne de Dieu. Mais nous demandons à Marie-Madeleine de nous faire partager non seule­ment ce péché mais aussi cet amour plus fort que le péché, plus fort que toute faute, cet amour qui a habité son cœur, qui l'a jetée aux pieds de Jésus, qui l'a conduite à sa suite, qui a fait d'elle le premier témoin de sa Résurrection, qui a ouvert ses yeux à la gloire du Christ, cet amour infini parce que c'est l'amour même de Dieu qui est répandu dans nos cœurs par l'Esprit saint qui nous est donné. Alors, que nous soyons pécheurs, et nous le sommes, à la limite cela a peu d'importance, ce qui est important, c'est que nous soyons aimés du Christ et que cet amour rejaillisse de notre propre cœur en une réponse aussi forte, aussi intense, aussi intime, et que cet amour rayonne à par­tir de notre cœur. Car si Marie-Madeleine a mérité d'être l'apôtre des apôtres, c'est précisément parce que l'amour du Christ remplissant son cœur a débordé de son cœur sur le cœur des apôtres. Et ces apôtres qui étaient indécis, qui avaient de la difficulté à croire, ont enflammé leur cœur au contact du cœur de Marie-Madeleine, enflammé, lui, par la vision même du Christ Et cette flamme n'a cessé de se répandre jus­qu'aux extrémités du monde et de l'histoire, jusqu'à nous. Nous sommes les bénéficiaires de cette appari­tion de Jésus Ressuscité à Marie-Madeleine. Notre foi est fondée sur la résurrection du Christ. Et si les apô­tres sont venus jusqu'à Aix en Provence pour l'annon­cer, c'est parce que d'abord Marie-Madeleine le leur avait dit et qu'avant de le dire, elle l'avait vécu. "Va dire à mes frères que Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu !" Oui, Dieu est notre Père, Il est le Père de Jésus et c'est cela que nous fêtons avec Marie-Madeleine dans une joie indicible.

 

AMEN