LE PARDON QUI OUVRE LES YEUX
Ct 3, 1-4 a ; Jn 20,1+ 11-18C
Ste Marie-Madeleine - (22 juillet 1985)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Crépy-en-Valois : Sainte Marie Madeleine
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ous les évangiles sont unanimes à nous dire que Jésus est apparu après sa résurrection, d'abord aux femmes, aux saintes femmes venues embaumer son corps, avant d'apparaître aux disciples eux-mêmes. Saint Jean, dans la page que nous venons d'entendre, précise encore, parmi toutes ces femmes, la première qui l'ait vu, c'est Marie de Magdala, dont l'évangile nous dit par ailleurs que c'était une pécheresse et que Jésus avait chassé de son cœur sept démons, chiffre symbolique dans tout l'Ancien Testament, ce qui signifie une multitude de démons. La tradition a assimilé Marie de Magdala avec la pécheresse anonyme qui est venue pleurer ses péchés sur les pieds de Jésus qui a dit d'elle : "Ses nombreux péchés lui sont pardonnés parce qu'elle a beaucoup aimé."
Il y a donc une relation étroite, dans la personne de Marie-Madeleine, entre le fait de son péché et le fait qu'elle a vu, la première, le Seigneur Ressuscité. Ceci nous invite à réfléchir sur cette relation entre le péché pardonné de Marie-Madeleine et la vision du Christ Ressuscité. Ce n'est pas le péché qui ouvre les yeux de Madeleine à la vision du Ressuscité, mais c'est le pardon de son péché, car le pardon du péché c'est un surcroît d'amour de la part de Dieu, de la part du Christ, en faveur du pécheur. Le pécheur a besoin de beaucoup plus d'amour pour que son cœur, privé d'amour par son péché, puisse être restauré dans la lumière de l'amour de Dieu. Il y donc dans la vie du pécheur, il y a dans la vie de Marie-Madeleine ce moment où un surcroît d'amour de la part de Dieu vient pénétrer jusqu'au plus profond de son cœur, jusqu'à cet endroit intime où s'était établie la rupture du péché, cette sorte de désintégration de sa personnalité spirituelle. Et il a fallu ce surcroît d'amour, il a fallu cette flamme ardente de l'amour de Dieu pour guérir ce péché là où il était. C'est pourquoi, parce qu'elle avait beaucoup péché, il a fallu que l'amour de Dieu soit plus fort dans le don qui lui en était fait, pour que ce péché soit vaincu et que la splendeur de l'alliance entre Dieu et Marie-Madeleine soit restaurée.
Et c'est ce surcroît d'amour, cette plénitude de l'amour de Dieu donné à la pécheresse, donné au pécheur, qui transfigure son être et fait de celle qui était pécheresse quelqu'un qui est plus rempli d'amour que les autres car rien ne nous manifeste davantage l'amour que Dieu a pour nous, rien ne réalise davantage cette plénitude de l'amour pour nous que le pardon des péchés. Saint Paul dit dans son épître aux Romains que "donner sa vie pour quelqu'un de bien" peut-être acceptera-t-on de le faire, mais donner sa vie pour celui qui est pécheur, pour celui qui est sans amour, c'est cela la manifestation véritable que Dieu nous aime. Ce n'est pas seulement une affaire de manifestation, c'est une réalité. Il faut cette plénitude insistante de l'amour de Dieu pour arracher notre cœur au péché. C'est parce que son cœur a été arraché à davantage de péché, que cet amour a rempli son être d'une telle plénitude, qu'Il a aiguisé son regard et qu'il la rendue capable d'être le premier témoin de la Résurrection du Christ.
C'est cela la bonne nouvelle de l'évangile. Il n'est pas question que nous péchions pour voir le Christ Ressuscité, mais pécheurs, nous le sommes tous. Il n'y a personne qui soit en dehors du péché ou bien c'est simplement illusion de notre part, aveuglement ou courte vue. Encore faut-il que nous demandions et que nous acceptions d'être pardonnés. Et plus nous serons pardonnés, plus profondément nous nous serons reconnus pécheurs, plus nous aurons eu besoin du pardon de Dieu, plus cet amour nous envahira, plus notre regard s'ouvrira pour saisir, pour voir, pour être illuminés, pour être imprégnés par la vie du Christ Ressuscité. C'est la bonne nouvelle de l'évangile, c'est la bonne nouvelle du salut. Le salut, veut dire être sauvé. Être sauvé veut dire qu'on était perdu. Perdus, nous le sommes, encore faut-il que nous en prenions conscience pour que nous demandions à être sauvés et pour que l'amour de Dieu nous remplissant éclaire notre cœur, éclaire notre regard pour que nous puissions, nous aussi, comme Marie-Madeleine, être témoins de la Résurrection du Christ, c'est-à-dire de son amour triomphant.
AMEN