SE RETOURNER
Ct 3, 1-4 a ; Jn 20,1+ 11-18C
Ste Marie-Madeleine - (22 juillet 1983)
Homélie du Frère Michel MORIN

Artonne : Sainte Marie-Madeleine
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e retournant, elle vit Jésus." Sans le reconnaître d'abord puis, lorsque le Seigneur l'appelle par son nom, elle lui dit tout simplement : "Maître !" Se retourner, dans sa vie, pour chercher le visage du Seigneur et l'appeler "Maître !"C'est cela profondément l'expérience qui a bouleversé le cœur de Marie-Madeleine et qui a changé sa vie. C'était ce retournement qu'elle avait déjà vécu, lorsqu'elle était venue aux pieds du Seigneur pour retourner son propre cœur, pour que le Seigneur puisse retourner sa propre vie et transformer son péché en amour.
Ce retournement c'est ce à quoi nous sommes, chacun d'entre nous, invité chaque jour de notre vie. C'est à chaque instant que nous avons à nous détourner de notre propre péché et à chercher le visage du Seigneur ressuscité et à l'accueillir comme celui qui est le Maître, c'est-à-dire celui dont nous devenons, immédiatement lorsque nous le connaissons, les serviteurs, les disciples et les amis. Le Seigneur est notre maître, maître de notre vie. C'est Lui qui nous donne le pardon. C'est Lui qui nous manifeste sa Résurrection. C'est Lui qui nous donne l'ordre de l'annoncer à nos frères : "Va, et dis à tes frères", c'est-à-dire aux apôtres ce que je viens de te dire.
Notre vie chrétienne, c'est bien ce continuel dialogue intérieur entre notre péché et le pardon de Dieu, entre notre propre mort et la Résurrection du Seigneur qui ne cesse de s'accomplir si nous nous jetons à ses pieds. Mais notre vie chrétienne c'est aussi cette parole qui, d'une façon ou d'une autre, doit être dite et proclamée à haute voix à nos frères pour qu'ils connaissent ce que le Seigneur Lui-même nous révèle : qu'Il est mort, qu'Il est ressuscité et qu'en sa mort nous avons et le pardon de nos péchés et l'entrée dans l'éternité.
Vous savez que je suis arrivé, ce matin, de Varsovie, après avoir passé une semaine en Pologne, et j'aime à vous apporter le salut de cette Église de Pologne que j'ai fréquentée pendant une semaine, avec laquelle j'ai souvent et beaucoup prié, soit à l'occasion de rassemblements, de pèlerinages importants, cinquante, cent mille personnes, samedi soir et dimanche matin à Tarnow pour l'anniversaire de la canonisation du premier polonais originaire de cette ville. La prière de ce peuple, aussi, devant les barbelés d'Auschwitz Birkenau où j'ai tenu à faire un pèlerinage avant-hier matin, en priant pour tous les hommes qui, aujourd'hui encore, sont emprisonnés, torturés, blessés en haine de la liberté, donc en haine de Dieu. La prière de ce peuple de Pologne à Notre-Dame de Chestokowa où j'ai également passé deux jours, ce haut-lieu de la résistance, c'est-à-dire de la prière, car la résistance du peuple de Pologne c'est uniquement sa prière. C'est très peu de chose, et pourtant, c'est tout. Et en priant, à neuf heures du soir, ils se rassemblent dans cette basilique et ils demandent à la Reine de Pologne qu'elle les délivre de tout mal, de toute angoisse, de toute oppression, je me disais vraiment qu'il y a des démons qui ne sont chassés que par la prière.
Cette Église de Pologne que vous connaissez bien, maintenant, qui est courageuse qui est admirable sait très bien, comme me l'a dit un des prêtres avec lequel j'ai beaucoup parlé que demain peut leur arriver le pire, même si hier on a levé l'état de guerre. Vous savez bien que cela est une décision très superficielle puisque depuis un an et demi ont été votées des lois qui vont remplacer l'état de guerre et qui vont devenir la législation normale et non plus celle de l'état d'exception. J'ai prié pour vous là-bas et je pense que nous pouvons retenir de la prière et du courage de ce peuple, ce continuel retournement qu'il fait, cette continuelle recherche du visage du Seigneur parce qu'il sait que c'est en se tenant debout, à ses pieds, qu'il peut vraiment devenir ce peuple très fort, ce peuple plein de prière, ce peuple plein de foi et ce peuple qui, au milieu de sa passion et de son péché, et de son mal, marche de façon profonde et sûre vers la résurrection et qui, à l'image de Marie-Madeleine, annonce, aujourd'hui encore à tous les frères chrétiens et hommes du monde, cette puissance du Christ ressuscité.
Que la prière de Marie-Madeleine nous aide tous, au-delà des frontières, au-delà des situations politiques, au-delà de nos propres souffrances à être comme ce cerf de la Bible qui sans cesse cherche vers le Seigneur la seule source d'eau vive pour ce temps et pour l’éternité.
AMEN