MARIE, NE PLEURE PLUS !
Ct 3, 1-4 a ; Jn 20,1+ 11-18C
Ste Marie-Madeleine - (22 juillet 1982)
Homélie du Frère Michel MORIN
Ne ma touche pas …
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e Seigneur remonte des enfers, accompagné de tous les saints, de tous ces justes qui ont attendu "de voir le jour du Seigneur" comme l'avait vu leur père Abraham, tous ces saints et ces justes de l'Ancien Testament qui attendaient dans "le sein d'Abraham" et qui forment ce cortège triomphal du Christ ressuscitant d'entre les morts. Voici qu'au matin de Pâques, cette femme, Marie-Madeleine se trouve auprès du tombeau. C'est une scène de l'évangile qui a inspiré de très nombreux peintres tout au long de l'histoire. Parmi toutes ces peintures, je voudrais simplement retenir ce matin, celle que nous pouvons encore admirer dans l'ancien couvent Saint Marc des dominicains de Florence, dont les cellules ont été peintes par le bienheureux Fra Angelico représentant les principales scènes de la vie du Seigneur.
Dans la cellule où est représentée cette scène, nous voyons Marie-Madeleine dans une attitude qui lui a été extrêmement familière tout au long de sa vie : elle est à genoux devant le tombeau ouvert, tournée vers ce personnage qu'elle prend, un moment, pour le jardinier. C'est une attitude familière qu'elle connaît bien parce que, chez Simon, lorsqu'elle est venue arroser de ses pleurs les pieds du Seigneur, elle était à genoux devant Lui. A Béthanie, lorsqu'elle écoutait les secrets du Royaume, elle était à genoux devant le Seigneur. Lorsqu'elle a oint ses pieds d'un parfum de grand prix, en signe de la sépulture prochaine du Christ, elle était encore à ses pieds. Et à la croix, lorsque le Christ mort est remis à sa mère, Marie-Madeleine est à genoux, auprès de la mère de Dieu, tenant dans ses bras le Fils de Dieu et son fils qui vient de mourir. Ce n'est pas étonnant de la retrouver, au matin de Pâques, à genoux, devant le tombeau, cette porte étroite que la résurrection du Christ vient d'ouvrir.
Par cette porte étroite, le Christ ressuscité va révéler à Marie-Madeleine son ultime message pour le monde. Devant elle il y a la personne du Christ représenté dans une sorte de mouvement, très dynamique, dont les vêtements blancs flottent comme au souffle nouveau de la création nouvelle. Et même ce Christ, Fra Angelico l'a représenté esquissant un pas de danse. C'est sur cette figure du Christ dansant devant Marie-Madeleine à genoux que je vous invite à méditer quelques instants.
Le cœur de Marie-Madeleine fut un "cœur de pierre", durci par le péché, durci par toutes sortes de prostitutions, durci par l'indifférence comme par la souffrance, non pas d'être aimée, mais d'être mal aimée et de ne pas savoir encore bien aimer. Ce fut longtemps un cœur "las de tant de peine". La première fois qu'elle a rencontré le Seigneur, son cœur de peine, déposé à ses pieds, est devenu un cœur de reine, reconnaissant devant elle, et c'est pour cela qu'elle est à genoux, son roi, c'est-à-dire le seul homme qu'elle ait pu rencontrer et qui ait pu l'aimer totalement et qu'elle a pu aimer totalement, parce que c'était Dieu et qu'elle-même venait demander pardon pour son péché. Le Seigneur avait changé son cœur. Le Seigneur avait changé le chant de deuil de son cœur en un chant d'allégresse.
Au matin de Pâques le Christ qui vient de chanter, pour le monde un chant de deuil dans son agonie, dans sa Passion et dans sa mort, voici que devant Marie-Madeleine, esquissant un pas de danse, Il chante un chant d'allégresse. Et l'allégresse du Christ qui danse devant Marie-Madeleine, devant l'humanité tout entière pour l'inviter au grand cortège de la Résurrection, marche vers le Royaume, cette joie du Christ qui danse, ce n'est pas simplement sa joie personnelle de Ressuscité. C'est sa joie nourrie de tous les cœurs pécheurs qui sont pardonnés, de tous les cœurs de pierre qui sont devenus, devant Lui, des cœurs de chair.
Oui, la joie de Dieu, Il la prend dans le cœur des pécheurs pardonnés. Oui, la face de Dieu se réjouit lorsque l'une de ses brebis abandonnées se laisse, dans la douceur de sa miséricorde, ramener vers son cœur. Oui, Dieu Lui-même danse devant nous la joie de sa Résurrection, la joie de sa miséricorde lorsque nous laissons dans notre cœur, dans notre chair et dans toute notre vie s'accomplir ce pardon qui nous a été donné par ce Christ mourant sur la croix, donnant son corps, versant son sang pour que ce sang coule sur notre cœur et le purifie et le fortifie et le transforme.
Frères et sœurs, en chacun d'entre nous il y a beaucoup de Marie-Madeleine. Et nous croyons au Christ ressuscité, mais nous sommes tellement fragiles devant Dieu, et nous nous reconnaissons tellement petits et pécheurs que, comme Marie-Madeleine souvent, nous nous tenons encore à genoux devant son tombeau ouvert. Mais il faut cesser de pleurer, ou plutôt, il faut que nos larmes devant notre péché essuient nos yeux pour que, ces yeux purifiés par ces larmes, puissent découvrir rapidement le visage du Christ qui danse devant nous. Bienheureux ceux qui savent, dans leur cœur, la danse de Dieu, car ils découvriront le visage de leur Seigneur.
AMEN
