SAINTE MADELEINE

Ct 3, 1-4 a ; Jn 20,1+ 11-18C
Ste Marie-Madeleine - (22 juillet 1981)
Homélie du Frère Michel MORIN

E

 

lle était née à Magdala, une petite cité aujourd'hui détruite, au bord de la mer de Tibériade. Elle était née dans le paysage qui a vu les premiers pas de l'Église, la marche de Pierre sur les eaux, l'appel aux premiers disciples, la tempête apaisée, la multiplication des pains, la confession de Pierre. Sur ces rivages qui verront un jour apparaître le Seigneur ressuscité et la pêche miraculeuse, signe de la fécondité de l'Église dans le monde. Mais elle était restée peu de temps dans ce village, et très vite elle avait gagné Jérusalem. Elle vivait non pas sous les portiques ou dans les rues mais dans les arrière-boutiques et dans les bas-fonds de cette ville. Elle était rejetée, elle était prostituée. Elle vivait surtout la nuit, se cachant le jour. C'est peut-être pour cela qu'au matin de Pâques elle est venue à son heure habituelle, très tôt le matin, quand il fait encore nuit, auprès du tombeau. Car c'est à cette heure-là qu'elle rentrait chez elle après sa nuit.

Cependant, un jour, elle a annulé le rendez-vous habituel et elle s'est rendue chez Simon le pharisien, non pas pour le voir lui, mais parce qu'elle savait qu'il y avait là, ce soir-là, un certain Jésus qui venait du même pays qu'elle, de Galilée, des bords du lac. Et là, avec un parfum riche, elle qui était pauvre, elle répand aux pieds du Christ le baume de son repentir, l'eau claire de ses pleurs. C'est à ce moment-là que le Christ dit à Marie de Magdala et à l'humanité tout entière, c'est-à-dire à nous-mêmes aujourd'hui : "Tes péchés te sont vraiment pardonnés, uniquement, parce que tu as beaucoup aimé !" C'est la seule raison qu'Il donne. Marie de Magdala, désormais, suivra la Christ, allant et venant à Jérusalem, l'accompagnant en Samarie ou en Galilée. Elle sera là, au pied de la croix avec quelques autres femmes, Marie mère de Jésus. Elle ne dormira pas de trois jours et de trois nuits. Elle était habituée à cela, et le matin se rend de bonne heure au tombeau. Et là encore, elle pleure. C'est à ce moment-là qu'elle entend, pour la première fois peut-être de sa vie, son nom, son nom qui veut dire : "Toi qui vois !" Marie !" Le Seigneur ressuscité est apparu, d'abord, à la prostituée. Et c'est à elle, et à elle d'abord, qu'Il s'est manifesté dans sa gloire. C'est à elle, et à elle d'abord, qu'Il a demandé d'annoncer la Résurrection aux disciples et à tout le monde.

Nous sommes là au cœur du mystère de Dieu. Nous somme là au plus profond de l'amour de Dieu. L'amour de Dieu se révèle dans sa profondeur lorsqu'il touche, lorsqu'il atteint le fond d'un cœur ouvert et blessé par le péché. Mais Marie-Madeleine, ce n'est pas seulement cette femme de Galilée et de Jérusalem. Il faut bien se le dire, c'est chacun d'entre nous. Nous le savons bien Marie-Madeleine traîne encore dans nos rues, sur nos trottoirs, dans les bas-fonds de notre ville et de notre civilisation, autant que dans les salons ou derrière les façades majestueuses des hôtels particuliers, car le péché n'a pas de "milieu". Il vit partout et les façades n'y changent rien, vous le savez très bien. Mais la grâce de Dieu n'a pas de milieu non plus. Elle vit partout, simplement elle rejoint l'homme ou la femme lorsqu'elle accepte d'être ployée sous son propre péché, non pas pour être écrasée mais pour se mettre à genoux devant le Seigneur et lui présenter son propre repentir. La grâce de Dieu c'est cela. Le message de Marie-Madeleine pour aujourd'hui, c'est cela. Il n'est pas pour les autres. Il n'est pas uniquement pour ceux que la société appelle pécheurs ou prostituées. Il est pour nous, car nous somme de cette société et notre cœur est pétri de péché, même si le monde, même si les autres l'ignorent, Dieu le sait.

L'histoire de l'humanité, c'est l'histoire de Marie Madeleine : un cœur broyé par le péché, c'est-à-dire gaspillé par un amour qui ne sait pas aimer mais par un amour quand même. L'histoire de l'humanité, c'est ce cœur broyé par le péché qui veut aimer, qui aime mal, qui aime très mal, mais qui veut aimer. C'est cela que l'humanité, sans cesse demande au Seigneur sans bien recevoir le pardon qu'Il veut nous donner. A partir du moment où l'humanité a rencontré le Seigneur, elle devient l'Église, témoin de son pardon, messagère de sa Résurrection. L'Église, c'est-à-dire nous-mêmes, c'est Marie Madeleine après la rencontre du Christ, après la Résurrection du Christ. Nous sommes nés pécheurs, nous vivons pardonnés, nous mourrons ressuscités.

C'est cela que nous allons célébrer aujourd'hui dans l'eucharistie Le visage de l'Église, encore marqué par les cicatrices du péché, mais le visage de l'Église dont les yeux rayonnent déjà la joie de la Résurrection dont la lumière, dont le feu vient purifier tout notre mal et tout notre péché. L'humanité s'appelle Marie de Magdala. Lorsqu'elle devient l'Église, Jésus l'appelle "Marie !" et elle répond : "Rabbouni !" puis court vers ses frères annoncer la résurrection. L'humanité d'aujourd'hui, c'est-à-dire la vôtre, personnellement comme la mienne, c'est "un cœur de peine" que Jésus vient transformer pour en faire "un cœur de reine" et vivre comme son épouse dans son royaume.

 

AMEN