UN ITINÉRAIRE MOUVEMENTÉ

Za 2, 14-17 ; Lc 2, 15-19
ND du mont Carmel - (16 juillet 2013)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Don du scapulaire à Simon Stock - Eglise Saint Jean de Malte

F

rères et sœurs, lorsqu'on nous parle aujourd'hui de la Terre Sainte, notre réflexe de croyant c'est de nous pencher d'abord sur les restes de l'époque biblique de l'Ancien et du Nouveau Testament. On se préoccupe de toutes ces traces qui peuvent évoquer d'une manière ou d'une autre la révélation juive et chrétienne.

Nous omettons la plupart du temps de prendre en considération le fait que le douzième siècle a été un âge d'or. C'est au douzième siècle que s'est forgée la fête que nous célébrons aujourd'hui. Qu'était donc la Palestine au douzième siècle ? c'était un pays en pleine effervescence de reconstruction, puisque les croisés avaient décidé de s'y installer pensaient-ils définitivement. Ce n'était pas simplement la construction de forteresses dont on garde de très belles traces dans le Proche-Orient, mais c'était aussi la construction d'églises. Souvenez-vous de l'admirable église de Sainte Anne à Jérusalem.

Mais en même temps, il faut imaginer tout un réseau extrêmement dense de petits villages avec des boutiques, des marchands, des constructeurs, la reconstitution d'un véritable tissu d'artisans et de commerçants. La Terre Sainte était tout sauf un désert ! il y arrivait beaucoup de monde. Les hospitaliers de Saint Jean de Malte qui ont fait cette église ici beaucoup plus tard, on commencé comme marchands qui s'occupaient de l'hospitalité des pèlerins. Il y avait beaucoup de gens qui partaient en pèlerinage en Terre Sainte, car saint Jacques de Compostelle était moins connu. Les pèlerins qui arrivant là-bas n'avaient plus rien à perdre et ils s'installaient.

Il s'est trouvé qu'au tout début des années 1100, presque immédiatement après la fameuse croisade de Jérusalem en 1099, un petit groupe d'hommes se sont implantés en ermites au Mont Carmel. Ce Mont Carmel était pour eux très intéressant, car il représentait un endroit peu fréquenté. Ils ont choisi cet endroit-là comme un lieu désert et surtout tout auréolé du souvenir du prophète Élie au Mont Carmel qui avait chassé les prophètes de Baal, c'était le côté le plus prophétique de la vie religieuse. Ces ermites qui voulaient simplement vivre là au désert, mais quand même à proximité du système de protection que pouvait offrir la Terre Sainte croisée, ces gens-là vont construire une petite chapelle dont on n'a pas les traces exactes, et qui était dédiée à Marie. C'était donc Marie du Mont Carmel, protectrice de cette petite communauté très tôt reconnue par l'archevêque Albert de Jérusalem, qui a trouvé que c'était très bénéfique que des moines s'installent en Terre Sainte. Ce n'était pas l'endroit le plus adapté pour se faire connaître. Cette communauté a végété pendant tout le douzième siècle, cela a formé des gens qui se disaient ermites du Carmel. Ils se désignaient par le lieu de naissance de leur groupe, par l'inspiration du patronage d'Élie et de la protection de la Vierge Marie.

Les choses auraient pu en rester là, cet ordre avait toutes les chances de péricliter au moment de la victoire du sultan sur les croisés. Un peu par miracle, cet ordre a commencé à semer deux ou trois antennes en Europe, notamment à Perpignan. Ensuite, cela s'est répandu sur toute la côte espagnole et un peu en France. Est apparu alors un personnage assez singulier dont vous pouvez admirer une représentation dans la chapelle du saint Sacrement, et qui s'appelle Simon Stock. C'était un ermite anglais qui vivait en Angleterre, dans le Kent. Il s'était fait surnommé Simon Stock car il vivait dans un tronc d'arbre pourri. C'était la garantie la plus sûre d'avoir une vie érémitique inimitable. Il a décidé d'aller en Terre Sainte, et il y a rencontré les futurs Carmes. Né en 1164, il est mort en 1265. Il a été le supérieur des carmes sans doute le plus vaillant, le plus vigoureux, le plus énergique, c'est à l'âge de 82 ans qu'il a sauvé l'ordre des Carmes. Il a eu l'intuition que c'était quelque chose de tout à fait intéressant, pas uniquement pour la Terre Sainte, mais surtout pour réimplanter la formule ailleurs. Quand ces carmes sont arrivés en France, car Saladin commençait à faire le ménage en Terre Sainte, les papes ont cherché à mettre de l'ordre dans les nouvelles communautés religieuses. Ils avaient très tendance à éliminer ce petit ordre marginal de rien du tout, et finalement, au dernier moment, le pape s'est ravisé et en 1215, ils ont ainsi échappé au massacre de l'Église.

Cela ne veut pas dire qu'ils étaient prospères, mais ils ont continué humblement leur chemin, et en 1274, l'ordre commençait à se restructurer solidement en Europe. C'est là que l'on peut parler de la naissance de l'ordre des Carmes. Simon Stock a été le bénéficiaire de l'apparition de la Vierge qui lui aurait dit : quiconque portera ce scapulaire sera sauvé. A partir de cette époque, on s'est reposé la question de savoir s'il fallait garder un si petit groupe, et le 17 juillet 1274 le les Pères de l'Église lors du Concile de Latran ont entériné leur fondation. Ils ont bien fait car c'est devenu une des plus grandes familles religieuses, et il a fallu attendre deux ou trois siècles pour que cela prenne sa pleine dimension et son véritable profil spirituel avec sainte Thérèse d'Avila et saint Jean de la Croix.

Cette histoire a un côté un peu cocasse, on ne croyait pas vraiment à la continuité de leur existence. Et cependant, cela a tenu, pour les siècles ultérieurs, car le moment où les Carmes ont pu donner leur pleine mesure, c'est à partir du seizième siècle. C'est un des indices de la Providence que de faire cheminer cet ordre tout petit pour l'amener à sa pleine maturité. C'est un signe d'espérance qui oriente notre prière vers Simon Stock, qui peut aussi être invoqué pour les causes désespérées.

 

AMEN