MARIE, FONDATRICE DU CARMEL

Za 2, 14-17 ; Lc 2, 15-19
ND du mont Carmel - (16 juillet 2008)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

F

rères et sœurs, je pense que si on faisait un micro trottoir pour demander à des pratiquants ce qu'ils pensent de Notre Dame du Mont Carmel, personne n'aurait idée de ce que cela peut représenter. C'est une histoire assez belle et assez touchante qui est à peu près la suivante. Lorsque depuis la première croisade, les occidentaux ont commencé à retourner en Terre Sainte, la plupart étaient dévolus au métier de la protection, de l'hospitalité, des armes pour protéger les convois de pèlerins, quelques autres avaient essayé de s'installer là-bas, d'avoir des propriétés, des châteaux et de commencer à cultiver des terres. C'est une petite entreprise de recolonisation de la Terre Sainte au douzième siècle.

Mais il y a eu aussi sur place un certain nombre de gens qui ont été séduits et touchés par le charme de la Terre Sainte et la proximité des lieux où non seulement Jésus, mais aussi tous les prophètes et tous les grands personnages de l'Ancien Testament avaient vécu, certains s'organisèrent en communauté. Ce ne sont pas les franciscains qui ont été les premiers, même si aujourd'hui ils se vantent d'avoir été les seuls à assurer une continuité de présence depuis à peu près le quatorzième siècle, et s'ils ont inventé la légende de saint François qui est allé en Terre Sainte, ce qui paraît peu probable, mais c'est très beau dans le personnage et donc il vaut mieux la garder, mais en tout cas, ce ne sont pas les franciscains qui ont eu l'idée d'implanter des communautés religieuses, en fait, cela a été surtout des ermites qui ont été inspirés par l'exemple du prophète Élie, l'idée de se retirer loin de la société, dans un endroit désert, de vivre, de prier, et d'intercéder. Comme le prophète Élie, même s'il n'avait pas toujours résidé au Carmel, avait attaché ce lieu à son nom à cause du sacrifice qu'il avait fait à Dieu en présence des prêtres de Baal. Ils avaient construit deux autels rivaux, et ils avaient parié que celui qui avait le vrai Dieu, verrait son autel s'allumer seul pour cuire le taureau qui était offert en sacrifice. Les prophètes de Baal avaient prié toute la journée et cela n'avait pas marché, Élise s'était moqué d'eux. Vers le soir, Élie qui a pris soin d'arroser copieusement d'eau le bœuf et le bûcher, a vu tout d'un coup le feu du ciel tomber sur son autel et consumer le tout. C'était la preuve que la terre et le Mont Carmel appartenaient bien à Dieu et non pas aux prophètes de Baal et aux religions païennes de l'époque. Cet épisode avait été tellement remarquable, et d'autre part, le Mont Carmel est le seul endroit montagneux qui plonge directement dans la mer, c'est un magnifique promontoire, quand on va là-bas, on est ébloui par le paysage. D'un côté du Mont qui fait une trentaine de kilomètres de long, on a vue sur la mer et de l'autre côté, c'est la vue sur la Galilée. C'est un des endroits les plus chics du point de vue résidentiel. Les israéliens ne s'y sont pas trompés, les gens très riches vont passer leur retraite à Haïffa sur les pentes du Mont Carmel aujourd'hui encore. Ces ermites qui s'y sont donc installés n'avaient que la forêt. Ils voulaient à l'époque retrouver la spiritualité d'Élie. Ils n'ont pas eu de fondateur, ce sont des gens qui n'avaient même pas beaucoup de formation, ils se construisaient des petites huttes dans la forêt, et au sommet du Mont Carmel. Les conditions de vie étaient assez agréables, il y a des sources un peu partout. Petit à petit, ils se sont fédérés, et ils ont commencé à vivre en communauté et ils se sont donné une règle. C'est en 1209 qu'il se sont donné cette règle et qu'ils ont commencé la vie commune.

A cette époque, c'était Innocent III qui était pape, un pape un peu autoritaire, pas très commode, quand vous êtes au fin fond de la chrétienté, sur le Mont Carmel, comment faire accepter à Innocent III que vous avez une règle originale, qui dépend évidemment des circonstances dans lesquelles vous vivez. Ces braves moines ont inventé une histoire très belle, ils ont faire croire au pape que c'était la Vierge Marie qui leur avait donné la règle, évidemment le pape ne pouvait pas refuser une inspiration aussi géniale et garantie, et donc les carmes considèrent encore aujourd'hui que leur véritable fondatrice, c'est la Vierge Marie. Eux-mêmes n'ont pas de père fondateur. La différence entre les carmes et les dominicains qui portent le patronage de saint Dominique, les franciscains celui de saint François d'Assise, ou les augustins, celui de saint Augustin. Le carmel n'a comme patronage qu'Élie car c'est sans doute lui qui déclenché le mouvement, mais la véritable patronne de l'ordre du carmel, c'est Marie. Dans cette église, je vous invite en sortant, allez voir dans la chapelle du saint sacrement, la Vierge a continué à veiller avec prédilection sur le carmel, puisque plus tard, au seizième siècle, elle a donné à un carme, Simon Stock, le scapulaire qui était un petit morceau d'étoffe qu'on portait sur la poitrine, et qui est censé protéger de toutes les tentations. C'est la preuve que la Vierge Marie a toujours eu comme chouchous et enfants chéris, les ermites du carmel.

Ensuite évidemment, lorsqu'en 1244 saint Jean d'Acre est tombé, et les chrétiens n'ont plus pu rester en Terre Sainte, quelques équipes de carmes qui avaient déjà fondé un peu ailleurs, se sont rapatriés sur le territoire européen, et le carmel n'a connu véritablement son premier grand sursaut qu'au moment de saint Jean de la Croix et de sainte Thérèse d'Avila, quand ils ont essayé de redonner à cette famille religieuse toute sa dimension contemplative, érémitique, ascétique que nous lui connaissons encore aujourd'hui.

Je ne sais pas pourquoi l'Église a gardé ce vocable de Notre Dame du Mont Carmel comme une fête de l'Église, peut-être parce qu'à partir du moment où il y avait la fête de saint Dominique et de saint François, on pouvait difficilement faire la fête des saints sans faire celle des fondateurs du carmel, on a préféré celle de Notre Dame du Carmel. Cette fête nous permet de nous rappeler que la Vierge Marie qui est la figure de l'Église est la protectrice et la garante de toute la diversité des vocations qui sont dans l'Église et en fêtant Notre Dame du Mont Carmel, nous fêtons non seulement tous ceux qui se réclament d'elle pour suivre la vie et la règle du carmel, mais nous fêtons aussi la Vierge Marien en tant qu'elle conduit chacun d'entre nous sur son chemin et dans sa vocation spirituelle.

 

 

AMEN