MARIE, FILLE D'ISRAËL
Za 2, 14-17 ; Lc 2, 15-19
ND du mont Carmel - (16 juillet 2004)
Homélie du Frère Yves HABERT
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n cette fête de Notre Dame du Mont Carmel, avec cet évangile de Noël, nous célébrons l'enracinement de l'ordre du Carmel dans la Terre Sainte, ce Mont Carmel qui fascine toute la Bible, qui impose sa masse au-dessus de la Galilée, ce Mont Carmel qui a fasciné les solitaires, et le premier d'entre eux, Élie, celui qui ne voulait rien préférer à Dieu seul. Et à la suite d'Élie, dans ce lieu retiré, se sont regroupés des ermites dont saint Louis en a rapatrié un certain nombre sans doute au moment des croisades, et ils se sont implantés ainsi dans le monde entier.
Mais nous fêtons cette chose très particulière, l'enracinement d'une ordre, d'uns spiritualité chrétienne dans la terre d'Israël. Beaucoup d'ordres, de spiritualités sont nés hors de cette terre d'Israël, mais le carmel tient à cela, même le fait de se rattacher d'une manière particulière à la figure d'Élie, à travers ce rattachement à Notre Dame du Carmel.
En fêtant Notre Dame du Carmel, nous fêtons la Vierge, la Fille d'Israël, celle dont parle le livre de Zacharie, cette femme jubilante qui s'émerveille, qui retient aussi toutes choses dans son cœur. Sans doute que les contemplatifs du Mont Carmel ont voulu se rattacher à la Vierge de la Nativité, celle qui médite et retient tout dans son cœur, non pas pour le garder pour elle-même, mais pour faire passer. Le véritable contemplatif est l'inverse de l'avare. Le véritable contemplatif ne sait faire que passer, ne sait faire que transmettre, il ne retient rien pour lui. La grâce qu'il reçoit, elle lui coule entre les doigts, il n'arrive pas à la retenir. C'est peut-être cette propriété des grands contemplatifs que leur cœur se soit en quelque sorte liquéfié. Leur cœur a été touché par Dieu, ce Dieu qui a pris chair, ce Dieu qui est aussi infiniment si charnel, ce Christ Jésus qui les fascine, et leur spiritualité, leur vie, leurs horaires de journée ne leur appartient plus. C'est exactement comme cette Vierge qui est ici dans l'église. Quand on est à ses pieds, quand on la prie, quand on la regarde, elle ne nous regarde pas, elle ne cherche pas à ce qu'on s'intéresse à elle, elle ne cherche pas à ramener à elle, ce qui serait le comble, elle regarde et écoute son Fils. L'intuition de cette Vierge est proprement celle des contemplatifs qui se regroupent sous la bannière, sous l'ordre de Notre Dame du Mont Carmel. Elle regarde son Fils qui m'écoute, elle l'écoute qui m'écoute. C'est Lui qui est tourné vers nous, c'est Lui qui nous regarde, c'est Lui qui penche son oreille quand c'est l'heure des confidences. Mais elle, elle le regarde me regarder, elle le regarde Lui qui m'écoute. Cette Vierge traduit à la fois cette surprenante attitude de Marie à la crèche, pour se remplir des souvenirs, des merveilles, des grâces que le Seigneur lui a faites, et à la fois, elle traduit aussi l'attitude de ces contemplatifs, de ceux qui brûlent pour Dieu, de ceux qui sont devant le buisson ardent et qui ne cessent de le voir brûler.
AMEN