MYSTÈRE DE VIE CONTEMPLATIVE
Za 2, 14-17 ; Lc 2, 15-19
ND du mont Carmel - (16 juillet 2003)
Homélie du Frère Yves HABERT
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'où vient cette attirance particulière des contemplatifs pour la Vierge Marie ? D'où vient cette espèce d'attirance des contemplatifs qui sont comme la limaille attirée par l'aimant qu'est la Vierge Marie ? Peut-être parce que la figure de la Vierge Marie est l'amante ? Peut-être parce qu'elle a partagé quelque chose de leur vie, parce qu'elle a été particulièrement attentive à leur condition de solitaire et de méditant ? Toujours est-il que la Vierge Marie est liée à ce mystère de la vie contemplative.
Notre Dame du Mont Carmel est là pour nous rappeler de façon un peu solennelle, cette attirance. Notre Dame du Mont Carmel est liée à cette colonie d'ermites qui s'est installée sur le Mont Carmel où l'on vénérait la geste d'Elie qui avait débarrassé le plancher de tous les baals et de tout ce qui empêchait le culte au vrai Dieu, Elie qui est dans sa grotte et qui guette le murmure du vent, qui guette le bruit des feuilles, qui guette les traces de Celui qui un jour marchera sur cette terre, Elie qui voit déjà comme à l'avance les pas de Dieu marchant sur la terre. Des frères se regroupent au douzième siècle sur cette montagne du Carmel pour y poursuivre l'œuvre d'Elie. Chassés par les musulmans, ils arrivent en Europe. Honorius accepte leur règle, il acceptera aussi d'autres règles, et ils se placent d'emblée sous la protection de la Vierge Marie. Tous les monastères du Carmel ont comme prieure Marie, une sorte de prieure symbolique. Cette fête du Mont Carmel est liée à cette apparition qui a été faite à Simon Stock au quatorzième siècle où la Vierge Marie lui remet son scapulaire, en quelque sorte, comme une bonne prieure.
Pourquoi donc cette attirance puisque cette fête est reliée à la vie contemplative ? Cette attirance elle est soulignée d'abord par l'évangile que nous venons d'entendre, cet évangile de Noël, avec cette pointe du jour : "Marie retenait et méditait toutes ces choses en son cœur". Marie et comme devant ce mystère remplis de stupeur, peut-être d'effroi, d'une sorte de tremblement, c'est presque la stupeur d'un japonais qui rentre dans une église, ce qui se passe lui échappe complètement ! Marie se retrouve avec un bébé vagissant, et c'est son Dieu et son Roi. Et son premier réflexe au lieu de rester là passive et débordée par ce qui se passe, submergée comme emportée par une vague immense, Marie est là, et elle médite. La méditation est un véritable effort, la méditation ne consiste pas simplement à collectionner une série d'images, de souvenirs simplement anecdotiques, mais d'essayer au contraire de rentrer dans la profondeur, de chercher la pointe spirituelle de ce qui se passe dans sa vie actuellement, et cette pointe spirituelle est forcément liée au mystère pascal, à ce Dieu qui marche sur la terre. Le texte de Zacharie est extraordinaire pour cela : "Que toute chair fasse silence".
Marie sera aussi dans cette attitude au pied de la croix. Elle est debout, droite comme un cierge, elle brûle, comme ces contemplatives dans la nuit de ce qui se passe, dans la nuit de ce Golgotha immense, de cette croix qui est dressée et qui embrasse tout d'un coup tout l'univers. Elle est là, et des anciennes reproductions du Moyen-Age la représentent avec un livre à la main. Elle contemple, elle a à recevoir sa leçon de catéchisme, recevoir de son Dieu, toute la profondeur de ce qui a été esquissé dans la grotte, qui avait été prophétisé dans la grotte, qui avait été annoncé dans cet extraordinaire abaissement du Fils, cet abaissement qui ne cesse de rebondir comme des ricochets, l'abaissement suprême de la croix.
Voilà sans doute pourquoi les contemplatifs ont gardé Marie comme phare, une sorte d'orbite dans laquelle ils se positionnent, comme des satellites autour d'elle, parce qu'elle a touché le mystère de la profondeur de la faiblesse de Dieu, ce mystère de la faiblesse de Dieu qui est donné à contempler. Elle, elle ne s'est pas arrêtée aux apparences, elle est allée à travers le voile de la foi jusqu'au creux du mystère. Elle est allée aussi dans son pèlerinage de foi jusqu'au bout avec son Fils et son Dieu.
Demandons, par la grâce de Notre Dame du Mont Carmel, d'être des contemplatifs dans le monde, qui ne vont pas fuir forcément et se réfugier au sommet d'une montagne, mais dans son petit appartement, là où on est planté, à toujours guetter ce mystère de la faiblesse de Dieu qui nous étreint, qui nous saisit, et qui peut orienter toute notre vie de prière à la recherche du Dieu qui est vivant.
AMEN