SAISIR LA PRÉSENCE
Za 2, 14-17 ; Lc 2, 15-19
ND du mont Carmel - (16 juillet 2001)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
|
I |
l peut être étrange au premier abord de fêter la Vierge Marie sous un vocable particulier, même si c'est celui d'un ordre glorieux comme celui du Carmel, parce qu'effectivement, l'apparition à saint Simon Stock et le don du scapulaire a fait choisir par l'ordre du Carmel la Vierge Marie comme patronne et Mère et de cet ordre, mais il et aussi d'autres ordres qui ont choisi Marie comme patronne, j'en veux pour preuve l'ordre cistercien et saint Bernard lui-même a eu des apparitions, il a même été nourri du lait maternel de la Vierge Marie dit-on, donc on pourrait très bien, pourquoi pas fêter Notre-Dame de Citeaux ?
Or, là, c'est lié à l'ordre du Carmel, mais aussi lié à la montagne du Mont Carmel qu'on trouve dans l'Ecriture, cette montagne qui a révélé d'abord la douceur et la tendresse d'un Dieu au cœur de l'intimité, au cœur de la prière et de la contemplation. Vous vous souvenez de cet épisode du prophète Elie qui ne découvre pas la présence de Dieu dans l'orage, le tremblement de terre, ou autre grand phénomène cosmique, mais dans le murmure de la brise légère. Mais c'est vrai qu'à sa suite, au douzième siècle, des ermites ont voulu s'inspirer de la même pensée, de la même manière de vivre celle qui consiste à se laisser pénétrer par le silence, la solitude, l'intimité avec Dieu. Il me semble alors que le rapport que nous pouvons faire aujourd'hui entre la Vierge Marie et cette attitude de contemplation nous est donné par l'évangile lui-même que nous avons proclamé dans cette Eucharistie. Il ne s'agit plus de la grotte ou de la cavité dans laquelle s'était réfugié Elie, mais de la crèche. Et là, ce n'est plus le murmure de la brise légère, ce sont peut-être les cris ou les gazouillements de l'Enfant Jésus. Et l'Écriture nous dit que les bergers viennent contempler et que la Vierge Marie elle-même garde tout cela dans son cœur. Cette attitude n'est dès lors plus seulement réservée à ceux qui choisissent la voie érémitique ou la voie de la contemplation, mais si elle a été vécue par la première d'entre les humains à être gratifiée de la grâce, j'allais dire presque sacramentelle, ou mieux encore de la grâce de l'Incarnation de cette Présence de Dieu, par le Fils qu'Il donne à l'humanité, alors, chacun d'entre nous est appelé à la même voie, à la même école spirituelle. Il s'agit en somme d'abord pour chacun d'entre nous, de se laisser saisir par cette douce présence de Dieu au milieu de nous. Une présence de Dieu qui ne s'impose pas, qui ne nous terrifie pas qui n'est pas dans les grands cataclysmes, mais qui est dans le quotidien événementiel de chacun de nos actes, de nos pensées et de notre attitude. Il nous est demandé comme Marie de garder cela dans notre cœur, de contempler le Christ Lui-même. Pensez que tous les jours Marie a pu voir naître le Fils de Dieu le nourrir, le voir grandir, lui apprendre à marcher, à parler, à s'habiller, à vivre en société, à prier, lui apprendre à être un homme. C'est elle aussi qui l'a accompagné, qui a été véritablement mère, qui l'a vu dans sa souffrance, dans sa résurrection. Elle aussi qui avec l'apôtre Jean est au pied de la croix, et avec tous les apôtres dans le Cénacle, attendant la venue de l'Esprit Saint. Ce qui est pour la Vierge Marie est aussi vrai pour chacun d'entre nous, j'allais dire, c'est le même programme, parce que c'est la voix, c'est l'appel du chrétien, cette contemplation, ce mystère du Christ qui se déploie dans la vie de cette femme, c'est le mystère du Christ appelé encore à s'incarner à se perpétuer, à grandir dans le cœur de l'Église et de chacun de ses enfants.
AMEN