PROCLAMATION DES MERVEILLES DE DIEU

Za 2, 14-17 ; Lc 2, 15-19
ND du mont Carmel - (16 juillet 1991)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

L

'ordre du Carmel n'a pas de fondateur puisque c'est un petit groupe d'ermites, une équipe comme on dirait aujourd'hui, qui au temps où la Palestine était devenue ou redevenue terre chré­tienne pour quelques décennies, s'étaient réfugiés sur les pentes du Mont Carmel avec la dévotion au pro­phète Elie. Ils vivaient dans la solitude, dans la prière, dans une vie incontestablement austère car, à l'épo­que, cette région était encore infestée d'animaux sau­vages et très peu propice à la vie normale. A cette époque, on hésitait à canoniser les personnages de l'Ancien Testament, à la différence de l'Église d'Orient qui a toujours vénéré les prophètes comme des saints. C'est pourquoi le Carmel a choisi comme patronne la vierge Marie. C'est la raison pour laquelle, depuis le douzième siècle, on célèbre la fête de ce jour. En réalité, vous le comprenez bien, Marie est la patronne de tous les ordres religieux, de toutes les moniales et de tous les moines qui sont sur la terre, mais, de fait, c'est le Carmel qui se l'est attribuée de façon un peu spéciale en privilège.

C'est la raison pour laquelle nous avons lu le petit texte sur l'attitude de Marie à la Crèche :"Quand à Marie, elle gardait tous ces souvenirs et les méditait dans son cœur !" Ce texte ne signifie pas simplement que Marie, parce qu'elle est une mère pleine de ten­dresse et d'attention pour son fils, aurait gardé et cultivé psychologiquement les souvenirs de son fils. Aujourd'hui, c'est à la mode, on fait les cahiers pour chaque enfant, on colle la photo de la première dent, la photo du premier bain, etc … Ce n'est pas exacte­ment ce que veut dire la phrase : "Marie gardait tout cela dans son cœur", même si c'est très touchant. En réalité, Marie mère du Carmel et Marie à la crèche est l'image par excellence de la créature, car les rapports entre Dieu comme Créateur, Seigneur de sa création, et la création elle-même, sont des rapports d'une infi­nie tendresse et d'une infinie intimité.

Précisément ce que Marie, à travers sa mater­nité et sa féminité, représente c'est la création en tant qu'elle est mémoire de Dieu. Voilà ce que nous fêtons aujourd'hui. Notre Dame du Mont Carmel, Marie patronne des moines et des moniales, c'est Marie sou­venir de Dieu. C'est Marie la création, toute marquée dans l'intimité même de son cœur, de sa mémoire, de son être, de cette mémoire et de cette conservation à l'intime d'elle-même, des hauts faits et des prodiges du salut de Dieu. Et en Marie il y a cette coïncidence, cette conjonction que là ou les souvenirs se sont conservés, c'est là qu'ils se sont accomplis. Dans sa chair et dans son corps, elle est mère, dans sa chair et dans son corps elle est mémoire de la présence de Dieu. Et c'est cela le sens de cette petite phrase.

Vous avez remarqué comment la situation de la crèche nous est décrite. Il y a les bergers qui chan­tent, qui louent Dieu, qui extériorisent la manifesta­tion de Dieu par la louange et par le chant, et il y a Marie "qui garde" dans l'intimité et l'intériorité de sa prière, de sa présence à son Fils, ces mêmes merveil­les de Dieu. Ainsi, à travers Marie et les bergers, nous sont données les deux grandes dimensions de l'exis­tence des créatures sauvées par rapport à Dieu. Cha­cun d'entre nous est mémoire de Dieu, non pas souve­nir, mais marqué au plus intime de sa nature, de son être, de sa vie spirituelle, psychologique, humaine, chacun d'entre nous est marqué par la présence de Dieu, par la présence absolue de Dieu. Et le miracle de la création, c'est que, alors qu'elle n'est pratique­ment rien devant l'infini de Dieu, elle est pourtant marquée, au plus intime d'elle-même, par la présence de Dieu, elle est porteuse et mémoire de la présence de Dieu. De même, dans une autre branche que le Carmel, saint Augustin a longuement développé comment toute l'existence de la création était trace, souvenir et mémoire de Dieu. Marie l'est émi­nemment. Et de l'autre côté, et de cela nous partici­pons aussi, la création est louange de Dieu, dans son existence, dans sa sortie hors d'elle-même, dans son chant, dans sa célébration, dans son culte, l'Église, Marie, la création sont louange et proclamation des merveilles de Dieu.

Nous prierons aujourd'hui la vierge Marie, mère du Carmel, pour que nous réalisions chacun dans nos vies, cette double dimension à la fois de l'intimité de la présence et de la mémoire de Dieu en nous et aussi ce goût et cette joie de proclamer les merveilles du salut de Dieu comme les bergers de la crèche.

 

 

AMEN