CONTEMPLER LA PRÉSENCE
Za 2, 14-17 ; Lc 2, 15-19
ND du mont Carmel - (16 juillet 1985)
Homélie du Frère Michel MORIN

Au creux du rocher …
|
D |
ans l'Ancien Testament, la montagne du Carmel est liée à la présence, à la prière, à la contemplation du prophète Elie. Et depuis le haut Moyen-Age, des moines ermites y ont vécu, dans cette tradition, à l'exemple de ce prophète au cœur brûlant, au zèle ardent pour son Seigneur vivant. C'est au début du treizième siècle que ces ermites se sont rassemblés sous une règle commune qui est à l'origine de l'ordre du Carmel, cet ordre du Carmel qui dès ses commencements s'est mis sous la protection de la vierge Marie, la Vierge de Nazareth, la Vierge de la contemplation, la mère qui médite avec soin les merveilles de Dieu dans son cœur. Et c'est peut-être cela et sûrement cela que nous rappelle cette fête de la Vierge du mont Carmel.
A l'exemple de Marie, le chrétien est appelé à devenir, dès aujourd'hui, un contemplatif du mystère de la présence de Dieu vivant qui se tient devant lui et devant lequel lui-même se tient. C'est cela la profondeur spirituelle du prophète Isaïe qui disait dans une de ses prières : "Il est vraiment vivant le Seigneur devant qui je me tiens !" C'est cela que la Vierge Marie a vécu avant l'Annonciation, pendant sa maternité et au jour où elle a mis au monde le Sauveur de toute chair, et jusqu'au jour où elle l'a déposé elle-même dans le tombeau, dans la terre, quelques heures après sa mort.
Nous sommes appelés, quelle que soit notre situation, quelle que soit notre vocation, à cette réalité essentielle et plus que jamais nécessaire, à la contemplation gratuite du mystère de Dieu. Un chrétien qui, chaque jour, ne redirait pas dans son cœur avec tout le zèle de sa foi, de son désir de Dieu : "Il est Vivant le Seigneur devant qui je me tiens" passerait probablement à côté de la réalité la plus profonde, la plus vivante et la plus vivifiante de notre foi chrétienne. L'activité propre de notre vie de chrétien c'est d'être devant Dieu, c'est de nous réjouir de la présence d'un Dieu qui est vivant, c'est de puiser dans sa présence et à cause de cette présence notre désir de conversion. On ne se convertit pas pour des raisons autres que le fait que Dieu est vivant et que nous nous tenons là, devant Lui. Autrement toute conversion, toute activité, toute recherche dans la foi ne prendrait pas sa source à la source même qui est la présence de ce Dieu vivant.
Dans un monde si peu porté à la contemplation, à la gratuité, ou quand il y est porté qui se trompe parce qu'il se contemple lui-même, parce qu'il se recherche lui-même, parce que beaucoup de mouvements religieux ne recherchent pas le visage de Dieu mais le centre même de l'homme, dans un monde ainsi fait, nous devons être les témoins, les témoins peut-être silencieux, peu importe, mais les témoins en vérité, que Dieu est un Dieu vivant et que nous sommes destinés, et que nous sommes faits, et que nous sommes façonnés pour nous tenir devant Lui, dans ce cœur à cœur, dans ce face à face, dans ce silence à silence, dans cette gratuité adoratrice. Si nous ne vivons pas, ou en tout cas si nous n'avons pas le désir quotidien de retrouver cette profondeur de notre vie, nous resterons des chrétiens de la surface. Et des chrétiens de la surface n'ont rien à apporter au monde d'aujourd'hui.
Demandons l'intercession de la Vierge du Carmel, de la Vierge qui méditait avec soin, avec attention, avec zèle, dans son cœur, toutes ces merveilles de Dieu, dont elle était gratifiée, dont elle a été la mère, dont elle a été si proche et si le Christ a pris chair en elle c'est parce que déjà, elle était présente dans cette présence du Dieu vivant devant elle et à côté d'elle.
Que l'intercession de la Vierge du Carmel renouvelle en nous non seulement le désir mais la conviction qu'en dehors de ces temps d'oraison, de méditation, de contemplation silencieuse, nous ne serons pas nourris de la vie spirituelle dans toute sa richesse et que, en définitive, nous n'arriverons pas à nous convertir. Ou plutôt, si nous nous convertissons, ce sera nous-mêmes qui nous convertissons, or la conversion ce n'est pas notre oeuvre. C'est le resplendissement, c'est le rayonnement, c'est l'illumination de ce visage d'un Dieu vivant devant lequel nous nous tenons les yeux ouverts, le cœur ouvert, les mains ouvertes.
Que la Vierge du Carmel renouvelle dans notre cœur ce qu'elle-même a vécu pour que ce salut qu'elle a donné au monde dans la chair de son Fils, puisse s'incarner en nous, puisse s'approfondir en nous, puisse nous sauver et à travers nous, rayonner sur le monde, afin que ce monde puisse aussi découvrir qu'il se tient déjà devant la face de Dieu vivant et qu'il n'a qu'à ouvrir ses mains, ses yeux et son cœur pour en recevoir la grâce et la fécondité du salut.
AMEN