NOTRE DAME DU MONT CARMEL

Za 2, 14-17 ; Lc 2, 15-19
ND du mont Carmel - (16 juillet 1984)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

L

 

'ordre du Carmel qui au début n'était pas un ordre mais quelques ermites dispersés en Terre Sainte, à partir du quatrième siècle, sur les pentes de la montagne qui leur a donné son nom, cet ordre du Carmel au moment où il s'est constitué vraiment comme une famille religieuse, avec l'aide d'un certain nombre de dominicains qui leur ont donné des constitutions, a tenu à se placer sous un double patronage, celui d'Élie parce que Élie avait vécu comme un ermite au Mont Carmel, et celui de la vierge Marie. Cela peut apparaître un peu paradoxal parce que dans toutes les figures qui nous sont proposées dans tout le paysage biblique, il en est peu qui soient, au premier abord, si opposées. Et pourtant je crois que c'est un "heureux mariage" si vous me permettez l'expression.

Élie, c'est une certaine rudesse. Élie, c'est celui qui fulmine contre les prophètes de Baal parce qu'ils ont emporté le cœur du roi et de la reine d'Israël et qu'ils ont détourné le Peuple de son Dieu véritable qui est le Seigneur. Élie, c'est celui qui ne cessera de faire tomber sur la terre "le feu du Ciel". C'est celui qui menacera les hommes parce que l'appel à la conversion, au changement du cœur se fait de plus en plus urgent et nécessaire. Élie, c'est celui qui apparaîtra toujours dans une sorte de violence parce que la Parole de Dieu agit toujours avec force, non seulement chez ceux à qui elle est destinée, mais aussi chez ceux qui en sont précisément les messagers comme Élie. C'est pourquoi la mort d'Élie, lorsqu'il est emporté par ce char de feu, est véritablement le couronnement de sa vie. Lui qui a cherché Dieu dans la solitude, dans la rudesse et même avec une sorte de violence, voici qu'il est emporté avec violence dans le char de feu, dans le cœur de son Dieu.

A l'extrême opposé, pourrait-on dire, la douceur de la vierge Marie qui, elle à travers toutes les scènes qui nous sont rapportées dans le Nouveau Testament, manifeste toujours cette paix intérieure, ce calme. Nous venons d'entendre le récit des bergers qui viennent adorer l'Enfant et Marie "médite toutes ces choses dans son cœur." L'Annonciation c'est la réponse obéissante : "Comment cela se fera-t-il ?", mais aussitôt après : "Oui, je suis la servante du Seigneur. Qu'il me soit fait selon ta parole ". Puis, à travers toutes les scènes de l'évangile cette présence extrêmement discrète et douce de la vierge Marie. A Cana : "Ils n'ont plus de vin !" Et lorsqu'elle se fait annoncer à son Fils qu'elle n'ose même pas déranger elle-même : "Ta mère et tes frères veulent Te voir." Enfin cette présence extraordinaire au pied de la croix : "Femme, voici ton fils !" Mission qui lui est confiée et qu'elle n'abandonnera pas puisqu'au moment où les apôtres sont réunis au cénacle, c'est Marie qui est là avec sa douceur et sa tendresse maternelle.

Si le Carmel a tenu à se placer sous ce double patronage, c'est parce que je crois que, pour nous, la véritable vie contemplative, la véritable recherche de Dieu tiendra toujours et d'Élie et de Marie. Elle tiendra d'Élie à cause de notre rudesse, à cause de notre péché, à cause de toute la difficulté que nous pouvons avoir avec nous-mêmes. Notre vie de recherche de Dieu sera toujours un combat et une recherche d'une victoire sur le vieil homme qui est en nous et qui ne cesse de vouloir nous détourner de l'amour véritable de Dieu. Cet Élie est, en nous, absolument indispensable et nécessaire. Il y a des moments où il faut que notre fidélité soit à toute épreuve, même si cela est extrêmement violent et difficile, vis-à-vis de nous-même ou vis-à-vis de tout ce qui, dans le monde, peut être complice de ce détournement de Dieu.

Mais aussi, il y aura toujours en nous, dans notre recherche de Dieu, cette douceur de la présence de la vierge Marie, cette confiance et cet abandon à la douceur et à la tendresse de Dieu.

Aujourd'hui, prions le Seigneur, par l'intercession d'Élie et de Marie, et par l'intercession de tous ces ermites, de tous ces solitaires, de tous ces Carmes et ces Carmélites qui, connus ou inconnus, ont essayé de vivre cette double dimension de la vie contemplative, afin que, nous aussi, nous soyons saisis par ce visage de Dieu et qu'à la fois nous ayons la force et la fidélité nécessaire, fut-ce au prix d'une certaine violence vis-à-vis de nous-mêmes, pour le rechercher sans cesse, et qu'en même temps, nous ayons cet abandon et cette confiance pour reconnaître la douceur de notre Dieu.

 

AMEN