NOTRE-DAME DU MONT CARMEL

Za 2, 14-17 ; Lc 2, 15-19
ND du mont Carmel - (16 juillet 1981)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

C

 

e passage de l'évangile nous est proposé aujourd'hui par l'Église, spécialement à cause de la dernière phrase: "Marie retenait toutes ces choses et les méditait dans son cœur ". C'est ce silence de la vierge Marie accomplissant l'oracle de Zacharie : "Silence toute chair, car Dieu va se révéler !", ce silence de la vierge Marie qui remplit tant de pages de l'évangile, qui fait d'elle la maîtresse de notre prière, celle qui plus que tout autre nous enseigne les voies de la rencontre avec Dieu. Ce n'est pas par des proclamations nombreuses mais par cette silencieuse méditation et rumination intérieure de tous les évènements dont elle était le témoin que la vierge Marie a participé, de la manière la plus profonde et la plus intense, plus profonde et plus intense que tout autre créature, à cet évènement du salut et l'Incarnation rédemptrice, la mort et la résurrection de Jésus.

Marie a fort peu parlé, ou du moins l'évangile nous rapporte peu de paroles de la vierge Marie. Mais ce qui nous est, en quelque sorte constamment rappelé, et spécialement dans ce texte, c'est cette présence intense, dans le silence de Marie à tous ces évènements. Elle recueillait, en quelque sorte sans rien en laisser perdre tout ce qui se passait et qui était pour elle émerveillement et constante surprise, car Marie n'avait pas été prévenue à l'avance de l'ensemble du déroulement et du dessein de Dieu. Elle y a été plongée d'un seul coup quand l'Ange lui est apparu pour lui demander cette chose inouïe à laquelle elle ne pouvait pas avoir pensé, qu'elle ne pouvait même pas comprendre quand elle lui était demandée, être la mère, non seulement du Sauveur, mais être la mère du Fils de Dieu. Et voici qu'à partir de sa disponibilité, de son accueil, de son ouverture à cette demande de Dieu, tous les évènements se sont enchaînés et elle s'est trouvée comme aspirée dans ce mystère divin, allant de surprise en surprise, de merveille en merveille. Et même si tout ne pouvait pas lui être immédiatement compréhensible, elle recueillait tous ces évènements dans son cœur et elle les murmurait, elle se les remémorait sans cesse, dans une mémoire inlassable.

Telle est l'attitude qui doit être la nôtre, en face du mystère de Dieu. Nous devons, comme Marie, l'accueillir sans vouloir nécessairement toujours comprendre tous les détails, mais l'accueillir avec cet émerveillement silencieux et recueillir ce mystère de Dieu sans en rien laisser perdre. Même ce qui nous semble extraordinaire, même ce qui ne nous semble pas facile à admettre, à comprendre, tout cela nous devons le recueillir et sans cesse le ruminer dans notre cœur, de telle sorte que nous en soyons imprégnés silencieusement, au plus profond de nous-mêmes et qu'ainsi, peu à peu, notre être profond se transforme au contact de ce mystère, et c'est cela la contemplation la prière, la vie d'oraison : se laisser imprégner par ce mystère, non pas pour une investigation curieuse, non pas pour une compréhension explicite, non pas même directement pour une annonce proclamée de ce mystère, mais d'abord pour que nous en soyons comme transformés, qu'il devienne peu à peu notre substance et que d'une manière non conceptuelle mais vécue, ce mystère devienne nous-mêmes, notre propre chair.

En Marie, cela s'est réalisé d'une manière incomparable puisque réellement Dieu a pris chair en elle. Mais pour nous aussi, d'une manière bien inférieure mais réelle aussi, Dieu doit prendre place en notre chair, Dieu doit prendre présence en nous.

Tel est le but principal de notre vie. Que peu à peu, Dieu fasse la place au cœur de notre être, pour que nous en soyons remplis comblés, transformés, pour que nous devenions véritablement nous-mêmes ce que nous devons être puisque déjà nous sommes dans le désir et le cœur de Dieu, pour que nous devenions ainsi pleinement, que nous accomplissions pleinement notre destinée telle qu'elle est voulue et rêvée par Dieu pour nous. Et pour cela, nous laisser ainsi imbiber, imprégnés par ce mystère dans une contemplation silencieuse qui même quand nous ne comprenons pas, peu à peu nous remplit, nous investit et nous transforme. Que la vierge Marie nous apprenne, dans le silence de notre cœur, à être ainsi, des hommes et des femmes de prière, d'oraison, c'est-à-dire d'émerveillement devant le mystère de Dieu et d'ouverture à ce mystère pour qu'Il prenne place et toute la place en nous.

AMEN