SILENCE ET JOIE
Za 2, 14-17 ; Lc 2, 15-19
ND du mont Carmel - (16 juillet 2009)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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ur le Mont Carmel, rien ne semble avoir changé depuis trois mille ans. La mer s'offre à vous avec la grande baie d'Haïffa, Saint Jean d'Acre qui se profile au loin. Quand vous revenez dans les terres s'offre à vous la plaine d'Izréel, la plaine de Galilée, avec un peu de chance, le Mont Hermon pointe au fond.
Rien ne semble avoir changé, et en même temps, je peux vous assurer que tout a changé. Notre-Dame du Mont Carmel est maintenant au milieu d'un quartier extrêmement résidentiel, avec le bruit qui s'impose, les maisons, les immeubles, les routes. Et pourtant, ce lieu reste comme marqué profondément par ses origines qui remontent dans la Bible avec la présence du prophète Élie, cet homme plein de feu qui est capable de trucider en quelques coups de sabre toute une série de prêtres de Baal et qui en même temps, effrayé par la méchante Jézabel s'enfuit vers le sud pour rentrer dans les bras de Dieu qui l'accueille sur une autre Mont.
Le Carmel, c'est aussi ce lieu où des hommes, des ermites vont venir s'installer, plus particulièrement au deuxième siècle, pour y méditer et y vivre une vie contemplative. Le Mont Carmel semble un lieu extrêmement ouvert vers l'extérieur, vers le monde, vers la violence, et en même temps, la liturgie nous donne de méditer dans la fête que nous célébrons aujourd'hui, à travers deux textes. Le premier texte est tiré de Zacharie, il est question de joie et de silence. L'évangile, ô surprise pour certains d'entre vous, c'est la naissance du Fils de Dieu au sein d'une crèche, au sein d'un rocher. Autrement dit, comme je le disais tout à l'heure sous le mode un peu humoristique, le Carmel ne se réclame pas d'un fondateur spécifique, comme l'ordre de saint Benoît, ou les Dominicains et les Franciscains, mais le Carmel se relie profondément à la Vierge Marie et à un événement particulier qui est celui de la naissance du Fils de Dieu.
Ce que nous célébrons aujourd'hui, ce n'est pas une sorte d'efflorescence d'un ordre religieux qui serait parti d'une intuition particulière et aurait irrigué toute la terre et les différents continents à travers un charisme ministériel de prédication comme les Dominicains, ou à travers la recherche de Dame pauvreté, comme les Franciscains. Ici, on est dans autre chose. On est dans la joie, dans le silence, et dans la naissance, pas uniquement la naissance du Fils de Dieu dans le sein de la Vierge Marie, mais dans la naissance de la présence de Dieu dans l'humanité que nous sommes. La Vierge Marie ici, est patronne des Carmes et des Carmélites, au sens où nous avons à méditer la naissance du Fils de Dieu dans son corps comme nous aussi nous avons à devenir une sorte de laboratoire pour nous préparer à être le lieu de naissance de Jésus dans notre cœur.
Je veux dire par là que la Carmel comme lieu, et le Carmel comme ordre religieux est un endroit particulier dans lequel l'homme, la femme, essaient de se mettre en condition pour découvrir le travail et l'activité de Dieu dans leur vie et pour voir comment l'homme et Dieu travaillent ensemble laissant s'épanouir la venue de Dieu. Des ordres aussi étranges que le Carmel ou les ermites, pourraient nous laisser penser que ce sont des hommes et des femmes d'une extrême rigueur qui essaient par leurs propres moyens de s'élever vers Dieu. Le thème de la montagne pourrait le laisser croire. Mais ce n'est pas du tout cela, c'est exactement l'inverse, c'est le travail de l'homme et la grâce de Dieu qui se rencontrent pour que l'homme s'ouvre à la venue de Dieu.
Frères et sœurs, nous n'avons pas la chance d'avoir un bel appartement dans le Mont Carmel, nous ne sommes pas non plus ni Carmes, ni Carmélites, mais ce que Notre-Dame du Mont Carmel veut nous dire aujourd'hui, c'est qu'elle nous invite dans le silence mais aussi dans la joie à ouvrir notre cœur à la venue de Dieu. Nous entendions tout à l'heure dans le texte de Zacharie : "Silence, toute chair devant le Seigneur car il se réveille en sa sainte demeure".
C'est le vœu que je forme pour chacun d'entre nous : silence toute chair devant le Seigneur car il se réveille en votre sainte demeure, en votre cœur.
AMEN