DONNER SA RÉPONSE AU PROJET D'AMOUR DE DIEU

Ep 3, 14-19 ; Mc 4, 1-9
St Bonaventure - (15 juillet 2005)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

A

vec saint Bonaventure, nous avons là, devant nous, une figure extrêmement perspicace, pertinente, de ces saints qui ne prennent pas les choses du monde pour acquises mais qui les interrogent. Ces guetteurs inlassables, peut-être plus que nous, en tout cas que le commun des mortels que nous sommes, même si nous sommes en marche avec eux vers la sainteté, ces guetteurs veulent entendre le fin mot de la création. Cet homme, comme de nombreux saints, et surtout dans l'ordre de saint François dont il a pris la suite, qui était une sorte de "contemplateur", de poète qui grattait les étoiles, caressait les loups et se régalait de la création, pour qui le soleil qui se lève, la lune qui se couche, étaient déjà une sorte de prière en elle-même, la création tout entière, ces hommes-là, ont à la fois, scruté l'intérieur de l'homme et l'extérieur de l'homme, sans lunette astronomique, sans microscope, ils avaient l'intense joie d'y entendre le nom de Dieu, de celui qui les a fait, de se demander comment cela s'était passé. Comment se fait-il qu'aujourd'hui cette nature elle nous a donné, non seulement les animaux, mais aussi nous-même ? Ces hommes avaient une sorte de goût à entendre le jaillissement de la vie. Je pense que quand on est parents et grands-parents, j'imagine, et c'est facile à deviner, vous avez ce goût du jaillissement de la vie, à voir la nouvelle famille qui est devant, même si elle dort un peu avec sa bouteille d'eau, c'est là, cette contemplation que vous avez comme parents et grands-parents, et je pense que c'est pour vous une joie profonde.

Au fond, ce qu'ont découvert ces mystiques et ces saints, c'est que sans Dieu, la nature est comme orpheline. Sans Dieu, l'homme est orphelin. Il faut comme vous le voyez vous-même, après quarante ans de mariage, entendre les filiations qui font que nous sommes arrivés à ce moment-là. saint Bonaventure, comme saint François, découvrait que les dauphins, les galaxies, les moustiques (car ils font partie aussi de la création même s'ils ne sont pas toujours très favorables à notre chair humaine, surtout la nuit), et tous seraient orphelins s'ils n'étaient pas reliés à celui qui les a créés, en l'occurrence, Dieu le Père. Ils sont l'émanation d'une création permanente, plurielle, féconde, impossible à dénombrer, qui déjà, nous réjouit en tant que telle. Mais par-devant cette création, Dieu est créateur, et Il prend soin de la lumière qui est au fond du ciel et qui n'est jamais la même, et de la couleur et de la peau des dauphins, et de l'intensité de la piqûre des moustiques, mais il y a plus encore. Dieu n'est pas que le créateur, c'est une première source d'émerveillement et de joie d'avoir été avec un homme, d'avoir été avec une femme pendant quarante ans, d'avoir fait des enfants, etc …  Il y a autre chose de bien plus profond que saint Bonaventure découvre, c'est que Dieu a mis sur nous un plus grand projet que nous ne pourrions pas tenir par nous-même, et qui est un projet d'amour. Les dauphins, c'est très beau, je suis le premier à m'en réjouir, les moustiques un peu moins mais les étoiles oui, mais par contre, il n'y a pas de projet d'amour proprement dit. Mais par contre sur l'homme, sur l'humain, sur les couples, sur la fécondité, il y a un projet d'amour. Nous sommes plantés dans ce jardin, avec ses bruits et ses fracas de jardin qu'est le monde, parce qu'il y a sur nous ce projet d'amour qui rend Dieu vulnérable. Là, ce n'est pas simplement de créer un dauphin, il l'a fait et le dauphin lui est reconnaissant toute sa vie de dauphin. Mais il y a un projet sur l'homme qui demande la réponse libre de l'homme. C'est le plus difficile. On a beau être créateur, il y a une chose qu'on ne peut pas imposer à l'autre si on veut qu'il reste libre, et qu'il réponde à l'autre. C'est pareil dans le couple. Je ne peux pas t'emprisonner dans un placard pour que tu me dises "oui, je t'aime", car là, je crois qu'on ne dirait pas "oui, je t'aime". Cette réponse libre de l'homme, Dieu en est mendiant. C'est tout à fait typique de cette famille de franciscains qui découvre à travers la pauvreté, mais la pauvreté qui n'est pas seulement de marcher pieds nus, mais c'est cette figure de Jésus qui quémande l'amour de l'homme.

C'est cela la figure du mendiant chez saint François, saint Bonaventure et les autres, c'est la figure de la mendicité de Dieu de l'amour de l'homme. Au fond, il ne demande que ça. Nous, nous sommes un peu chiches en amour, et on dira : oui, mais j'ai été pris par tellement de choses dans la vie ! Mais Il nous tend la main pour nous mendier cette réponse. Saint Bonaventure dit à un moment donné que cela ne servirait à rien de scruter les Écritures et le monde entier s'il n'y avait pas en nous cette foi, cette confiance que je suis aimé et qu'en échange Dieu attend ma réponse d'amour.

Comme il est difficile de répondre directement à Dieu, Il a mis sur notre chemin des frères, des sœurs, pour que nous apprenions pas eux à dire l'amour à Dieu. Cela commence par le sacrement du mariage. Qu'est-ce que ce sacrement de mariage ? C'est le compagnon, l'homme ou la femme qui est mis à mes côtés, pour qu'il me montre Dieu, et que j'apprenne avec lui, avec elle, à l'aimer et à aimer Dieu à sa suite. Que ces signes qui nous sont donnés, famille, enfants, frères et sœurs, et l'Église tout entière, indiquent l'attente que Dieu a de notre réponse, et qu'en cette eucharistie nous puissions très humblement, mais très sûrement, donner la certitude que nous sommes reconnaissants de son amour et que nous l'aimons en échange.

 

 

AMEN