CHERCHER DIEU

Ep 3, 14-19 ; Mc 4, 1-9
St Bonaventure - (15 juillet 2004)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, la personnalité de saint Bonaventure est assez paradoxale. C'est un intellectuel, un maître en théologie, un docteur de l'Église, on le compare à saint Thomas, et de fait, ce sont deux grandes figures parallèles de la pensée de l'Église en ce Moyen-Age. En même temps, saint Bonaventure fait partie de l'ordre des franciscains, il en a même été le Maître général, non point que les franciscains ne soient pas faits pour la vie intellectuelle, mais la spiritualité de saint François est d'abord celle de la pauvreté, de la petitesse, et non pas celle des grandes déductions intellectuelles. On ne peut pas dire d'ailleurs que saint Bonaventure ait permis à l'ordre franciscain de trouver un équilibre parfait, est-il possible de vivre dans l'équilibre la tradition spirituelle de saint François qui est faite d'excès, de paradoxes?

Ce qui est intéressant cependant, c'est que comme maître intellectuel, comme docteur en théologie, saint Bonaventure a été profondément marqué par son appartenance à l'ordre franciscain. Marqué par cette volonté à travers toutes les complications de la pensée scolastique, de vouloir toujours rechercher le mystère le plus intime, le plus intérieur, le plus spirituel. Il y a constamment chez saint Bonaventure, une volonté de donner à la théologie une dimension proprement spirituelle, tout orientée vers la vie intérieure, vers la prière. C'est pourquoi saint Bonaventure sera à une époque où saint Thomas réintroduisait l'exigence intellectuelle d'Aristote dans la théologie, saint Bonaventure sera fidèle à la tradition augustinienne, quitte peut-être à l'exagérer dans un sens qui n'était pas tout à fait celui de saint Augustin lui-même.

Il est pourtant important qu'il y ait dans l'Église ainsi aussi, une place pour cette théologie de l'intériorité, pour cette recherche de la vie du cœur, pour cette recherche mise au centre de l'exigence intellectuelle, cette recherche de l'amour comme prioritaire. Pour vous donner un exemple qui résulte d'un tel itinéraire, je voudrais vous lire un passage de saint Bonaventure, que nous lisons au bréviaire, et qui s'appelle précisément : l'itinéraire de l'âme vers Dieu.

"Celui qui tourne résolument et pleinement ses yeux vers le Christ, en le regardant suspendu à la croix, avec foi, espérance, charité, dévotion, admiration, exultation, reconnaissance, louange et jubilation, celui-là célèbre la Pâque du Christ, c'est-à-dire qu'il se met en route pour traverser la mer rouge, grâce au bâton de la croix. En cette traversée, si l'on veut être parfait, il importe de laisser là toute spéculation intellectuelle". Vous voyez comme il est étrange qu'un maître en théologie nous demande de laisser de côté la spéculation intellectuelle. "Toute la pointe du désir doit être transportée et transformée en Dieu. Voilà le secret des secrets que personne ne connaît, sauf celui qui le reçoit, que nul ne reçoit sauf celui qui le désire, et que nul ne désire, sinon celui qui au plus profond, est enflammé par l'Esprit Saint que le Christ a envoyé sur la terre. Si tu cherches comment cela se produit, interroge la grâce et non le savoir, ton inspiration profonde et non pas ton intellect, le gémissement de ta prière et non ta passion pour la lecture. Interroge l'Époux et non le professeur, Dieu et non l'homme, l'obscurité et non la clarté. Non point ce qui luit, mais le feu qui embrase tout l'être et le transporte en Dieu avec une onction sublime et un élan plein d'ardeur. Ce feu est en réalité Dieu lui-même dont la fournaise et à Jérusalem, c'est le Christ qui l'a allumé dans la ferveur brûlante de sa Passion. Mourrons donc avec le Christ, entrons dans l'obscurité, imposons silence à nos soucis, à nos convoitises, à notre imagination, à notre pensée. Passons avec le Christ crucifié de ce monde au Père et quand le Père se sera manifesté à nous, disons avec Philippe : cela nous suffit. Écoutons avec Paul : ma grâce te suffit.

 

 

AMEN