SPIRITUEL, NE PAS DÉRANGER !
Pv 2, 1-9 ; Mt 19, 27-29
St Benoît - (11 juillet 2007)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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rères et sœurs, j'aurais voulu méditer avec vous en ce jour où nous fêtons saint Benoît fondateur de l'ordre bénédictin, patron de l'Europe, à partir de deux questions. Première question : pourquoi saint Benoît a-t-il été choisi pour être patron de l'Europe ? Comment se fait-il que dans l'imaginaire de la plupart de nos contemporains, le moine est spirituel, il est à genoux sur son petit tabouret, il écoute ou il essaie d'écouter et de chercher la sagesse de Dieu et son intelligence, comment se fait-il qu'un personnage pareil devienne le patron de l'Europe ? Comment se fait-il que le moine dont on a tendance à le ranger dans le placard au-dessus duquel il est marqué : spirituel, ne pas déranger ! devienne le patron de l'Europe tout simplement parce que les bénédictins ont profondément marqué le paysage de nos campagnes. Ils ne nous ont pas laissé uniquement la bière, ils ont aussi façonné les champs, ils ont fait pousser des fruits, des légumes, des champs de blé, ils ont su même intégrer les bâtiments au milieu de la nature, sans la déparer. Je crois que la réponse est très simple, nous avons tendance à entendre "sagesse" comme une sagesse au-dessus du ciel, alors que la sagesse bénédictine est profondément ancrée dans le quotidien, et dans le concret. C'est la première chose.
La sagesse n'est pas à aller chercher très loin, elle est à découvrir dans notre quotidien, dans les gestes les plus simples. En cela, la sagesse bénédictine s'ancre profondément dans la sagesse biblique. N'oubliez jamais que dans la sagesse de la Bible, la sagesse c'est d'être capable de faire face aux problèmes les plus quotidiens. Si vous étudiez un peu les différents passages dans la Bible où l'on parle de gens qui sont sages, souvent ce sont des gens qui sont rusés, assez malins pour être confrontés face à la réalité et essayer d'en tirer le meilleur parti. Le bénédictin, c'est cela. Il arrive dans un lieu, il retrousse ses manches, et il pousse la charrue. Première petite esquisse sur cette vie bénédictine.
La deuxième chose sur laquelle j'aurais voulu attirer votre attention c'est par rapport à l'évangile. Dans l'évangile, nous avons entendu Jésus dire : "quittez les frères, les sœurs, la parenté, la maison, les champs". De fait, il y a un certain monachisme, souvent c'est plutôt le monachisme oriental qui a su développer une vision un peu spéciale de la vie monastique : des gens qui sont déguenillés, qui sont sur la route, des gens qui sont à moitié fous, qui crient, qui sont asociaux. Ou encore habitant dans les cavernes, au fin fond des tombeaux en Égypte, ou tout en haut d'une colonne. Il y a effectivement un monachisme qui est particulièrement marqué par un aspect d'asociabilité. Rien de tel chez saint Benoît. D'ailleurs il le dit très bien dans sa règle : il y a des gens qui veulent vivre seuls, c'est une bonne chose, l'érémitisme, mais il y a une vie qui est encore plus extraordinaire et qui est plus au bord des cimes des montagnes de Dieu, c'est la vie cénobitique, autrement dit, la vie sociale, la vie ensemble.
C'est ce qui est intéressant chez saint Benoît, il est celui qui va mettre le paquet pour faire découvrir aux moines que le lieu de conversion, c'est la communauté. Si j'essaie de résumer un peu ces deux points, j'ai envie de dire que ce qui est assez beau dans la spiritualité bénédictine, c'est qu'on cultive autant la création que Dieu nous a donné, les champs, les collines, sans vouloir les détruire, les façonner à l'image de l'homme non pas comme actuellement l'homme façonne tellement le monde qu'il en est détruit, perverti et abîmé, donc il y a à la fois une côté je regarde cette nature, j'en tire ce que je peux en tirer, tout en la respectant. En fait, saint Benoît fait la même démarche pour l'homme. L'homme est une terre à cultiver, exactement comme la nature est une terre à cultiver Il n'y a pas de naïveté, on n'est pas dans le rousseauisme, avec les petits oiseaux, etc … et tout va bien, en attendant que le blé pousse tout seul. Il y a une empreinte de l'homme sur la nature, mais avec un grand respect. On accompagne cette nature et on est accompagné par elle. C'est la raison pour laquelle ils ont si bien cultivé les paysages de l'Europe et si bien su intégrer leurs monastères dans les paysages.
Ce comportement vis-à-vis de la nature et de la création, Benoît l'a aussi vis-à-vis des créatures, de l'homme. On accueille un frère, sans naïveté que le frère qui est pécheur, perverti, abîmé par le péché, mais grâce à la règle et à la communauté, on va accompagner ce frère pour le cultiver comme on cultive cette terre. Au finale, ce que saint Benoît nous propose, c'est cette vie édénique avant le péché originel. Que se passe-t-il ? Dieu confie la terre à l'homme et la terre n'appartient pas à l'homme. La seule chose que l'homme a à faire de cette terre, c'est de cultiver son jardin. Cette communion parfaite qui existe entre l'homme et la femme avant le péché, et en même temps le fait que fait qu'il y a ce minimum pour que l'amour trinitaire puisse se refléter sur le visage non pas d'une personne mais de deux, c'est ce que saint Benoît veut réaliser au sein de sa communauté avec ses frères.
Frères et sœurs, que cette fête de saint Benoît soit pour nous l'occasion de mieux cultiver cette création que le Seigneur nous a donné, c'est un thème qui est très à la mode mais il ne faut pas le négliger, et surtout savoir aider nos frères et nos sœurs à cultiver leur jardin pour leur faire découvrir cette sagesse qui sommeille dans le cœur de chacun d'entre nous et qui attend de lever comme le blé au cœur de la création.
AMEN