L'ESSENTIEL
Pv 2, 1-9 ; Mt 19, 27-29
St Benoît - (11 juillet 1980)
Homélie du Frère Michel MORIN

Liessies : Saint Benoît
|
L |
e nom de Benoît vient du mot latin Benedictus qui veut dire béni. La bénédiction, c'est essentiellement rendre grâces, dire du bien et plus concrètement investir le bien, imprégner de bon.
Benoît fut béni de Dieu parce que dans sa vie il s'est laissé remplir de l'amour, de la bonté, de la charité de l'Esprit de Dieu. C'est cela et cela seul qui fait, pour nous, sa grandeur, car c'est cela qui fait sa grandeur aux yeux de Dieu, même s'il a toujours voulu se tenir petit devant Lui. C'est dans cette bénédiction qu'il a eu, comme dans l'évangile, le cœur ouvert de Dieu, les bases sur lesquelles il voulu fonder non seulement sa vie, mais la vie de cet ordre bénédictin que nous connaissons bien aujourd'hui et dont l'œuvre immense en Occident a, de fait, pétri toute une vision de l'homme, toute une conception de la vie, toute une appréciation des valeurs.
Benoît a eu une politique. Lorsqu'il est arrivé à Rome, envoyé par son père, pour faire ses études, il est reparti presque aussitôt, dégoûté de voir comment agissaient les hommes appelés "de politique". Sa politique est devenue celle du silence, celle de la solitude, celle du désert, en dehors de tout autre influence que celle de la grâce de Dieu. C'est sur ce principe premier que Benoît a fondé sa vie, celle de ses frères et de ses disciples.
Benoît fut un homme d'économie, mais non pas une économie de profit, de rapport, d'export-import, comme nous la faisons, la construisons aujourd'hui, en se laissant d'ailleurs écraser par elle, mais essentiellement une économie de partage : personne ne possède rien, il n'y a pas de propriété privée. Tout le monde travaille dans le monastère et chacun reçoit selon ses besoins. Ce partage est fondé essentiellement sur la personne et sur la communauté.
Benoît fut aussi un homme de vision sociale. Cette vision sociale, comme de nos jours, repose et reposera toujours sur une autorité, mais celle qu'a présentée Benoît n'est pas une autorité qui s'impose, une autorité qui s'oppose à une autre, une autorité qui veut de la soumission ou de l'obéissance aveugle, car cela ce n'est pas de l'autorité c'est de l'autoritarisme. L'autorité qu'a voulu vivre et créer Benoît, c'est celle qui fait grandir l'autre, selon la racine du mot latin : "augere", faire grandir. L'autorité qu'a voulu établir Benoît dans ses monastères, fut de faire grandir l'abbé qui commandait et les moines qui étaient commandés, de les faire grandir dans l'amour, dans la charité de Dieu et uniquement dans cela. Cette charité, cet amour de Dieu seul est capable, dans une communauté de créer ce que nous appelons la communion.
Ainsi nous saisissons, dans la vie et dans l'intuition de saint Benoît, comment des valeurs humaines, après lesquelles nous courons tant bien que mal, peuvent être transformées, transfigurées lorsqu'elles ne sont pas fondées et enracinées dans le cœur et l'intérêt de l'homme et du monde, mais lorsqu'elles ont fondées et enracinées dans le cœur de Dieu, c'est-à-dire dans l'évangile et dans la Bible.
Par la prière de saint Benoît, nous demanderons aujourd'hui, d'être ramenés à l'essentiel, l'essentiel pour notre vie personnelle, l'essentiel pour notre vie communautaire, relationnelle, sociale ou internationale. Que pour nous, chrétiens, l'essentiel ce soit Dieu seul à écouter et à chercher, Dieu seul à partager, Dieu seul à aimer.
AMEN