GUETTEURS DE LA JOIE

Pv 2, 1-9 ; Mt 19, 27-29
St Benoît - (11 juillet 1994)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

L

'idée fondamentale de saint Benoît était d'imiter si totalement l'évangile qu'il voulait essayer de faire apprendre à des hommes le métier de Fils. Il voulait donc les réunir en différents endroits pour qu'ils apprennent, jour après jour, par la prière, par le travail, par la vie fraternelle, à forger en eux cette identité de fils de Dieu. Et pour forger da­vantage cette vocation, ces moines se choisissent un Abbé, un Père, qui signifie à leurs yeux la présence paternelle de Dieu et qui répond de leur vocation.

Selon saint Benoît, un moine c'est un homme zélé, plein d'ardeur, qui croit innocemment que le Royaume de Dieu est au détour de chacun de ses tra­vaux, de chacun de ses frères et de chacun des offices qu'il a à célébrer, et que l'avènement de ce Royaume dépend de la perfection que ce moine met dans son travail humble, quotidien, souvent obscur, et dans le zèle qu'il met à pratiquer une sorte de don permanent de lui.

C'est vrai que, quand on la regarde de l'exté­rieur, la vie d'un moine, je parle de bénédictins, sem­ble très affairée. Ils font beaucoup de choses et pour­tant ce faire doit conduire ces hommes à être car c'est une leçon que saint Benoît a laissé mais qui est vala­ble pour tous les moines et aussi pour tous les chré­tiens ce fait que nous avons pour devenir fils de Dieu, à apprendre à travers le "faire" à devenir davantage des êtres. Il nous faut passer par des choses à faire pour devenir un être, pour devenir quelqu'un, une personne. Et si les moines s'activent, tant dans les paroisses que dans les monastères, du moins tentent de s'activer, c'est non pas pour avoir l'air de faire un tas de choses, mais c'est pour tenter, à travers cette activité, de devenir de plus en plus des êtres qui dé­couvrent, qui témoignent et qui vivent de cette pré­sence de Dieu.

Ainsi l'idée de saint Benoît étant de regrouper un peu contre nature des hommes ou des femmes et en ce sens leur demander de se couper radicalement de la vie familiale ou de la vie conjugale, c'était pour mettre des guetteurs, des guetteurs de la joie pro­fonde, de la charité profonde qui, par un travail hum­ble et fermé aux yeux des autres, disent leur désir de l'arrivée du Royaume de Dieu.

A la suite de saint Benoît, nous tous qui sommes aussi des guetteurs et des veilleurs, dans no­tre vocation, que nous soyons mariés, moines ou célibataires, nous avons tous à signifier dans le monde que Dieu est déjà venu mais n'est pas encore là, que Dieu a déjà commencé son œuvre mais ne l'a pas finie et que doit briller en nous ce zèle, cette ardeur.

Je termine par ces quelques mots de saint Benoît qui permettront à notre propre vie de devenir davantage une vie digne de Dieu :

"Les moines s'honoreront mutuellement de leurs prévenances. Ils supporteront très patiemment les infirmités d'autrui, tant celles du corps que celles de l'esprit. Ils s'obéiront à l'envi les uns aux autres. Nul ne recherchera ce qu'il juge utile pour soi mais bien plutôt ce qui l'est pour autrui. Ils se rendront chastement les devoirs de la charité fraternelle. Ils auront pour Dieu une crainte inspirée par l'amour. Ils auront pour leur abbé un amour humble et sincère. Ils ne préféreront absolument rien au Christ qui veut les conduire tous ensemble à la vie éternelle."

 

 

AMEN