SAINT BENOÎT
Pv 2, 1-9 ; Mt 19, 27-29
St Benoît - (11 juillet 1984)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Châtel-Montagne : Saint Benoît
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e sais bien que le monachisme bénédictin moderne, issu de la réforme dite de Solesmes, congrégation de France avec tous les illustres moines qui l'ont restauré, à partir des années 1820 ou 1830 (je ne sais plus exactement) a eu tendance à considérer que le seul rameau monastique valable dans l'histoire de l'Europe a été précisément le rameau bénédictin. Je ne sais pas si c'est cette raison qui a poussé les liturges à choisir, comme texte de l'évangile d'aujourd'hui, "que ceux qui avaient tout quitté pour le Christ, siégeraient sur douze trônes" je ne pense pas. Mais ce monachisme a un visage très particulier, dans l'histoire de l'Occident.
C'est un monachisme qui, effectivement, a une très longue histoire faite de patience, d'endurance et de solidité. C'est vrai qu'il y a eu beaucoup de courants monastiques, à travers toute l'histoire de l'Église et même à travers l'histoire de l'Occident. Il suffit d'évoquer saint Colomban avec les moines irlandais, qui avaient une forme de monachisme assez différente, le monachisme issu de saint Martin qui n'était pas de la même inspiration que celui de saint Benoît. C'était un monachisme en pleine époque de christianisation des campagnes, alors que pour saint Benoît, ce problème se posait beaucoup moins, le milieu était très différent. Il y a eu ainsi, à travers toute l'histoire de l'Europe chrétienne, un certain nombre de mouvements.
Mais, de fait, celui qui assume la plus grande constance, la plus grande patience, c'est précisément le monachisme qui se rattache à la règle de saint Benoît. C'est pourquoi je pense que saint Benoît incarne, dans la vie monastique, cette figure de la patience que le Christ demandait pour attendre la fin des temps et le retour du Seigneur. Et je trouve que le texte des Proverbes qui a été choisi comme épître de cette messe, est extrêmement évocateur.
Il s'agit d'un père qui parle à son fils, comme saint Benoît parle à ses fils au début de sa Règle : "Mon fils, si tu accueilles mes paroles, si tu conserves à part toi mes préceptes." En réalité, ce n'est pas simplement le Père Abbé qui parle dans ces paroles, mais c'est le Christ, à travers la figure du Père au cœur de l'abbaye, et qui est l'Abbé, et qui demande d'accueillir des paroles que l'Abbé prononce, mais, en réalité l'Abbé, avec ses frères, avec ses moines, se retourne vers cette unique Parole qui est donnée par le Seigneur et qui est la parole de la Sagesse. Et pour entendre cette Parole, il faut rendre ses oreilles attentives à la Sagesse, il faut incliner son cœur vers la vérité.
La vie monastique, telle que la conçoit saint Benoît, c'est précisément cette préparation permanente du cœur à l'accueil de la Parole de Dieu, pas simplement les mots de la Bible, mais le Verbe de Dieu, le Christ. La vie monastique est précisément ce moment, ce temps de préparation, dans lequel on ouvre son cœur, on ouvre tout son être à la présence absolue et totale du Christ qui se donne à ceux qui ont accepté de "prendre leur croix à sa suite" et de mourir avec Lui.
Il y a cette très belle image : "Si tu réclames l'intelligence, si tu la recherches comme l'argent, si tu la creuses comme un chercheur de trésor." Je crois qu'il y a là quelque chose de très profond et de très beau. Le chercheur de trésor, il ne faut pas croire que c'est simplement quelqu'un qui a un coup de pelle heureux, et que, à partir du moment où il ferait un effort pour creuser quelque quatre-vingts centimètres sous la terre, immédiatement, il tomberait sur le trésor qu'il convoite. En réalité, le chercheur de trésor est un bêcheur et un bûcheur, un bêcheur qui manie la bêche, et un bûcheur qui travaille lourdement, patiemment. Et je crois que c'est un peu cela le visage du monachisme bénédictin. C'est de creuser un sillon, c'est de piocher, de creuser dans le sein de la terre, en sachant que, même si on n'a pas toujours creusé au bon endroit, cependant le seul moyen de trouver le trésor de la Sagesse, c'est effectivement, de s'en donner à cœur joie pour creuser et pour chercher.
Depuis des siècles ces moines sont au milieu de notre Église comme les témoins de cette sagesse cachée qu'il faut chercher avec patience, avec ardeur. C'est difficile. La plupart du temps, cela nous paraît fastidieux, un peu pénible (c'est ce qu'on appelle un travail de bénédictin) et cependant ce n'est que comme cela que la tradition peut durer à travers les âges.
Si l'Église a pu ainsi garder son visage de jeunesse, c'est à cause de la patience et de l'acharnement de ces moines. Que ce matin, nous priions dans cette eucharistie, en demandant à Saint Benoît qu'il intercède auprès du Seigneur afin qu'il nous donne, à nous aussi, dans notre vie, même si tout le monde n'est pas appelé à vivre cette patience des moines, qu'il nous donne cet acharnement, cette endurance et cette patience, et surtout, cette foi profonde que, de toute façon, le trésor est toujours caché au milieu de la terre, et que, même s'il faut creuser et qu'en apparence ce n'est pas très gratifiant, en réalité, le seul moyen de découvrir le trésor c'est effectivement, de le chercher quoi qu'il en coûte.
AMEN