A LA RECHERCHE DE LA SAGESSE
Pv 2, 1-9 ; Mt 19, 27-29
St Benoît - (11 juillet 1981)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Arlet : Saint Benoît
|
D |
ans l'antiquité, on ne se définissait pas comme de nos jours, essentiellement par une sorte de position sociale ou par des responsabilités ou par le travail. Dans l'antiquité, on ne travaillait pas, ou plus exactement on ne travaillait que par nécessité. Et l'on se définissait en réalité par un certain mode de vie, par une certaine manière d'être, une certaine manière de se comporter dans la vie. Et parmi les types les plus prisés, les plus appréciés, il y a en avait un qu'on appelait le mode de vie philosophique ou le mode de vie des sages.
C'étaient des gens qui n'étaient ni riches ni pauvres, généralement ils vivaient de la mendicité publique, de l'aide financière de certains mécènes. C'étaient, des gens qui n'attachaient pas beaucoup de considération à leur place dans l'échelle sociale parce qu'ils étaient essentiellement fascinés par le mystère de l'existence des choses et du monde. Ils n'étaient pas non plus fascinés par le travail et la productivité, parce que la plupart du temps aux yeux des autres, ils passaient pour des bavards impénitents. C'est d'ailleurs ce qui fut leur ruine. Ils parlaient tellement que leur sagesse s'est tout avalée dans leurs paroles et que finalement l'idéal antique du sage a été profondément déconsidéré Dans la crise qui s'est amorcée vers les années quatre cents et qui n'a fait que s'approfondir et s'aggraver, ce mode de vie de la sagesse ancienne en a pris un rude coup. A la fin, il ne s'agissait plus que de quelques maîtres qui enseignaient, moyennant finance, ou bien qui avaient tellement corrompu leur métier qu'ils n'avaient plus aucun élève.
C'est sans doute dans ce contexte-là que Benoît de Nursie est allé chercher la Sagesse, et inutile de vous dire qu'il a été fort déçu. Et le génie de Dieu a été de faire découvrir à cet homme que, désormais, cet idéal de la sagesse tel que l'avait produit l'antiquité qui avait eu pourtant ses heures de gloire devait maintenant, par lui, trouver une nouvelle transposition, bien au-delà de ce que la sagesse ancienne attendait. Et cette transposition a été, très précisément, la vie monastique.
Car la vie monastique c'est un mode de vie et un mode de vie selon une sagesse. Une sagesse qui n'est plus humaine, qui n'est plus basée sur l'effort humain pour scruter les profondeurs du monde et éventuellement pour scruter les profondeurs de ce qui dépasse le monde, mais c'est une sagesse donnée, c'est une sagesse reçue, c'est une sagesse qui éveille le cœur. Et ce qui est grand, c'est que c'est Dieu lui-même qui la donne. C'est pourquoi nous avons entendu, tout à l'heure, ce magnifique texte de la Sagesse, dans lequel l'auteur sacré invite un jeune homme à ouvrir son cœur à la présence de Dieu car la sagesse est un trésor, car la sagesse c'est le tout de la vie.
Voilà ce que saint Benoît a essayé de vivre peu à peu. Or, cette sagesse a deux grandes caractéristiques. La première c'est une passion que Dieu éveille dans le cœur des hommes, non pas une passion comme les passions humaines qui sont agitées, qui ne durent pas, des passions qui passent, mais c'est une passion profonde et douce et paisible comme la paix même de Dieu au fond du cœur. La deuxième chose, c'est la liberté, une liberté qui n'est pas caprice, mais au contraire cette liberté de savoir que nous pouvons vaquer, en tout bonheur et en toute paix, à la recherche du visage de Dieu. Car ce qui est étonnant, c'est que la sagesse qui est dans le cœur de l'homme et le visage de Dieu que l'on recherche par cette sagesse, c'est tout un. C'est le Christ qui éveille le cœur, et c'est le Christ qui est le but de l'éveil du cœur. C'est le Christ qui nous tourne vers Lui, et c'est le Christ que nous avons envie de contempler par cette sagesse. Voilà ce qu'est ce grand idéal de vie qui a été introduit par Benoît dans l'Église d'Occident. Il y avait eu déjà quelques prémices très importants eux aussi dans le monde oriental mais, pour Benoît, cela a été l'enjeu même de sa vocation et de l'appel du Seigneur.
Dans cette eucharistie, demandons au Seigneur, de nous faire goûter ce sens de la véritable sagesse qui est de nous laisser éveiller le cœur à la tendresse de Dieu et de savoir que le seul objet digne de la sagesse, c'est Dieu lui-même.
AMEN