CENTUPLE ET SAGESSE
Pv 2, 1-9 ; Mt 19, 27-29
St Benoît - (11 juillet 1991)
Homélie du Frère Michel MORIN
|
L |
e centuple, c'est la Sagesse, la vie éternelle c'est la vision de la Sagesse. Le centuple, c'est la possession, dès cette terre, de la Sagesse c'est-à-dire de Dieu Lui-même en son mystère divin. Ce terme de sagesse est employé dans de nombreuses recherches philosophiques ou autres, mais pour le croyant son emploi a une source unique parce que totalement pure, le mystère de Dieu. C'est pourquoi, en cette fête de saint Benoît, témoin du centuple pendant sa vie et témoin de la vision de Dieu en l'éternité, nous avons lu ces quelques versets du livre des Proverbes car la Sagesse, si elle s'acquiert, c'est d'abord par l'attention. C'est pourquoi Dieu peut dire à son fils qui le cherche : "Accueille d'abord ma Parole, conserve de par toit mes préceptes, rends tes oreilles attentives à la Sagesse, incline ton cœur vers l'intelligence !" C'est la première disposition non seulement du moine mais de tout baptisé, car avant d'être moine, celui-ci est baptisé et c'est le plus important.
L'écoute de la Parole de Dieu rend l'homme sage. Pourquoi ? Parce que cette Parole quand elle est accueillie, investit la totalité de l'homme : son oreille c'est-à-dire toutes ses capacités corporelles, tous ses dons, son cœur c'est-à-dire toute sa capacité affective, toute sa capacité d'aimer, toute sa sensibilité, son intelligence c'est-à-dire toute sa capacité intellectuelle, toute sa capacité de comprendre non seulement les choses de la terre mais déjà d'appréhender les choses du ciel.
C'est pourquoi cette sagesse chrétienne est unique parce que, venant de Dieu, elle saisit tout l'homme. Il ne s'en rend pas tout de suite compte et peut-être heureusement car autrement il en aurait la tête qui tourne. Mais c'est lentement, au long de sa conversion, et saint Benoît a eu des étapes de conversion, c'est lentement que cette Parole de Dieu s'imprègne avec douceur pour ne pas violenter le cœur de l'homme mais avec exigence pour répondre à la soif du cœur de l'homme. Cette sagesse c'est bien le mystère de Dieu quand Il le fait s'écouler et couler lentement dans le cœur et dans la soif de l'homme. Cette première disposition, pour saint Benoît, pour tout moine et pour tout chrétien, c'est donc d'être attentif.
C'est d'ailleurs cela que signifie l'évangile de saint Matthieu qui est si mal compris et qui est pourtant, je crois, si simple. Quand Jésus dit à ses disciples : "Quiconque aura quitté maison, père, mère, frères, sœurs à cause de Moi, recevra le centuple" ceci signifie que la première attention que l'homme doit avoir c'est l'attention pour Lui. Ceci n'exclut pas, ceci ne minimise pas les réseaux ou les raisons de notre vie terrestre, mais ceci permet à l'homme de tout recevoir de Dieu, donc de mieux vivre ce qu'il a à vivre dans la liberté de ses relations ou de ses choix ou des circonstances de sa vie terrestre. Il s'agit d'une préférence, il ne s'agit pas d'exclusion. Et c'est d'ailleurs cette préférence qui permet de vivre les relations les uns avec les autres sans exclusive et sans exclusion c'est-à-dire dans la charité de Dieu qui unifie, qui purifie. Donc l'attention à la sagesse qui saisit l'homme tout entier.
Mais il y a encore plus séduisant dans cette attention à la Sagesse. C'est que la deuxième étape, et c'est la plus heureuse pour la vie du moine ou du chrétien quand il y accède, c'est qu'il se rend compte que, avant d'être, lui, attentif à Dieu, il y a bien longtemps que Dieu, dans sa sagesse éternelle, est attentif à lui. Et l'attention de la Sagesse, c'est tout simplement être séduit par la façon dont Dieu est si attentif à nous. C'est la deuxième partie du passage du livre des Proverbes où il n'est plus question de l'homme mais où il est question de Dieu. "C'est le Seigneur qui donne la Sagesse. De sa bouche sortent le savoir et l'intelligence. Il réserve aux hommes droits son conseil. Il monte la garde au chemin de l'équité. Il veille sur la voie de ses fidèles. Il est leur bouclier."
C'est cela profondément la vie de saint Benoît. Dans son attention à Dieu il a découvert la merveilleuse attention de Dieu pour son cœur et pour sa vie et il a voulu, tout simplement, y correspondre de tout lui-même en étant tout à Dieu. Et c'est une autre caractéristique de la vie monastique et de la vie chrétienne que celle de l'attente de Dieu. Mais qu'est-ce que l'attente de Dieu si ce n'est cette nourriture quotidienne de l'attention à Dieu à cause de son attention à moi ? Voilà pourquoi nous attendons Dieu. Tout simplement pour qu'un jour se réalise totalement cette attention réciproque dans la tendresse, dans la certitude de la présence de l'autre, dans le fait de compter totalement sur l'autre, nous sur Dieu et Dieu sur nous.
Que saint Benoît, dans sa prière permanente, nous aide, là où nous sommes, à être plus attentifs à l'attention de Dieu pour nous et à veiller dans cette présence vigilante de Dieu comme une lumière dans notre nuit. Il est là, nous ne le voyons pas, mais s'Il n'était pas là, nous n'y serions pas non plus. C'est cela l'attente, c'est cela l'attention. Deux grands mots de la vie monastique, deux grands mots de la vie chrétienne, les deux grands mots de la sagesse chrétienne.
AMEN