VIE ET MORT, QUEL MYSTÈRE !
Ep 2, 11a+12-22 ; Jn 20,24-29
St Thomas - (3 juillet 2012)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Thomas (Pontarlier)
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rères et sœurs, dans le sanctuaire marial de Czestochowa se trouve un chemin de croix qui par un effet puissant et raccourci évoque la Passion du Christ telle qu'on peut la décrire d'une manière historique depuis deux mille ans, et tous les événements dramatiques et tragiques du vingtième siècle. L'auteur de ces tableaux est allé beaucoup plus loin que la mort et la résurrection de Jésus puisqu'il va jusqu'à la Pentecôte, et au milieu de cette œuvre se trouve un tableau dédié à Thomas. L'homme qui se penche sur les plaies du Christ est un médecin. C'est une thématique extrêmement connue qui essaie de réfléchir au rapport entre la foi et la raison à travers cet épisode, comme ce médecin qui veut absolument sinon faire rendre gorge à Jésus, du moins à trouver des explications scientifiques rationnelles à ce corps qui se trouve devant lui.
Vous me permettrez de laisser cette question de côté aujourd'hui pour vous inviter à vous poser les mêmes questions que je me pose tous les ans chaque fois que je fête saint Thomas. D'abord une certaine perplexité par rapport à l'oraison que nous avons entendu au début de cette eucharistie, puisqu'elle laisse penser que Thomas n'était pas très courageux, et puis une autre question, et j'espère que j'aurai la réponse un jour au paradis quand saint Thomas m'accueillera : où était Thomas ? Quand tous les apôtres étaient dans le Cénacle, où était Thomas ? L'oraison et le raccourci de l'évangile de ce jour laissent effectivement penser que ce pauvre Thomas est coupable de tous les maux.
Or, en amont de l'évangile que nous avons entendu que nous dit-on ? On nous dit que les apôtres par peur des juifs, des judéens c'est-à-dire de ceux qui ont mis à mort Jésus, à ce moment-là, les apôtres par peur s'enferment dans le Cénacle et ils attendent. Mais Thomas n'est pas là. Où pouvait-il être ? Ce ne sont que des conjectures de la part du frère Christophe, mais je crois que Thomas vit là quelque chose d'analogue au processus du deuil. Il me semble sans vouloir forcer le trait quand nous perdons quelqu'un que nous avons énormément aimé, avec qui nous avons partagé notre vie pendant un certain temps, dans le cas de Thomas et de Jésus, c'est au moins trois ans de la vie publique de Jésus sur cette terre, nous ne voulons pas simplement nous arrêter à la mort, mais avons envie de mettre nos pas dans les pas de tout ce que la personne a vécu auparavant. Nous n'imaginons pas et nous ne voulons pas croire que la personne est morte, et pour essayer de comprendre que cette personne n'est pas morte, nous n'avons qu'une seule envie c'est de nous replonger dans tous les souvenirs communs que nous partageons avec elle. J'aime à croire que Thomas est parti chercher dans les rues de Jérusalem, peut être même est-il allé jusqu'à Béthanie, pour voir où était Jésus ? Lui qui avait demandé quelque temps auparavant : "Où va-tu ?", et Jésus lui avait répondu : "Je suis le chemin, la vérité et la vie", je crois que Thomas contrairement aux autres apôtres était courageux car il a pris le risque de sortir du lieu du Cénacle pour aller à la recherche de Jésus. Un peu comme la fiancée du Cantique des Cantiques qui après la rencontre ratée prend le risque de chercher le Bien-Aimé partout dans la ville et se fait cogner par les gardes.
Saint Thomas n'est pas simplement cette personne qui ne met sa foi que dans la rationalité et dans les choses palpables, c'est aussi quelqu'un qui veut comprendre. Nous aurions tort de considérer que nos contemporains sont trop facilement des saints Thomas et qu'ils n'ont qu'à croire comme nous nous croyons. Il y a une légitimité dans la recherche de Thomas et dans la recherche de beaucoup de nos contemporains, frappés d'ailleurs ou non de deuils autour d'eux.
Frères et sœurs, ce qui est magnifique, c'est que Thomas va découvrir que la vie, l'éternité ne se repose pas seulement dans des souvenirs, aussi beaux soient-ils, mais que paradoxalement c'est au cœur de l'événement de la mort que se révèle la plénitude par uniquement de la résurrection à venir, mais la plénitude de l'amour. Il est paradoxal que Thomas soit amené à découvrir le Christ ressuscité au cœur de l'événement où lui-même n'était pas, Thomas n'était pas au pied de la croix. Cela nous invite à réfléchir sur cet événement de la mort et du fait que même si certains d'entre nous j'ose l'affirmer comme ça, avons eu la chance de pouvoir tenir la main de l'être aimé dans les dernières minutes de sa vie, il n'empêche que même présent, il y a un mystère qui nous échappe et il y a celui ou celle que nous aimons qui nous échappe.
Que cette fête de saint Thomas nous aide à réfléchir sur notre rapport à l'autre, aux autres, et à ce que nous mettons dans le mot : "vie". Que mettons-nous dans ce mot ? Ce que Jésus permet à Thomas de découvrir c'est qu'au cœur de l'événement de la mort, il y a une communion qui peut exister, même si elle nous échappe, il y a une vie et une plénitude qui se manifestent.
Les anciens avaient une expression particulière pour parler du type de mort quand ils disaient : la bonne mort. C'était l'art de bien mourir. Je crois qu'à travers cette expression, les anciens voyaient juste, nous avons plutôt tendance à penser que nous préférerions mourir assez rapidement et sans douleur, je peux le comprendre et le pense aussi pour moi, mais les anciens étaient attentifs à une autre dimension : l'événement de la mort était le moyen, était la possibilité d'une communion et d'une réconciliation entre la personne qui était en train de mourir et tout son entourage. Je crois qu'à travers le Christ qui apparaît devant saint Thomas et qui lui montre ses plaies, à travers ce simple geste, c'est aussi ce que Jésus veut dire à saint Thomas et à chacun d'entre nous : en réalité, nous sommes au cœur même de la vie et de l'amour au moment même où nous mourons.
AMEN