THOMAS LE BLESSÉ

Ep 2, 11a+12-22 ; Jn 20,24-29
St Thomas - (3 juillet 2001)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

C

e n'est qu'avec un cœur brisé que l'on peut comprendre la miséricorde de Dieu. Dieu ne s'approche que quand on connaît le lieu de sa propre blessure, parce que ce lieu sera le lieu privilé­gié de ce que Dieu a à dire, à nous dire, à inscrire, à écrire en nous. Et dans le face à face entre Thomas et Jésus, l'un est blessé, et l'autre croit ne pas l'être. Les blessures de Dieu se voient, elles ont cette marque, cette traversée du feu du péché qui a cru vaincre le Corps du Christ, mais qui ne l'a pas vaincu. Dans ses plaies, dans ses trous, c'est la gloire qui maintenant est visible, comme si le Corps de Jésus qui convenait à cette gloire intacte, la laisse apparaître à travers les fissures des plaies.

Et Thomas ne voit pas ! Thomas s'avance en ignorant tout de lui, et quelle est sa blessure ? C'est de douter. La blessure du doute n'est pas immédiatement visible, elle ne s'inscrit pas tout de suite dans la chair, il va falloir qu'il sorte de la coque dans laquelle il est enfermé, que sa main comme celle de Dieu qui la prend et qui la mène à Lui, comme au moment de la création lui fasse vérifier qu'il ne s'est pas vu lui-même. Pour avancer vers Dieu il faut à la fois reconnaître Dieu et se reconnaître soi comme étant capable de reconnaître Dieu, c'est-à-dire, Dieu va parler là où même je suis pauvre, blessé. Et si Thomas doute et bien, c'est là que Dieu va lui parler et il dira : "Mon Seigneur et mon Dieu". Cela même qui semble tellement s'opposer à Dieu en nous, est la porte royale de la révélation de Dieu. C'est un paradoxe que Dieu manie, et nous en faisons les uns les autres l'expérience, et j'entendais récemment des gens s'exprimer sur ce passage à la vie adulte, des jeunes couples qui rentrent dans la vie professionnelle et ils faisaient état au moment où ils se heurtent plus réel­lement à l'injustice, à la manipulation, bref à des for­mes bâtardes mais réelles du Mal. Certains d'entre eux disaient, finalement avoir abandonné en décidant d'être plus méchant que les autres pour gagner et ne pas se faire avoir. Ils ont vu ce que c'était que cette méchanceté, "et Dieu vit que la méchanceté était grande sur ce monde", et ils ont décidé de ne pas être un agneau, mais au contraire de lutter contre. Et en­tendant ces paroles qui étaient donc un refus de se sentir l'agneau possible du Mal dans le monde, ils prenaient parti des impies, des méchants, tel que la Bible le déclare. C'est vrai que face au mal, l'expé­rience que nous pouvons en avoir à quelque moment, nous pouvons ne pas accepter et durcir. En Dieu ce sera toujours une négation de ce qu'Il est.

Dans le face à face entre Thomas et Jésus Thomas ne voyait pas qu'il était blessé, en fait la fi­gure est comme inversée. Apparemment c'est Thomas qui va vers les blessures de Jésus, mais c'est Jésus qui pointe du doigt le cœur fermé de Thomas.

Que cette image renversée de Thomas nous permette de nous voir, en Dieu ce qu'Il pointe en nous, parce que c'est là qu'Il est, c'est là qu'Il se dit.

 

 

AMEN