TOUCHER LA MORT

Ep 2, 11a+12-22 ; Jn 20,24-29
St Thomas - (3 juillet 1982)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Issoire : chapiteau du choeur
L'apparition à saint Thomas 

 

  J

e crois que nous pouvons dire que Thomas est plus particulièrement l'apôtre de la mort du Christ. En effet, peu de temps avant la passion de Jésus, alors qu'Il était avec ses disciples de l'autre côté du Jourdain, à l'abri des manigances des pharisiens et des grands-prêtres, quand Jésus apprend que Lazare est malade, puis que Lazare est mort et qu'Il décide de traverser le Jourdain et de revenir aux portes de Jérusalem pour pleurer sur son ami qui vient de mourir, les disciples disent à Jésus : "C'est de la folie. Il y a quelques jours seulement, les pharisiens avaient fait un complot pour Te mettre à mort et Tu veux revenir". Alors Jésus leur dit : "Il y a douze heures dans le jour et chaque chose doit avoir lieu à son heure." Et devant cette décision ferme de Jésus de retourner aux abords de Jérusalem, au risque d'y être pris par ses ennemis, ce qui ne manquera pas de se produire, Thomas s'écrie : "Allons, nous aussi, et mourons avec Lui !"

       Thomas est donc celui qui marque le commencement de la Passion de Christ par cette parole. Ce retour du Christ, de l'autre côté du Jourdain jusqu'aux abords de Jérusalem, c'est véritablement le début de la Passion de Jésus. Et quand Jésus ressuscité apparaît aux disciples, ce sont les plaies de la mort de Jésus que Thomas va venir toucher. Il va mettre son doigt dans la trace des clous. Il va mettre sa main dans le côté percé de Jésus. Il va  reprendre contact avec la mort du Christ, avec les stigmates de la mort du Christ, avec ces traces indélébiles de ce plus grand amour par lequel le Christ nous a aimés. Et c'est en se plongeant à nouveau, ainsi, dans la mort du Christ, que Thomas est rempli de cette foi qui lui fait proclamer Jésus : Seigneur et Dieu.

       Thomas est donc l'apôtre qui lit la divinité du Christ dans le livre de sa Passion, dans le livre de sa mort. Ce n'est pas l'apparition du Christ qui le convainc, ce n'est pas tel ou tel miracle qui, en lui, provoque l'adoration, c'est le contact physique, personnel, direct, sans intermédiaire avec la mort de Jésus. Cette mort dont il a pressenti qu'elle serait son lot à lui aussi et qu'il faudrait ensuite mourir avec le Christ. Saint Thomas c'est bien l'apôtre pour qui la vie jaillit de ce chemin de la mort.

       Il avait d'ailleurs demandé à Jésus "quel est le chemin" pour aller jusqu'au Royaume ? Et Jésus lui avait dit : "Je suis le Chemin !" C'est en marchant sur ce chemin, c'est en suivant mes traces que l'on trouve la Vérité et la Vie. Jésus continue et dit : "Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie!" Ma Pâque est le chemin qui mène à la vie. C'est ce chemin qui est l'unique vérité pour Moi-même et pour toi, Thomas, et pour chacun d'entre nous. Oui, Thomas nous invite à scruter la Passion du Christ, à prendre contact intimement avec cette Passion de Jésus et à entrer dans le mystère et même dans les plaies de Christ mourant, du Christ crucifié. Thomas nous invite à trouver, dans ces plaies, la foi, la vie, l'adoration du Dieu Seigneur.

       Alors nous allons nous-mêmes toucher les plaies du Christ crucifié, car dans l'eucharistie c'est le mystère de la Croix qui est de nouveau rendu présent, actuel, qui est là, aujourd'hui. Et quand nous communions au Corps, c'est à son Corps livré pour nous, transpercé pour nous. Quand nous communions à son Sang, c'est à son Sang qui s'est répandu pour nous. C'est dans la Passion du Christ que nous entrons chaque fois que nous communions. Et dans cette Passion, dans cette mort du Christ, nous puisons, nous aussi, comme Thomas, la vie par ce contact physique. Oui, nous touchons en quelque sorte les plaies du Christ comme Thomas l'a fait lui-même lors de l'apparition de Jésus ressuscité. Quand ce pain se trouve dans nos mains, c'est comme si nous portions notre main dans le côté transpercé du Christ. Quand le vin coule de la coupe sur nos lèvres, c'est comme si, avec Thomas, nous allions au côté percé du Christ d'où a jailli ce sang. Ce corps crucifié c'est le Seigneur Dieu. Ce sang est la vie. Ces plaies sont le Royaume. Il n'y a pas d'autre foi que celle-ci.

       Que Saint Thomas avec cette exigence de réalisme, avec ce désir de contact direct avec le Christ nous apprenne à découvrir, dans sa passion et dans sa mort, le secret de notre vie.

       AMEN