LE MYSTÈRE D'UNE BLESSURE
Ep 2, 11a+12-22 ; Jn 20,24-29
St Thomas - (3 juillet 1985)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Meise : Saint Thomas
|
L |
'épisode de l'incrédulité de Thomas a toujours frappé l'imagination des chrétiens, des croyants, parce que précisément on a l'impression que dans le geste de Thomas est affirmée une volonté de preuve, une volonté d'être absolument sûr de la Résurrection. C'est pourquoi certains Pères de l'Église ont pu écrire : "L'incrédulité de Thomas est plus utile à notre foi que la foi des autres apôtres." C'est vrai, mais il me semble qu'il faut y apporter une nuance très importante.
Thomas est incrédule, il ne veut pas croire. Il veut mettre sa main dans le côté et toucher les plaies du Christ. Mais ce qui est extraordinaire, c'est qu'il veuille rencontrer son Seigneur dans le mystère de sa blessure. Ce qui importe à Thomas c'est de rencontrer le Christ Ressuscité à travers même le mystère de la souffrance qu'Il a endurée pour nous. Et c'est en ceci que Thomas est si grand. Souvent dans les autres récits de la Résurrection, nous avons l'impression que les disciples sont heureux de revoir Jésus vivant. Mais chez Thomas, le désir profond de son cœur, c'est d'être bien sûr que le vivant est Celui-là même qui a souffert pour nous, le vivant est Celui-là même dans la chair ressuscitée duquel se retrouvent encore aujourd'hui les cicatrices de ses blessures, de sa souffrance et de sa mort.
C'est pourquoi Thomas nous montre vraiment le chemin. Et l'on comprend pourquoi il ait demandé : "Seigneur, montre-nous le chemin !" et que mystérieusement le Christ, après sa Résurrection, a fait pressentir à Thomas quel était le vrai chemin. C'était de découvrir la gloire du Christ Ressuscité à travers ses blessures, sa souffrance et sa passion.
Et c'est cela le sens de notre vie chrétienne. C'est vrai que Celui que nous connaissons aujourd'hui, Celui qui se donne à nous dans l'eucharistie, c'est Celui qui a livré son corps, qui a versé son sang. Et même si cette chair, ce sang sont glorieux de la gloire même de la Résurrection, il n'empêche que le moyen par lequel il se donne à nous, c'est encore le mystère de sa souffrance, de sa croix et de sa passion.
Que ce geste d'incrédulité de Thomas nous aide pas simplement à chercher des preuves, mais à chercher le vrai visage du Christ. Il est le Ressuscité qui était mort pour nous, Il est le vivant qui avait donné son sang pour nous. Il est notre chair et notre nourriture, mais Il a été livré pour nous. Et alors, peut-être que petit à petit, dans notre cœur, à travers toutes les peines et les épreuves que nous pouvons porter dans notre vie, nous découvrirons ce véritable mystère de la gloire du Christ qui n'habite pas en dehors de la souffrance ou de la peine des hommes, mais qui vient demeurer au milieu de nous, au cœur même de notre souffrance, dans l'endroit même où notre cœur est peut-être le plus blessé, car c'est cela même qu'Il vient sauver.
AMEN