TOUCHER LE COEUR DU MYSTÈRE

Ep 2, 11a+12-22 ; Jn 20,24-29
St Thomas - (3 juillet 1981)
Homélie du Frère Michel MORIN

Saint Jean de Malte : Saint Thomas

D

 

ans l'évangile, Thomas est l'apôtre qui, à plusieurs reprises, manifeste le désir de voir Dieu, de connaître le Père, d'aller au bout de sa foi, au bout de son amour pour Jésus. Déjà, au moment de la dernière Cène, il avait dit à Jésus qui annonçait son départ vers le Père et disait aux apôtres qu'ils connaissaient le chemin qui conduit vers le Père, Thomas étonné et dubitatif avait dit : "Seigneur, nous ne savons pas où tu vas, comment connaîtrions nous le chemin ?" Lui-même, Thomas avait bien envie de suivre le Christ qui annonçait son départ, de continuer à vivre là où Il allait. Il était inquiet parce qu'il ne connaissait pas le chemin qui devait conduire le Christ vers le Père.

Et c'est ce même Thomas qui, au moment de la deuxième apparition de Jésus aux apôtres rassemblés va pouvoir faire un pas de plus dans sa foi, c'est-à-dire sur ce chemin qui va le conduire au mystère de Dieu révélé par son Incarnation, par sa mort et par sa Résurrection. Il a voulu connaître, de l'intérieur, son Seigneur, pas simplement sur les ouï-dire des apôtres qui l'avaient vu, mais par expérience, il a voulu voir de ses yeux de chair, toucher de sa main Celui qu'il avait aimé. Il ne lui suffisait pas simplement de le savoir vivant pour les autres, il voulait lui-même en faire l'expérience jusque dans sa propre chair, jusque dans ses propres sens.

Et c'est parce qu'il a voulu, conduit par l'Esprit, aller au cœur même de cette proximité, de cette intimité avec le Seigneur qu'il a été fondé comme apôtre, qu'il a été placé, au plus proche de cette pierre angulaire qu'est le Christ, qui a été Lui-même enfoncé dans notre chair humaine par la mort. C'est par ce désir que l'apôtre Thomas est devenu cette pierre vivante, cette pierre vivante de fondation qui, désormais, sert de base, sert de pilier, sert de certitude à l'Église qui, de siècle en siècle, se construit, et donc à chacun d'entre nous. Thomas a été posé aux côtés mêmes de la pierre angulaire du Christ lorsqu'il a touché son côté ouvert. Il est devenu apôtre parce qu'il a été jusqu'au cœur du mystère de la résurrection du Christ et donc, jusqu'au cœur du mystère de Dieu.

Frères et sœurs, notre foi est un chemin, nous le savons très bien. C'est un chemin obscur, c'est un chemin où bien souvent se mélangent l'espérance et le doute, l'enthousiasme et la faiblesse, le désir et le désespoir. C'est un chemin obscur parce que nous ne voyons pas Celui en qui nous croyons, nous ne touchons pas Celui que nous aimons, comme Thomas l'a fait. Mais, si notre foi est posée sur celle de Thomas, elle a en elle-même cette certitude que nous aussi, nous verrons Celui auquel nous croyons, nous toucherons de nos mains les plaies de Celui dont le sang nous a purifiés de nos péchés, dont le sang nous a scellés aux pierres de fondation, dont le sang est encore ce ciment qui scelle aujourd'hui chacune des pierres de l'Église que nous sommes pour en faire un temple saint, car ce sang du Christ nous purifie de tous nos péchés, comme le dit l'auteur de l'épître aux Hébreux. Et c'est bien pour cela que la prière de celui qui a rejoint le Christ en cette extrême intimité est aussi la prière de celui qui est devenu apôtre : "Illumine mes yeux, Seigneur, par ton salut". Moi qui crois en Toi sans te voir, moi qui t'annonces aux autres sans avoir touché de mes doigts ce que Tu es, illumine mes yeux pour que ma foi, même si elle est obscure soit animée par la lumière invisible de ta résurrection. Illumine mes yeux pour que, dans mon regard, les autres puissent aussi avoir le désir un jour, de voir ce visage, de toucher ces plaies ouvertes. Illumine mes yeux, Seigneur, c'est bien la prière de l'apôtre, de celui qui vit avec Dieu et de celui qui à cause de cette vie avec Dieu, vit avec les autres pour leur annoncer et leur partager cette vie de Dieu.

Illumine mes yeux, mais qu'un jour, je m'éveille du sommeil de la mort. Et c'est cela qui doit, chaque jour, nous conduire sur ce chemin de la foi. Nous avons la certitude, non pas psychologique, personnelle, mais spirituelle, dans l'Esprit, dans l'Église, qu'un jour s'accomplira pour nous ce qui s'est accompli pour Thomas. Nous pourrons, enfin, voir le Christ ressuscité, nous pourrons, nous aussi, mettre nos mains dans son côté et toucher ses plaies ouvertes pour nous. "Illumine mes yeux, Seigneur." Qu'un jour je m'éveille, comme Thomas, d'entre les morts pour pouvoir te contempler, pour pouvoir te toucher et vivre avec Toi.

C'est dans cette foi que nous sommes fondés. C'est cette foi que l'Église nous transmet. C'est au cœur de l'Église, dans l'eucharistie, que nous pouvons le plus sûrement et le plus efficacement approcher de cette pierre vivante qu'est le Christ autour de laquelle se fonde, se bâtit et se construit l'Église.

 

AMEN