JE VEUX COMPRENDRE

Ep 2, 11 a+12-22 ; Jn 20,24-29

(3 juillet 1980)

Homélie de Serge JAUNET

T

 

homas sera, à jamais, pour nous, l'apôtre incrédule devenu croyant. Mais en fait, cet apôtre, est-il si incrédule qu'on veut bien le dire ? Thomas n'est-il pas plutôt un de ces esprits droits, un de ces esprits clairs, quelque peu logique, qui veut seulement comprendre ?

Rappelez-vous déjà, le soir du jeudi saint, Jésus parlait avec ses apôtres. Il devait partir, nous préparer une place, et le lieu où Il allait nous en connaissions le chemin. Aussitôt Thomas intervint et lui dit : " Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas, comment en connaîtrions-nous le chemin ?" Et Jésus lui répond : "Je suis le chemin, la vérité et la vie. Et nul ne vient au Père que par moi." Thomas a compris que le Christ allait au Père et qu'Il était Lui-même le chemin. Et Thomas a dû donner son adhésion de foi totale à ce Christ qui parlait au soir de la cène.

Mais voilà que le vendredi saint et le samedi saint remettent en cause cette foi, cette évidence des paroles de Jésus. Voilà que Celui qui s'était dit le chemin, aboutissait, comme tout homme, dans l'impasse de la mort. Voilà que Celui qui s'était dit la vérité était le jeu d'une erreur judiciaire. Voilà que Celui qui s'était dit la vie était enfermé dans le tombeau devant lequel la pierre avait été roulée. Et Thomas a dû en tirer les conséquences, puisqu'au matin de Pâques, il n'était pas avec les apôtres, avec les disciples réunis au milieu desquels vint Jésus. Déjà, il les avait quittés. Pourquoi continuer à marcher avec ceux qui avaient mis leur confiance dans un homme qui, semblait il, les avait trompés, puisque sa mort était l'échec total à tout ce qu'il avait dit, à tout ce qu'il avait promis ?

Et quand les apôtres lui disent qu'ils ont vu le Seigneur ressuscité, Thomas veut bien croire, mais il faudra qu'il le voie, ce Seigneur, avec les marques des clous, avec la marque du coup de lance de son côté. Et le Christ Lui-même ne s'est pas refusé à cette demande de Thomas. Voilà que, huit jours plus tard, Il se présente, au milieu des disciples, à nouveau réunis avec Thomas. Et le Christ montre à Thomas les plaies de sa crucifixion, les plaies de son échec, cet échec maintenant couvert par la victoire de la résurrection. Et Thomas n'a même pas besoin de toucher, comme le Christ l'invite à le faire. Il suffit qu'il voie et il fait cette profession de foi qui nous reste encore, maintenant : "Mon Seigneur et mon Dieu !"

Non seulement le chemin, la vérité, la vie, mais mon Seigneur, mon maître et mon Dieu. Et il reconnaît alors que, dans le Christ, le chemin que Dieu ouvre à l'humanité passe par l'impasse de la mort. Il reconnaît que Celui qui est la vérité a été victime de l'erreur, mais qu'Il en est sorti victorieux. Il reconnaît que Celui qui se dit et qui est la vie, maintenant manifestée dans cette Résurrection, cette vie, pour l'humanité doit passer par la mort. Thomas a vu. Thomas croit.

En ce jour où nous faisons mémoire de cet apôtre, où nous faisons mémoire de sa foi, nous nous souviendrons de tous nos frères les hommes, qui, dans ce monde que l'on dit scientifique, dans ce monde qui veut des preuves, dans ce monde qui veut comprendre, nous nous souviendrons de tous ces hommes qui ont tant de mal à donner leur adhésion plénière de foi à ce Christ Jésus qui, voilà longtemps, est venu vivre la vie et la mort des hommes, pour nous ouvrir un chemin de bonheur, un chemin de vérité.

Nous prierons plus spécialement pour tous ceux qui nous entourent, pour tous ceux que nous connaissons et qui ont peine à croire. Et nous prierons pour nous-mêmes, car bien souvent, dans ce monde que nous habitons, le doute germe aussi en nous et nous voulons, nous aussi, comprendre.

Que Thomas, cet homme à l'esprit clair, cet homme à l'esprit droit, qui a voulu comprendre et à qui le Christ a fait comprendre qui Il était, intercède pour nous et pour tous nos frères les hommes d'aujourd'hui.

 

AMEN