LA VRAIE RICHESSE
Ez 10, 18-19+21-22 ; Mc 10, 23-31
St Louis de Gonzague - (21 juin 2005)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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et évangile sur la richesse semble s'appliquer particulièrement au saint que nous célébrons aujourd'hui, saint Louis de Gonzague. Il fait partie de ces hommes qui, à l'instar de saint Antoine le Grand ont abandonné tous biens et richesses pour suivre le Christ. Après que Jésus ait souligné la difficulté pour les riches d'entrer dans le Royaume de Dieu, Pierre et les disciples disent : mais nous, nous avons tout quitté, et Jésus leur répond : "ce que vous avez quitté, c'est au centuple que vous le recevrez".
Il est évident que pour ceux qui sont riches, s'ils écoutent à la lettre la parole de l'évangile, il n'y a certainement pas d'autre solution que de quitter effectivement tous ses biens, de laisser toute sa richesse pour suivre Jésus, puisqu'il prend cet exemple de l'image du chameau qui a plus de facilité à passer par une endroit étroit que pour le riche d'entrer dans le Royaume de Dieu. Il est vrai que saint Louis de Gonzague qui a vécu au seizième siècle fait partie des grands de ce monde. Toute son éducation a consisté à le préparer à être prince et à avoir une cour, puisqu'il est prince de sang. Page chez les Médicis, il a l'habitude à cette époque-là, du raffinement et de la qualité de ces cours italiennes qui ont fait la gloire de la Renaissance, la beauté de Florence, ou celles de Rome. Il aura sans doute connu un autre grand nom, les Borgia qui ont donné aussi à l'Église, des papes et des saints dans la compagnie de Jésus; Il a l'habitude de côtoyer les grands de ce monde, et cela demeurera certainement toujours dans sa courte vie, comme une sorte de désir intérieur d'aller toujours plus loin, de faire toujours mieux, d'être toujours le prince, le premier. On le voit peut-être mieux en entendant cette réponse très connue, quand il était encore tout jeune, Louis de Gonzague jouait à la balle et un aîné lui demande : que ferais-tu si on venait te dire que tu vas mourir tout de suite ? Il répond, tout simplement : je continuerais de jouer à la balle ! Maintenant, on l'interprète dans un bon sens théologique, mais cela montrait aussi certainement chez lui, une force de caractère et une manière de répondre aux questions en renvoyant la balle justement à celui qui venait l'agacer par ce type de remarque.
Certainement aussi, dans sa manière de vouloir partir en mission, dans son désir de maîtriser sa vie parfaitement, dans sa manière d'avoir tout rejeté, la gloire, le destin social, la richesse, cela a pu manifester toujours combien il a gardé cette idée qu'il devait être le meilleur, ne serait-ce que parce qu'il a désiré dans une vie modèle, par les renoncements, par l'ascèse, il est forcément le meilleur et le premier des princes de sang. Mais le Seigneur a bien dû le rattraper sur ce qu'il croyait lui-même avoir converti de sa vie. Lors d'une épidémie de peste, il porte un malade et meurt à la suite de ce service humble et pauvre, fait pour le plus petit. Mais il a appris finalement quelle était la vraie richesse. Car abandonner, cela pouvait être dans son esprit, une richesse qui lui restait, cela pouvait encore être une manière de sauvegarder ce que l'on croit avoir comme richesse.
Pour nous-mêmes, cela peut nous indiquer que nous ne sommes peut-être pas princes de sang, que nous ne brassons pas des millions, et que nous ne dirigeons pas le monde, mais que nous sommes encore accaparés par le centre qui est le nôtre, de ce qu'on fait pour les uns et les autres, de ce que l'on a fait pour Dieu, et ce peut être une manière d'entretenir encore des richesses, même si ce ne sont pas des espèces sonnantes et trébuchantes. Donc, cette parole de l'évangile ne s'adresse pas qu'aux princes de sang : "Il est plus difficile à un riche d'entrer dans le Royaume de Dieu qu'à un chameau de passer par la porte étroite". "Où est notre richesse, là est notre cœur" nous dit encore l'évangile.
Si ultimement, notre seule richesse c'est le Seigneur, alors nous sommes déjà dans le Royaume. Si nous considérons nos qualités ou nos efforts, nos ascèses et nos renoncements, si nous considérons même que nous avons tout quitté pour suivre le Christ et que cela est encore un titre de gloire ou une richesse, alors, de fait, il sera difficile pour le riche d'entrer dans le Royaume de Dieu.
Que saint Louis de Gonzague, nous apprenne avec sa force de caractère à aller vraiment jusqu'au bout de ce renoncement, parce que lorsque que j'entre dans le Royaume de Dieu, ce n'est pas par mes propres forces, mais bien par la grâce du Seigneur.
AMEN