VIOLENT ET PASSIONNÉ
Jg 6, 11-16 ; Mc 10, 23-31
St Louis de Gonzague - (21 juin 1993)
Homélie du Frère Michel MORIN
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aint Louis de Gonzague a vécu dans cette seconde partie du seizième siècle,ce grand siècle de la Renaissance qui fut à la fois extrêmement riche et marqué par un certain nombre de maux, de maux d'ordre moral ou d'ordre physique spécialement dans l'extension de certaines maladies comme la peste. Louis de Gonzague a vécu les trois quarts de sa vie à la cour. Il était de la maison de Mantoue, puis il vécut à la cour d'Espagne où son père avait été nommé chambellan. Vers l'âge de seize ans, il a désiré entrer dans la Compagnie de Jésus, désir auquel son père s'est d'abord opposé, mais il a réitéré cette demande et il a pu l'accomplir en 1585. Quelque temps étudiant à Milan, il est revenu à Rome pour achever ses études et il est mort le 20 juin 1591 de la peste qu'il avait contractée en soignant les malades. Un petit hôpital de Rome garde le souvenir de cette charité de saint Louis de Gonzague, petit hôpital au pied de la Roche Tarpéienne, symboliquement situé entre le Capitole, lieu du pouvoir et le Forum, lieu mondain.
Que peut-on aujourd'hui retenir de la sainteté de ce jeune homme qui n'a pas vécu vingt-deux ans ? La prière d'ouverture laisse penser à une sainteté plutôt moraliste, moralisante. On y parle de pratique de la pénitence, d'admirable pureté de vie, de renoncement à imiter. Ce ne sont pas des choses qui nous plaisent beaucoup, peut-être parce qu'elles nous rappellent un certain nombre d'erreurs commises vis-à-vis de nous dans l'éducation ou dans la prédication ou la catéchèse. Il est vrai que cette prière ne porte pas le véritable accent de la sainteté de Louis de Gonzague. Il faudrait la refaire.
On dit que saint Louis de Gonzague enfant avait un caractère violent, farouchement indépendant, très forte personnalité. Je crois que ces trois traits de son caractère ont été le lieu de l'incarnation de sa sainteté parce que si la sainteté est un don spirituel de Dieu, il faut bien qu'elle s'incarne quelque part pour vivre et elle ne s'incarne que dans ce que nous sommes, pas dans ce que nous aimerions être, pas dans ce que nous rêvons d'être et qui n'arrivera probablement jamais, Dieu merci d'ailleurs, et pas autre part dans quelques illusions de vie spirituelle, mystique ou de conversion absolue. C'est donc dans ce caractère violent, indépendant, de personnalité très marquée que s'est incarnée la grâce de sainteté qu'il a reçue.
Il a certainement eu pour le Christ un amour violent, c'est-à-dire sans limites, sans compromission avec quoi que ce soit du monde. Il n'a jamais voulu commettre le moindre péché de cœur, d'esprit, de corps car il savait que c'était de toute façon, quelles qu'en soient les circonstances ou les raisons, une blessure à l'amour que Dieu avait pour lui. C'est dans cette sorte de violence de sa personnalité qu'il a pu trouver le lieu de réponse à la violence, à la force que Dieu lui a manifesté dans son amour de façon peut-être très privilégiée, très marquée. Et ceci a été facilité par son esprit de très grande indépendance. Il avait vécu à la cour soit à Mantoue, soit à Madrid et à cette époque mais cela n'a pas beaucoup changé aujourd'hui, l'inconduite était assez répandue notamment chez les jeunes qui en avaient la facilité. Peut-être cette indépendance très farouche de Louis de Gonzague lui a permis justement d'être indépendant de ce milieu-là, de cette dépravation des mœurs ou de ce libéralisme, de cette libération sexuelle comme on dit de nos jours, mais c'est au fond la même chose.
Il y a là une première leçon pour nous. La sainteté du don de Dieu, le don de Dieu comme sainteté ne peut pas se réaliser autre part que dans ce que nous sommes. Et il vient épouser le meilleur de ce que nous sommes pour que, dans la force du Christ que nous recevons, ce meilleur devienne la force que nous avons pour combattre le mal, pour ne pas nous faire complices du mal quelles qu'en soient les circonstances, quelle qu'en soit l'attirance quelle qu'en soit la tentation.
Un deuxième aspect me semble important. C'est que Louis de Gonzague a eu à cœur de veiller à la qualité de l'amour de Dieu en lui. Pour lui cet amour de Dieu est un trésor inestimable. Il lui a tout privilégié, il lui a tout donné et il a veillé à l'intégrité de l'amour de Dieu en lui. Au fond c'est peut-être moins une sainteté de force morale, de perfection morale qu'une sainteté de vigilance sur le don que Dieu lui avait fait de son amour.
Et notre sainteté, notre vie, nos choix, nos engagements, nos raisons de ne pas pécher, ne doivent pas être d'abord une perfection personnelle, un effort de conduite, mais la garantie de garder intact l'amour que Dieu a pour nous comme le trésor premier, comme le trésor qui fait notre propre bonheur. Sainteté de la vigilance. Veiller sur cet amour que Dieu nous a donné.
Et troisième point qui est dans cette logique c'est-à-dire cette nécessité de la sainteté, cela a débordé sur les autres et spécialement sur les plus pauvres ou les pestiférés de l'époque. C'est là qu'il a voulu reconnaître ce don que Dieu lui avait fait, la force qu'il avait de le recevoir de façon parfaite, mais il n'a pas gardé cela pour lui. Il l'a célébré, il l'a donné, il l'a signifié en soignant les pestiférés. Et de cela il est mort, mort de sa maladie sûrement, mais surtout de cette force qu'il avait de garder intact l'amour de Dieu pour lui, amour qui a été plus fort que tout, même plus fort que sa propre vie, que sa propre mission de jésuite.
En cette époque où la société béatifie tout ce qui est le pouvoir, tout ce qui est le plaisir, dans cette époque de force, d'indépendance, demandons que chacun de nous avec ce que nous sommes, sur notre route, sans mépriser ce que nous avons reçu, nous puissions faire en sorte que cela soit le matériau de notre réponse la plus sainte possible au don de la sainteté que Dieu nous offre.
AMEN