UNE HISTOIRE DE CEINTURES

Ac 12, 1-11 ; 2 Tm 4, 6-8 + 16-18 ; Mt 16, 13-19
SS. Pierre et Paul - (29 juin 2012)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

F

rères et sœurs, en ce jour où l'Église célèbre le martyre de saint Pierre et saint Paul, je vous ferai grâce d'une biographie comparée mettant plus particulièrement en lumière ce qui oppose les deux personnages, un pauvre pêcheur de Galilée à un rabbin rompu aux techniques rhétoriques des textes rabbiniques et des textes grecs, un homme envoyé aux juifs, l'autre aux païens.

J'ai plutôt été happé par les deux lectures qui ont précédé l'évangile. Ce qui peut ressortir de ces deux lectures c'est la peinture de deux hommes qui s'en sortent toujours par le caractère miraculeux. Pierre est mis en prison et combien d'autres comme Pierre auraient voulu être délivrés par des anges, et ne l'ont pas été. Et dans l'extrait de l'épître de Paul, ce caractère extrêmement fort et affirmé, cette confiance dans la force du Seigneur qui lui ouvrira toujours une porte. En écoutant ces textes, je ne pouvais m'empêcher de repenser à une prophétie identique, car c'est le Christ qui prophétise pour Pierre et Agabus moins connu que Jésus, qui dans le chapitre vingt et unième des Actes des apôtres prophétise la même chose pour Paul. Vous connaissez cette finale de l'évangile de Jean, lorsque Jésus dit à Pierre qu'un jour, lui aussi sera lié par sa ceinture et qu'il irait là il ne voulait pas aller. Cette même prophétie annoncée à Paul quand il revient de son dernier voyage, et Agabus s'approche de lui, saisit la ceinture de Paul pour le lier et lui dit : l'homme qui sera lié par cette ceinture va à la mort. Tout le monde dit à Paul de ne pas aller à Jérusalem, et Paul répond : je suis prêt à être lié et à mourir à Jérusalem. Paul n'aura même pas le choix de l'endroit de sa mort puisqu'il sera mis à mort à Rome.

Quel est le sens de ces deux prophéties ? parfois elles donnent sens à toute la destinée et à toute la grâce que Dieu a accordé à ces deux hommes et cette prophétie est aussi pour chacun de nous. Même si nous n'aurons jamais la chance de voir les portes de nos prisons s'ouvrir d'une façon miraculeuse, nous ressentirons trop souvent dans notre vie notre incapacité de tenir par nos propres forces comme Paul, mais comme eux, nous découvrons à chaque jour de notre vie que notre horizon peut sembler se restreindre. On peut comparer cette prophétie avec le jeu des échecs, ce jeu étant notre propre vie. Nous commençons avec l'ordre de tous les possibles, et au fur et à mesure que nous avançons, les combinaisons sont de moins en moins nombreuses jusqu'au jour où il y a échec et mat.

C'est ce que le Christ et Agabus ont annoncé à Pierre et Paul. Ils sont grands parce que chacun à leur manière ont su annoncer le Christ mort et ressuscité, parce que chacun a su annoncer dans le bassin méditerranéen, dans différentes communautés, l'évangile. Mais en même temps, ils sont petits et humains parce qu'ils ont vécu ce que tout homme vit. C'est là que se niche le plus grand témoignage de leur vie, car c'est quand nous sommes faibles que Dieu est le plus fort. C'est quand nous découvrons que nous ne vivons que par Dieu que nous découvrons notre mission et notre destinée.

Frères et sœurs, à l'occasion de cette célébration, que nous puissions aussi vivre cette Pâque, car ces prophétie du Christ et d'Agabus sont une Pâque annoncée à Pierre et à Paul, que nous aussi, nous puissions dans notre vie faire mémoire de ces lieux de Pâque de mort et de résurrection. Et je pensais à une phrase très belle d'Innocent III : "Aussi longtemps que nous vivons, nous mourons". Cela peut sembler terrible, je ne vous dis pas cela pour que vous sortiez de cette église le visage triste, mais cela éclaire d'une autre manière ce que le Christ et Agabus disaient à Pierre et à Paul : aussi longtemps que nous vivons, nous mourons, car en fait, c'est au moment où nous sommes livrés, où nous nous livrons, que nous découvrons la vie éternelle.

 

AMEN