FONDÉS SUR LA PROMESSE

Ac 12, 1-11 ; 2 Tm 4, 6-8 + 16-18 ; Mt 16, 13-19
SS. Pierre et Paul - (29 juin 2011)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

Pierre et Paul - Avioth - Portail central

O

n peut tout de même se demander, frères et sœurs, pourquoi l'Église depuis la plus haute antiquité a tenu à associer Pierre et Paul dans une même fête, et surtout dans une même destinée. Rien ne les préparait à ce type d'association. Pierre, le brave homme un peu vif, qui réagit toujours au quart de tour, soupe au lait qui se fâche facilement, culture plutôt rurale qui ne fait pas dans les détails. Paul un homme complètement pétri de culture à la fois juive et hellénistique, il est biculturel au sens littéral du terme. Beaucoup plus fin, savant, ayant suivi les meilleures autorités de l'époque du point de vue de la formation pharisienne. D'ailleurs, les choses n'ont pas tardé à se compliquer, ce n'est sûrement pas Pierre qui serait allé chercher Paul à Tarse, pour faire de l'évangélisation, c'est Barnabé qui en a fait les frais par la suite, et dès qu'ils ont eu l'occasion de se rencontrer à Antioche, cela a fait tellement d'étincelles (saint Paul est le seul à nous le rappele), qu'il semble bien qu'ils ne se soient plus revus souvent. On ne peut pas parler de l'association de Pierre et Paul au sens de deux personnes qui sont attelées à la même entreprise, c'est un peu chacun pour sa part.

Pourtant, ils ont été associés très vite, d'une part sans doute parce qu'ils ont donné leur témoignage jusqu'au sang dans la ville de Rome, mais surtout pour une question beaucoup plus profonde et essentielle et qui touche le cœur même du mystère de la foi. En quoi consiste toute notre foi ? Elle consiste à compter sur une promesse. Tout ce que nous fêtons, tout ce que nous célébrons, tout ce que nous vivons, tout ce que nous éprouvons dans notre vie chrétienne, tout cela fait partie d'un seul geste de Dieu, un unique geste de Dieu qui s'enracine dans son pouvoir créateur et dans son dessein divin : c'est une promesse.

Or, dans une promesse il y a toujours deux aspects. Il y a l'aspect enracinement, c'est-à-dire que lorsqu'on fait référence à une promesse on fait référence au moment où a été donnée ma promesse. Une promesse se regarde toujours rétrospectivement. C'est : "tu as promis", tu es tenu par la parole que tu as dite avant. Mais une promesse se définit tout autant et inséparablement par l'ouverture sur un avenir : tu as promis, donc tu es tenu, donc cela doit continuer, cela doit s'accomplir. Une des raisons fondamentales de l'accomplissement d'une promesse c'est qu'elle doit devenir plus riche de jour en jour. En tout cas, pour Dieu, c'est le cas. Dieu ne peut pas revenir sur ses promesses, c'est saint Paul lui-même qui le dit. Par conséquent s'il ne revient pas sur sa promesse, il ne peut que la faire croître et embellir.

Je crois que c'est à peu près ce que représentent les deux figures de Pierre et de Paul. Pour Pierre nous l'avons entendu tout à l'heure : "Pour vous qui dites-vous que je suis ?" Et la définition de Pierre c'est de dire que le Christ est le Messie. C'est l'enracinement dans la promesse messianique. La confession de foi de Pierre dont on dit facilement qu'il a tout dit, ce n'est pas si sûr. Il a dit un aspect fondamental, incontournable, nécessaire, mais tout n'est pas dit. Dans la reconnaissance : "Tu es le Christ le Fils du Dieu vivant", c'est la reconnaissance de ce que la promesse est bien enracinée dans l'histoire du peuple d'Israël. C'est pour cela sans doute, lorsqu'il a été question au Concile de Jérusalem en 48 à peu près, de répartir les tâches, on a dit : Pierre s'occupera des circoncis. Cela ne veut pas dire qu'il avait cantonné son territoire de mission. Cela veut dire que pour Pierre, le but premier c'est de comprendre comment l'événement qui accomplit la promesse du Christ, sa mort, sa résurrection, comment cela s'enracine dans le passé, dans l'origine de la promesse.

Paul en revanche, et c'est cela qui est extraordinaire, dès le moment où il est appelé, saisi, a été envoyé comme instrument de l'annonce du salut pour toutes les nations. Il a fait une percée et une ouverture dans les possibles que Pierre envisageait de façon assez timide. Dans les deux figures, Pierre et Paul, il y a d'une part la promesse en tant qu'elle s'enracine dans une histoire, dans le peuple d'Israël, dans la parole des prophètes, il y a la même promesse en tant qu'elle éclate au grand jour par l'accueil des païens. Ce qui fait tout le mystère de l'Église, c'est que les deux aspects, même s'ils sont terriblement difficiles à concilier l'un avec l'autre, en réalité, ne se sont jamais détachés l'un de l'autre. La considération de la promesse dans ses racines ne s'est jamais séparée de la promesse dans ses ouvertures et dans ses possibles. C'est cela qui tient l'Église. L'Église, c'est un peuple qui est un peuple de la promesse et qui est entre accomplissement et ouverture vers de nouveaux possibles. C'est cela que signifie aujourd'hui la fête de Pierre et Paul.

Denis et Katia, je n'ai pas besoin de faire d'explications. Pour vous, vous pouvez transposer exactement. Vous êtes dans la situation de vingt ans après la parole d'origine, le "'oui" que vous vous êtes dit l'un à l'autre. Ce que vous vivez maintenant, c'est exactement la même promesse. Vous vivez la promesse à la fois dans sa dimension d'enracinement, dans tout ce que vous avez partagé, dans tout ce que vous avez construit jusqu'à maintenant, mais il y a toujours du possible. C'est cela qui fait qu'aujourd'hui on peut se réjouir avec vous, à la fois pour rendre grâces pour l'enracinement de la promesse telle que vous avez essayé de la mener au jour le jour au fil des événements de la vie familiale avec vos enfants et les membres de votre famille. Et ensuite, c'est l'ouverture. Rien n'est acquis, tout est sans cesse à ouvrir vers de nouvelles possibilités et c'est pour cela que je crois que le mariage est une chose si belle et si grande pour Dieu, c'est qu'il considère le mariage non pas simplement comme le fait de s'en tenir de manière fermée à une sorte de programme pré établi. Il y a sans cesse une dynamique qui va de l'enracinement à l'accomplissement et à l'ouverture vers tout ce qui est encore possible du point de vue du don de l'amour de Dieu.

Frères et sœurs, qu'en ce jour nous puissions chacun pour notre compte essayer de voir comment à notre propre mesure, dans notre histoire personnelle de baptisé, nous sommes à la fois Pierre et Paul. Nous vivons la grâce du salut à la fois comme une continuité qui s'enracine dans une histoire, et comme l'ouverture vers des possibles dont l'ultime possible c'est effectivement le rassemblement de toutes choses dans le Christ, la résurrection, et le Royaume de Dieu.

 

AMEN