L'ÉVANGILE ÉTERNEL

Ac 12, 1-11 ; 2 Tm 4, 6-8 + 16-18 ; Mt 16, 13-19
SS. Pierre et Paul - (29 juin 1994)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

N

ous avons l'habitude de considérer Pierre et Paul comme des contemporains permanents de chaque temps de l'Église. Nous lisons les épîtres de saint Paul, nous suivons la vie de Pierre comme si ces deux êtres étaient vivants de façon per­manente dans la vie de l'Église. Ils sont là comme ses colonnes immédiates, presque saisissables par l'évan­gile ou les écrits de saint Paul qui permettent d'être en contact avec les tout premiers moments de l'Église. Il semblerait que ces deux personnalités aient donc une sorte de double sens, une double vocation.

Lorsque le Christ choisit d'abord Pierre, en en faisant ce roc, et ensuite lorsque Jésus va de nouveau choisir Paul en en faisant ce voyageur, ces deux sym­boles du rocher et du voyage avaient un sens, une signification immédiate pour le moment où Dieu les avait choisis. Dieu, Jésus en l'occurrence, au moment de la fondation de son Église, avait besoin de poser cette première pierre et avait choisi en Pierre l'homme qui pouvait inaugurer la construction de l'Église. Et de même Jésus a eu besoin d'un voyageur, d'un mission­naire qui, profitant de la fondation, de la solidité ac­quise par le choix de Pierre, puisse proclamer à toutes les nations païennes, le salut offert à tout homme.

Un sens pour le moment où Dieu avait fait ce choix et pourtant un sens toujours actuel, toujours contemporain. Nous avons avec Pierre et Paul les deux pôles de l'Église qui est la foi enracinée, sta­bilisée sur cette terre et qui, en même temps, parcourt tous les chemins de cette même terre, annonçant à tous les hommes, de toute langue et de toute race, un salut qui est offert à tous.

Il en est ainsi pour eux comme pour nous. Notre vocation dans cette Église d'aujourd'hui a un sens pour cette Église d'aujourd'hui, mais aussi aura un sens pour l'Église de demain. Ce que nous sommes participe à la fois de la stabilité et du voyage tel que Dieu a voulu dessiner au début de son Église. Et c'est aussi exact pour nous en ce sens que nos propres ca­ractéristiques humaines, comme le reniement de Pierre, comme la persécution de Paul, ont servi de couleur fondamentale au dessin de cette Église, de même notre vocation aujourd'hui a un sens pour nous, pour nos frères immédiats, pour l'Église dans laquelle nous vivons et pour sa construction, du moins nous l'espérons, mais aura aussi un sens "éternel". A cha­que fois qu'un homme prête sa vie son corps, je pense au martyre de Pierre et Paul, prête son être à l'Église, il acquiert d'emblée une vocation qui dépasse toutes les autres vocations proprement humaines. Et son être participe à une échelle inconnue de lui, à la construc­tion de l'Église, à l'arrivée du Royaume, à l'avènement de la présence de Dieu définitive dans ce monde.

C'est pourquoi nous sommes à la fois du côté du Roc par notre vie quotidienne où nous continuons à forger l'Église, à la cimenter par la liturgie ou par le don que nous faisons de notre propre vie, par l'an­nonce de l'évangile. Mais sur un mode peut-être plus mystérieux et plus inconnu de nous, nous prêtons aussi ce même corps, cette même voix, ce même être à une autre dimension de l'Église qui parcourt, tra­verse les temps, les moments et les époques et rejoint les hommes de tous les temps. Je pense à ces événe­ments profonds de notre vie qui peuvent parfois être des deuils, des souffrances, des difficultés ou la façon dont finalement nous portons notre propre croix à la suite du Christ, la façon dont nous portons cette croix ouvre de nouveaux chemins pour que les hommes et les femmes qui nous suivent puissent, plus profondé­ment encore, être disciples de ce Jésus-Christ.

C'est pourquoi l'évangile est aujourd'hui, et l'évangile est éternel. L'évangile est sur cette terre, sur cette paroisse, et en même temps, il appartient vrai­ment à aucune paroisse et à aucune époque Comme l'Esprit Saint vient des quatre vents, l'évangile par­court le monde entier et touche tous ces hommes et ces femmes que Dieu appelle, attend, pour son salut.

A la suite de Pierre et Paul, qui ont servi d'inauguration et qui pourtant sont toujours contem­porains à toute célébration, à toute évocation de l'Église, nous avons à être aussi de ces pierres sur lesquelles Dieu puisse s'appuyer pour fonder son Église, et en même temps à nous prêter a la façon dont Dieu veut, non pas se servir de nous à notre insu, mais épanouir, agrandir notre vocation à l'image même de son mystère et du dessein qu'Il a formé de­puis toujours, d'annoncer son salut à tous les hommes.

 

 

AMEN