TU ES PIERRE !

Ac 12, 1-11 ; 2 Tm 4, 6-8 + 16-18 ; Mt 16, 13-19
SS. Pierre et Paul - (29 juin 1993)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS


H

eureux es-tu Simon, fils de Jean ...Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église !"

Quand nous célébrons cette fête des apôtres Pierre et Paul, nous célébrons un mystère tout à fait étonnant. La seule pierre angulaire, le seul fondement de notre foi, c'est le Christ. Il est la pierre que les bâ­tisseurs avaient rejetée, quand ils l'ont condamné à mort et fait mourir sur la croix, mais la pierre pré­cieuse, choisie, que Dieu a prise malgré tout pour édifier son salut, pour édifier son Église c'est-à-dire la communauté de ceux à qui le Seigneur donnerait ce salut et rassemblerait dans son Royaume. Le seul fondement est le Christ. Pourtant, lorsque vers le mi­lieu de sa vie publique, l'urgence de la fondation du peuple des rachetés se fait plus spécialement sentir dans son ministère, alors qu'il est en pleine terre païenne, Jésus pose à ses disciples la question : "Pour vous, qui suis-Je ?" Non pas, quelle est votre impres­sion à mon sujet, qu'est-ce que Je pourrai faire pour vous ? qu'est-ce que je représente pour vous ? Mais qui proclamez-vous que Je suis ? avec toute cette solennité, ce caractère d'absolu que revêt la parole dans la tradition sémitique. Et là c'est Pierre qui prend la parole : "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant !"

C'est la première fois que, solennellement, sur la question même de Jésus, un homme proclame en vérité qui est le Christ, c'est-à-dire à la fois Celui qui est envoyé par le Père, qui a reçu l'onction, la respon­sabilité de réaliser le plan de Dieu, les promesses fai­tes aux pères, et Celui qui est la seule source du salut. Alors le Christ Lui-même, et c'est peut-être le plus étonnant, voit, à travers la confession de Pierre, ce que veut son Père. C'est comme si ce jour-là Pierre manifestait à Jésus la volonté du Père. Puisque un des douze a confessé en vérité qui Lui, Jésus, était, alors Il peut se reposer sur cette confession pour établir le mystère de son Église sur la terre. Et c'est pourquoi Jésus dit : "Ce n'est pas la chair et le sang, mais mon Père qui t'a révélé cela !" Dans la réaction de Pierre, le Christ discerne exactement ce que le Père veut comme fondement de l'Église. Parce que c'est le Père qui a suscité la première confession centrale de la foi, Jésus choisit celui que le Père a suscité pour cette confession afin d'en faire la colonne fondamentale de son Église. Tel est le mystère de Pierre. Pierre qui est pécheur, qui reniera, qui parfois invitera le Christ à ne pas avancer vers sa croix, Pierre qui connaîtra le par­don et les larmes du repentir, Pierre qui devra trois fois assurer à Jésus qu'il l'aime malgré ce qu'il a fait, Pierre qui est faible mais qui est la pierre. Non pas parce qu'il est un homme mais parce qu'il a été le lieu de ce dessein du Père, il a été choisi pour dire, le pre­mier, l'intégrité même de la confession de foi et du salut : "Tu es le Christ, le fils du Dieu vivant !"

Le mystère de Pierre n'est pas un mystère de contrainte, d'autorité, pas même un mystère de com­pétence. D'une certaine manière le regard de Jean, et peut-être aussi celui de Paul, sur le Christ est plus profond. Mais c'est le fait qu'à un moment donné de l'histoire, il y a eu cet homme "entre le Père et le Fils", comme si Dieu le Père s'était servi de Pierre pour suggérer à Jésus son Fils comment devait s'éta­blir le mystère de son Église. Depuis nous croyons que cette confession de Pierre est indéfectible et que, à travers ses successeurs, Pierre, à la tête du collège des apôtres et des évêques, comme l'a rappelé le concile Vatican II, continue toujours à professer la plénitude de la foi pour l'Église et à être au service de cette Église pour qu'elle confesse cette plénitude de la foi qui lui a été confiée.

C'est la raison pour laquelle cette fête a tant d'importance. Bien sûr, nous célébrons deux grands fondateurs d'Église, deux témoins du Christ qui, chacun à sa manière et selon la vocation propre qu'il a reçue, ont su ensemble témoigner de cet amour du Christ, mais nous reconnaissons en eux les deux piliers, les deux fondements de notre propre confes­sion de foi.

 

AMEN